Le premier point fort de ce roman, mais n’est-ce pas ce que l’on attend quand on lit un roman publié chez Actes Sud, c’est la puissance de son style. Je ne répèterai jamais assez que les auteurs antillais ont un maniement de la langue à nul autre pareil et Lyonel Trouillot ne déroge pas à cette règle. Si j’ai été un peu déconcertée par l’entrée dans le roman, la petite musique des mots m’a incitée à prendre le temps de m’installer dans ce roman. Comme aux Antilles, lecteur, ne t’avise pas de tout vouloir savoir, de tout vouloir obtenir dans l’instant. L’histoire se met en place doucement, pas forcément dans l’ordre auquel tu t’attends mais c’est là tout le charme de la Caraïbe.
Chaque partie offre une voix, celle de Thomas à Anaïse tout d’abord. Et ce Thomas, qui emploie principalement le « tu » puisqu’il raconte à la jeune femme à demi-assoupie à l’arrière de son véhicule tout une somme d’événements sur ce qui a entouré l’incendie et le décès de deux hommes du village. Anaïse est venue chercher la vérité sur la mort de son grand-père. Mais au fond, qu’est-ce que la vérité et la connait-on vraiment jamais ? Cette première partie donne vraiment à Thomas une posture de conteur, maniant une phrase ample le plus souvent, entrecoupée de phrases beaucoup plus courtes parfois, donnant une énergie certaine à ce texte magnifique. Et puis c’est le témoignage fort de la vie en Haïti, de cette manière si différente d’envisager la vie, la mort, le monde et le quotidien en général.
Dans la deuxième partie, s’élève la voix d’Anaïse qui avoue ne pas avoir tout écouté du discours de cet homme qui la ramène là où, au fond, elle ne sera jamais chez elle. Ce passage est splendide, les mots coulent tout seul et disent toute la différence entre la société dans laquelle elle vit et celle dont elle est originaire.
La dernière partie porte le nom du roman et je ne vous en dirai pas plus car elle porte la conclusion du roman. Mais je vous dirai que j’ai adoré y trouver des phrases en créole qui ajoutent au texte une mélodie supplémentaire.
Voilà un livre qui ne se raconte pas mais un livre qui se lit, n’hésitez pas.
Chronique rédigée par Stéphie
La belle amour humaine de Lyonel Trouillot, Editions Actes Sud, ISBN: 978-2742799206, 17 euros – 169 pages
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Quatrième de couverture :
A bord de la voiture de Thomas, son guide, une jeune occidentale, Anaïse, se dirige vers un petit village côtier d’Haïti où elle espère retrouver les traces d’un père qu’elle a à peine connu et éclaircir l’énigme aux allures de règlement de comptes qui fonde son roman familial. Le caractère particulier de ce voyage encourage bientôt Thomas à prévenir la jeune femme qu’il lui faudra très probablement renoncer à une telle enquête pour faire l’expérience, dans ce village de pêcheurs dont il est lui-même issu, d’un véritable territoire de l’altérité où les lois sont amicales et flexibles, les morts joyeux, et où l’humaine condition se réinvente sans cesse face aux appétits féroces de ceux qui, à la manière du grand-père d’Anaïse et de son complice en exactions, le « colonel » – tous deux jadis mystérieusement disparus dans un incendie -, cherchent à s’octroyer un monde qui appartient à tous. Dans ce roman qui prône un exercice inédit de la justice et une fraternité sensible entre les hommes sous l’égide de la question : « Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ? », Lyonel Trouillot, au sommet de son art, interroge le hasard des destinées qui vous font naître blanc ou noir, puissant ou misérable, ici ou ailleurs – au Nord ou au Sud. S’il est vrai qu’on est toujours « l’autre de quelqu’un », comment et avec qui se lier, comment construire son vivre-ensemble sinon par le geste – plus que jamais indispensable en des temps égarés – d’accueillir, de comprendre ?
Biographie de l’auteur
Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui. Son oeuvre est publiée chez Actes Sud : Rue des Pas-Perdus (1998 ; Babel n° 517), Thérèse en mille morceaux (2000), Les Enfants des héros (2002 ; Babel n° 824), Bicentenaire (2004 ; Babel n° 731), L’Amour avant que j’oublie (2007 ; Babel n° 969) et Yanvalou pour Charlie (2009 ; prix Wepler 2009).


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Veroa
28 août 2011
Tout à fait d’accord avec la phrase finale « un livre qui ne se raconte pas, mais un livre qui se lit ». Une livre qui se déguste et dans lequel on se laisse emporter par la plume enchanteresse de Lyonel Trouillot.
Leiloona
29 août 2011
Acheté il y a quelques jours, il n’attendra pas longtemps sur la table;
Stephie
29 août 2011
J’en rajoute une couche mais il faut vraiment le lire. La plume est enchanteresse et je vais lire d’autres titres de l’auteur très rapidement, notamment le précédent qui vient de sortir ou va sortir en poche.
Lili Galipette
29 août 2011
Un roman qui me tente beaucoup. J’espère que les phrases en créole sont traduites…
Stephie
30 août 2011
Oui les phrases en créole sont traduites au fur et à mesure. J’étais bien contente car si je comprends le créole de la Guadeloupe et de la Martinique est un peu différent et la transcription de certains mots m’aurait laissée sur ma faim.
Stephie
30 août 2011
Argh, tapé trop vite : je voulais dire que celui d’Haïti est légèrement différent de celui de Guadeloupe et Martinique
fanny
31 août 2011
Hum…bien tentant
Maudeline Joseph
7 octobre 2011
Je ne connaissais pas ce grand Homme qui est Lyonel Trouillot, faisant une petite recherche sur Haiti , jai vu le titre du roman »la belle amour humaine » et je suis tomber amoureuse de cet oeuvre. J’ai hâte de le lire. quelqu’un a une idée de l’endroit oú est-ce que je peux trouver ce livre? pourvu que j’habite au Brésil actuellement.
Merci d’avance!