L’histoire de l’Histoire d’Ida Hattemer-Higgins

L’histoire de l’Histoire d’Ida Hattemer-Higgins

Un matin de septembre 2002, une jeune femme se réveille dans la forêt de Grunewald près de Berlin : elle ne se rappelle pas ce qui s’est passé ces derniers mois mais elle se rappelle qui elle est : Margaret Taub. Elle a un passeport américain (elle vient de New York qu’elle a quitté en 1999 à l’âge de 19 ans après le décès de son père), une carte d’étudiante (elle étudie l’Histoire à la Freie Universität de Berlin) et une carte de train semestrielle. Elle rentre chez elle, à Schöneberg et reprend son travail (elle est guide touristique pour Hello, Berlin !) qu’elle mène en parallèle avec sa thèse sur Karl Liebknecht et les Spartakistes.

La vie continue et, deux ans après, Margaret a oublié cet événement. Mais un jour de novembre 2004, elle reçoit une lettre du Dr Gudrun Arabscheilis adressée à Margaret Täubner pour un rendez-vous. Elle décide d’appeler au cabinet pour signaler l’erreur mais la secrétaire lui confirme qu’elle a bien rendez-vous et qu’elle doit absolument se présenter. Le Dr G.A. est gynécologue et connaît Margaret… Elle l’ausculte, lui fait voir un film et lui tient des propos étranges. Après sa visite chez le docteur, Margaret a des hallucinations : Berlin prend vie, les bâtiments deviennent chair, elle aperçoit des fantômes de nazis et elle est espionnée par une femme-faucon qui a le visage de Magda Goebbels.

En fouillant dans le passé, Margaret va faire revivre les événements enfouis : le nazisme, la mort de millions de Juifs, mais aussi le passé de sa famille (son père était un Allemand exilé aux États-Unis) et le sien qu’elle avait occulté.

J’ai été happée par ce roman historique et introspectif qui flirte parfois avec le fantastique, mais je comprendrais que certains lecteurs soient déroutés : surtout n’abandonnez pas la lecture car ce roman est extraordinaire !

C’est un premier roman – qui a nécessité 4 ans d’écriture à l’auteur – et il a tant de choses à dire, pas seulement sur le nazisme et l’Holocauste, mais sur la mémoire, le souvenir, l’amnésie et la culpabilité. Par exemple, si un souvenir devient un mythe, il n’a plus rien à voir avec l’événement réel et donc comment appréhender cette évolution ?

Une petite remarque sur le titre : avez-vous remarqué que les « i » de « l’histoire » sont à l’envers et que les points des « i » de « l’Histoire » servent aussi de points à ces « i » à l’envers ? J’aime beaucoup ! J’ai comme l’impression que ça signifie que la « petite histoire » et la « grande histoire » sont liées mais indépendantes l’une de l’autre puisque différentes.

Le roman d’Ida Hattemer-Higgins est beau et grave : il ne peut laisser indifférent. Il est très bien écrit (très bien traduit aussi je pense) et je n’ai pas réussi à m’en défaire ! Après, il m’a fallu deux ou trois jours pour que je m’en remette et que je puisse écrire ma note de lecture au propre. Ce qui est dommage, c’est que, comme je l’ai reçu en épreuves non corrigées, je n’ai pas le droit de citer des extraits : dommage, vraiment… Il ne vous reste plus qu’à le lire finalement !

 Chronique rédigée par Catherine 
L’histoire de l’histoire, Ida Hattermer-Higgins, Flammarion,ISBN  978-2081231801

Quatrième de couverture :

Margaret, jeune femme torturée, se retrouve un jour déguenillée, tremblante et complètement perdue, en lisière de forêt aux alentours de Berlin. Elle n’a plus aucun souvenir, ni de la veille, ni des mois précédents. Deux ans plus tard, la jeune femme commence à avoir d’inquiétantes hallucinations : elle voit Berlin déformée, personnifiée. Des fantômes d’anciens nazis apparaissent aux balcons, les immeubles deviennent des formes de chair, d’os et de sang, un faucon à tête de femme la guette d’un air menaçant…

Ida Hattemer-Higgins nous parle de l’amnésie, du défaut de mémoire, qu’il soit individuel ou national. Elle nous parle d’oubli, de déni, de mythes et de rédemption.

Un premier roman inoubliable, écrit par une jeune femme prodigieusement douée.

Présentation de l’auteur :

Ida Hattemer-Higgins est née à Cincinnati (Ohio) mais a grandi à Boston (Massachusetts). Elle a étudié la littérature allemande et chinoise à New York puis à quitté les États-Unis en 2001. Elle a vécu au Japon, en Inde, en Suède, en Afrique de l’Ouest ; elle a étudié la littérature à Berlin où elle a aussi travaillé comme guide touristique et traducteur. Elle partage maintenant sa vie entre Berlin et Moscou. Elle parle plusieurs langues : anglais, français, allemand, suédois, russe, japonais et chinois !

Plus d’infos sur son site officiel.



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