Chiens Féraux de Felippe Becerra Calderon

Féral, ce mot quelque peu inusité,  signifie revenu à l’état sauvage pour un animal domestique. Chiens féraux, Bagual en sa traduction hispanique, est le premier roman du chilien Felippe Becerra Calderon. Des chiens qui peuplent un horizon désertique du Chili dans lequel  Carlos et sa femme Rocio vivent. Mais sont ils vraiment  aussi réels que l’ombre de la culpabilité?

Rocio est intelligente, ancienne étudiante en médecine traumatisée, Rocio est en couple avec Carlos, policier envoyé dans cette province désertique du Chili, un village où tout n’est que poussière.  Rocio et Carlos tourbillonnent dans leur histoire, celle de leur pays, sans que rien ne se passe pour les entrainer d’un bord ou de l’autre. Vont-ils ensemble sombrer dans la folie que leurs hallucinations respectives sous-entendent ? C’est la voix d’abord de leurs enfants à venir qui va nous conter cette descente dans l’indicible.  C’est la voix de ce futur qui sera débarrassé de la dictature de Pinochet mais qui a cette sensation de vivre dans l’ombre du secret, dans les pas de l’horreur, dans ses racines que l’on ne peut raconter. C’est la voix de l’enfance de ceux qui sont nés du côté des bourreaux.

Ce roman qui fut prix Bolano  n’est pas une narration simple. Les voix s’entrechoquent : d’abord celle des enfants futurs, puis celle de Carlos qui écrit l’ennui, l’apathie sur son carnet, puis toutes celles qui existent dans la tête des protagonistes. Il n’y a pas vraiment de péripéties, juste la suggestion des actes, ceux qui ont entrainé dans le silence les charniers de Pinochet. C’est donc un roman politique sur la barbarie, la folie.  Un roman qui entre réalisme fantasque et folie permet à Calderon d’imposer un style digne de ses grands anciens ( Bolano, Arias … ). Un roman en forme d’interrogation : peut on s’isoler au point de ne pas voir les dangers de la meute ? doit on s y inclure pour survivre ? doit on devenir un chien féral pour être épargné ou est on un chien féral pour être un bourreau ? Dans une construction de voix aussi labyrinthiques que fantastiques, Calderon crée un rythme hypnotique qui nous emmène jusqu’aux confins de l’esprit avec cette volonté de «  laver les corps », ce désir de rédemption chevillé à la mémoire.

Chronique rédigée par Abeline 

 

  Chiens Feraux , Felipe Becerra Calderon, Anne Carrière, ISBN 978-2-3133-7621-4, 160p, 18€

Quatrième de couverture:

1980, Nord du Chili, sous la dictature de Pinochet. Les terres arides du désert d’Atacama ne sont ensemencées que par les fosses communes du régime.

Rocío, ancienne étudiante en médecine, a suivi son mari, Carlos, lieutenant de police, affecté à la réserve de Huara où il n’y a rien à faire et trop à méditer. Carlos consigne dans un cahier son ennui, ses doutes et ses inquiétudes concernant l’état psychologique de sa femme.

Car Rocío, elle, n’est pas seule. À la différence des autres « Blancs », elle voit les villageois andins qui fuient leur présence comme une malédiction ; elle voit les chiens retournés à l’état sauvage rôder, craintifs et affamés, autour de la déliquescence morale des oppresseurs ; et surtout elle entend ces voix d’enfants qui l’habitent, comme le remords de son ventre infécond, comme le cri vengeur d’un peuple et d’un lieu martyrisés.

Chiens féraux, le premier roman de Felipe Becerra Calderón, a reçu au Chili le prestigieux prix Roberto Bolaño en 2006.

Dans ce roman surréaliste et polyphonique, Calderón explore les effets de la folie et de la solitude sur deux êtres ordinaires qui ont la particularité d’appartenir au camp des bourreaux. Il nous offre un texte dense, où la langue se fait schizophrène pour chanter la contagion du mal.

 

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