Mimi de Sébastien Marnier

Mimi de Sébastien Marnier

Cité à comparaître 

Peut-on s’en sortir quand on s’appelle JP, qu’on est le dernier d’une fratrie de 5 frères qui ne partage rien à part le quotidien d’un père camionneur, fan de foot et souvent en colère au point de faire pleuvoir les coups, même les soirs de Coupe de Monde, qu’on a grandi aux « 4000 » cette cité, cette barre d’immeubles qui a finalement sauté ?

Sébastien Marnier semble penser que non.

JP est un anti-héros qui vomit le monde et qui nous donne bien souvent la nausée à le lire.

En le suivant sur un quart de siècle on le voir grandir et exploser en plein vol à force de contenir ce besoin de revanche qu’il pense devoir prendre sur la vie des autres.

« Chronique de la haine ordinaire »

Tu as ce que je n’ai pas, tu es ce que je veux : voilà les termes de l’équation douloureuse qu’essaiera de résoudre toute sa vie JP.

La beauté, l’intelligence de Mimi et aussi ce monde idyllique qui semble être le sien fait de parents qui ont des moyens en apparence et de voyages au bout du monde, agressent en permanence JP confronté à son appartement dans la barre des 4000, le vacarme incessant des voisins, de la rue et surtout des altercations violentes de ses parents.

Quelques années plus tard, lorsqu’un destin cynique les remet face à face, on sent que cela se terminera mal…

Peut-on échapper au schéma ? Sur les 5 frères, un seul finira semble-t-il par s’en sortir en s’expatriant à Lille en se mariant et en coupant les ponts.  JP lui deviendra violent – comme son père – d’abord envers sa copine et ensuite vis-à-vis de tout son environnement.

Sébastien Marnier prend le temps pourtant d’élaborer le schéma d’un crime presque parfait en 450 pages qui se lisent dans une relation ambivalente d’amour-rejet : on ne peut pas rester insensible à cette écriture « vraie » et cinématographique, qui vous met mal à l’aise, mais qui sournoisement vous donne envie de savoir quelles autres péripéties vont encore advenir. C’est cru, c’est dur, c’est sale.

Il est dérangeant d’être dans sa tête, de voir le monde par ses yeux : il n’y a que violence et parano.

Le « je » omniprésent positionne le lecteur dans une position qui n’est même plus celle de voyeur : on entre dans la tête du tueur et il devient insoutenable  d’accepter ce qui semble parfois juste inévitable suivant la mentalité de JP

Sa dépression  après un « trop plein de vie sociale » nous laisse espérer une issue plus humaine, mais depuis la première page on sait que la spirale infernale est enclenchée…

Âmes sensibles, s’abstenir !

 

Chronique rédigée par Tiffany Assouline 

Mimi, Sébastien Marnier, Fayard , ISBN : 978-2-213-66589-4, 22 € / 464 pages

 

Quatrième de couverture :

À l’école, JP ne pige rien; à la maison, il traîne son ennui en évitant les claques de son père ou les vannes de ses cinq frères; dans son lit, la nuit, il ressasse ses frustrations, ses peurs, son envie d’en découdre avec la terre entière. Chez lui, cité des 4000 à La Courneuve, il a parfois l’impression que seul le vacarme peut venir à bout de sa solitude.
C’est avec ses potes que JP se sent enfi n exister. Toujours ensemble, toujours dans la surenchère, toujours plus aveuglés par un sentiment d’impunité, ils aiment jouer les durs, et surtout martyriser le premier de la classe: Barthélémy, un blondinet avec une tête de vainqueur.
La bande grandit, se disloque, les copains s’en sortent plus ou moins, trouvent du boulot, tombent amoureux. JP est à la
traîne. Du boulot, il en a, mais minable. Quant à tomber amoureux, impossible: JP ne connait des femmes que les mères
exténuées ou les actrices des pornos. Alors rien ne l’apaise. Ses terreurs d’enfant dégénèrent en obsessions, la cruauté mentale et la tyrannie sexuelle occultent la misère affective. Il faut que JP se défoule. Ça tombe bien, Barthélémy repasse par là.



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