Pièce rapportée d’Hélène Lenoir

D’abord il y a l’ainée Claire, celle qui n’est pas « faite pour vivre sur cette terre », celle qui tente de se suicider régulièrement, celle qui risque de mourir ce jour là sans l’avoir chercher, dans un bête accident de vélo.  Claire, c’est la première des filles d’Elvire, dans son cœur, celle qui lui ressemble prématurément. Femme au foyer portant son prénom synonyme d’innocence bafouée à merveille, mariée sans bonheur mais avec compassion à Frédéric autant qu’à sa belle-famille les Bohlander, Elvire est précipitée dans le tourbillon de la peur qui remet tout en cause en soi.  Elvire a peur pour sa fille, sa vie si fragile qu’elle sent liée par ce présent accidentel à un passé familial accidenté.  Dans la famille BOhlander, comme dans toutes les familles, il y a des codes, plus rigoureux peut être, plus vieille France. Dans la famille BOhlander, il y a surtout des morts. Mais «  combien de morts ? » devra se demander tout le long de l’ouvrage Elvire, oubliant d’ajouter « encore » à ce questionnement, pour ne pas se heurter à la fatalité de l’atavisme ? Alors Elvire monologue puisque le seul avec qui elle pourrait dialoguer Claas, son cousin allemand, son presque frère incestueux n’est pas là pour lui répondre, se dérobe.  Elvire, la douce, se sent une « Pièce rapportée » et cherche sa place. Elvire se rééduque à la liberté en même temps que sa fille le fait à la vie. Et tout est renversé.

Hélène Lenoir continue dans ce roman à explorer la thématique qui lui est chère  de la famille désaxée, c’est-à-dire ici dont l’axe véritable est la perte. Jérôme Lindon,  célèbre éditeur de Minuit étant récemment décédé, elle a du trouver seule ce titre qui fait un écho parfait au sentiment qu’Elvire a ressenti toute sa vie et n’a jamais formulé de peur de perdre le peu qui faisait que l’on pouvait la rapporter quelque part.  L’auteur creuse ici encore dans le désordre le monologue intérieur, de l’oralité de la première partie, à l’écriture intime. Le seul dialogue familial est lui théâtralisé dans la forme, avec didascalies, et suspension ainsi au fil de la représentation, de l’apparence.  Lenoir creuse le non-dit avec nervosité, finesse, et précision. Elle écrit aux nerfs, à vif avec les impulsions qui nous traversent et se contredisent parfois toutes les secondes.  Si Elvire fuit, c’est éthiquement : pour se confronter à la solitude, et pour y explorer le lien entre réalité et mémoire. Ne garde t on que les bons souvenirs ? Ou les souvenirs enfouis ne sont ils pas les plus pregnants, ceux qui nous conditionnent ?  Mourir, renaître et récapituler, voilà ce que va faire Elvire, elle qui n’est pourtant accidentée que par le souvenir.

Chronique rédigée par Abeline

 

 

 

 

 

 Pièce rapportée,Hélène Lenoir, éditions de Minuit, ISBN 978-2-7073-2165-7, 190 pages, 14€50

 

Retrouvez l’interview d’Hélène Lenoir par notre partenaire Interlignes  ici 

Quatrième de couverture :

Quand elle apprend que Claire, sa fille de vingt-quatre ans, vient d´être transportée sans connaissance à l´hôpital Beaujon après avoir été fauchée sur son vélo par un motard qui a pris la fuite, Elvire saute dans le premier train pour Paris et pressent très vite que cet accident va l’ébranler.

À mesure que se reconstitue le patchwork de sa vie, Elvire s’éloigne peu à peu de sa famille pour qui elle n’a finalement jamais été qu’une pièce rapportée.

 

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  1. C’est un oui franc et massif de la part du Prix Virilo.

    Voir notre critiques :

    http://prixvirilo.com/2011/09/19/piece-rapportee-dhelene-lenoir/

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