Le premier été d’ Anne Percin

Deux soeurs, Angélique et Catherine. Deux soeurs différentes qui vont vider la maison de leurs grands-parents décédés. Angélique est mariée, mère de famille, Catherine est célibataire, libraire, solitaire. Elles retournent dans cette maison où elles passaient leurs vacances, enfants puis adolescentes. Cette maison remplie de souvenirs qu’il faut vider, classer, rincer, trier. Des souvenirs d’enfance qui surgissent et que Catherine va enfin assumer.

 

Une jolie plume, pleine de sensibilité et de pudeur pour ce roman très délicat et tout en retenue. Au fil de l’histoire, c’est tout un monde d’enfance et de souvenirs dans lequel plonge le lecteur : que ce soit la tendresse de grands parents, les premiers émois de l’adolescence, les premières boums, les colonies, les premiers baisers, l’atmosphère est subtilement dosée, toute en finesse et sans aucune surcharge de pathos ou de sensiblerie. On n’est pourtant pas dans un album édulcoré façon mémoires d’enfances couleur pastel : petit à petit, les souvenirs de Catherine s’acheminent vers un récit plus âcre et plus amer. Il y a plusieurs façons de devenir adulte, ou femme, et certaines se transforment parfois en douleurs lancinantes qui ne vous quitteront jamais.

 

Un roman réussi donc : Anne Percin, grâce à de menus détails disséminés au fil de son récit (expressions langagières disséminées ici et là, mini saynètes du quotidien jamais assénées ni répétitives, …) parvient à tisser une histoire faite de tendresse et de regrets, de douleurs et de joies, de sourires et de larmes ravalées. C’est assez impressionnant, cette faculté qu’a Anne Percin d’immerger le lecteur dans cette histoire : qui n’a pas passé des vacances chez ses grands-parents, qui n’a pas regardé les gars de la colo en douce derrière les grilles rouillées d’un parc à la campagne ? Des petits mots, des petites situations égrenées lentement mais avec précision parce que rien, sans doute, n’est laissé au hasard par l’auteur. Un roman où la culpabilité, l’enfance, la douleur se mélangent, un roman au ton mélancolique jamais excessif, écrit avec beaucoup de justesse. A lire, donc.

Chronique rédigée par Amanda Meyre

Le premier été, Anne Percin, collection La brune au Rouergue, ISBN : 9 782812 602498, 16€, 163p

 

Quatrième de couverture :

Catherine, libraire d’une trentaine d’années, est de retour en Haute-Saône avec sa soeur aînée, Angélique, afin de vider la maison de leurs grands-parents décédés. Depuis longtemps, Catherine s’est tenue à l’écart à l’écart de ce petit village. Pourtant, chaque coin de rue ou visage croisé font surgir en elle des souvenirs précis et douloureux alors que sa soeur a même oublié les prénoms des copains de vacances qu’elles retrouvaient chaque été, lors des séjours en famille. « J’ai une de ces mémoires. Une de celles qui ne laissent pas de zones d’ombre et aucune place au doute. Une mémoire cruelle », dit-elle. Angélique a fondé une famille, Catherine, non. C’est une femme solitaire, à l’adolescence déjà elle passait ses heures dans les livres. Mais pour ce qu’elle a vécu, adolescente, dans ce village, « il n’y a pas eu de mots. Il n’y en a jamais eu, ni avant, ni après. C’est quelque chose qui ne ressemble à rien d’écrit. » Pourtant, alors que la maison, bientôt vendue, est nettoyée de ses souvenirs, Catherine laisse remonter le secret qui l’étouffe depuis l’été de ses seize ans. Un été en apparence banal, passé comme d’ordinaire avec sa soeur chez ses grands-parents. Son récit va se dévider lentement, un récit en apparence tout lisse. Retrouvailles avec les gamins du village. Cueillette des haricots avec les grands-parents. Après-midis de chaleur passés au grenier dans la lecture du Grand Meaulnes. Piscine, flirt de sa soeur avec un rouquin de la colonie… Angélique, de deux années plus âgée, sait déjà s’y prendre avec les garçons. Catherine, elle, est trop timide, trop sage. Les passions et les désirs, elle les vit par l’entremise des héros des grands romans qu’elle dévore.

Mais cet été-là, tout va basculer. Ce qui a eu lieu, personne ne l’a jamais soupçonné, même pas sa soeur. Pourtant, il y a de quoi en faire des « cauchemars toute une vie ». Quelque chose meurt cet été-là: pas seulement l’innocence du corps, celle de l’âme.

On restera discret sur le coeur de l’intrigue: Anne Percin sait nous faire descendre marche après marche vers le dévoilement de cet été sauvage, jusqu’au drame dont la narratrice espère n’être peut-être pas coupable. C’est une histoire d’innocence et de cruauté que nous raconte Anne Percin. Belle et implacable à la fois, comme tous les crève-coeurs de l’enfance

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3 total comments on this postSubmit yours
  1. Voilà une critique qui fait bien envie ! Déjà, c’est subjectif mais, la couverture est magnifique !

  2. Il m’attend sagement chez ma libraire, j’ai hâte !!

  3. Je viens de finir ce livre, très vite lu, d’abord parce qu’il n’est pas très gros, mais aussi parce dès qu’on l’a commencé, on ne peut plus le lâcher.
    Une petite merveille. J’ai adoré.

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