Un garçon si tranquille de François Chollet

Un garçon si tranquille de François Chollet

Quand on est libraire ou critique littéraire avec une carte, on reçoit avant l’impression d’un livre ce qu’on appelle un jeu d’épreuves, ce qui a donné d’ailleurs le titre de la meilleure émission littéraire à ce jour (sur France Culture le samedi à 17 heures, du moins dans l’ancienne grille).
Quand on reçoit un garçon si tranquille de françois Chollet, on reçoit non pas un livre, mais une épreuve, une vraie. Et pas de jeu ici, tant ce livre est pénible.

Comme il s’agit d’un premier roman, je n’ai vraiment pas envie d’accabler l’auteur de quelque façon que ce soit, d’autant que par moments, il réussit à créer un climat, une ambiance étouffante avec une économie de moyens qui prouve une certaine maitrise. On imagine tout ce qu’il a mis dans ce texte, et je n’ai pas envie de le dissuader de continuer. Mais bon dieu que font les éditeurs ? Comment peut-on envoyer au casse pipe un auteur, c’est-à-dire quelqu’un qui a mis de soi, a pris de son temps, a refusé de sortir avec des amis pour publier un texte qui aurait peut être choqué en 1900 ?

De quoi s’agît il ? De la description d’une sorte de malade mental (le narrateur n’aime pas les psychiatres et leur tendance à classifier, mais n’étant pas psychiatre, je prends le risque) le genre très sain qui, devant le cadavre de sa mère, morte d’un cancer du sein et amputé de celui-ci, ne trouve rien de mieux à faire, comme une sorte de dernier hommage de la violer, après avoir tenté d’obtenir une fellation forcée. Le cadavre sera ensuite incinéré, puis remis dans une urne au jeune homme, vierge forcément, car maman est son seul grand amour « Alexis a plus baisé sa mère que son père ne l’a jamais fait, il a déchiré sa vulve de l’intérieur avec son corps de cinquante centimètres ». A partir de cette situation, François Chollet décrit une sorte de huis clos mental, mélangeant les fantasmes de son personnage, ses délires (il s’invente une soeur), ses obsessions (le sexe de maman), ses rêves et certaines descriptions d’une grande imagination (en résumé, il se masturbe contre l’urne de forme ovoïde, espérant féconder les cendres de la défunte, et on ne vous dira pas jusqu’où il ira. Si vous voulez le savoir, lisez le livre, il n’y a pas de raison que je sois le seul puni).

Une évidence s’impose à la lecture : n’est pas Bataille qui veut. Et pour affronter des sujets aussi scabreux, mieux vaut avoir un certain talent stylistique, une prose qui sache faire naître la poésie du fumier. Ce n’est pas faire insulte à François Chollet que de constater qu’il en est loin. Si, répétons nous, son écriture réussit par moments à créer un vrai climat d’étouffement, son sujet dépasse pourtant ses moyens littéraires qui ne sont pas inexistants.

Ainsi, l’écriture est agrémentée d’expressions éculées, « Maintenant il ne demandait plus grand chose : « encore une minute monsieur le bourreau » », d’images à la poésie originale, « Alexis se masturbe, ça fait mal, il serre sa verge comme s’il devait survivre par cette étreinte, il va et vient telle une machine à coudre, enfonçant son aiguille au plus profond des chairs à chaque mouvement ». La machine à coudre, sûrement une allusion à la définition du surréalisme, « rencontre d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table d’opération ». On n’ose imaginer ce qu’aurait pu faire l’auteur et son personnage avec un parapluie.

Chronique rédigée par Christophe Bys

François Chollet ,Un garçon si tranquille , Cherche Midi , N°ISBN 978 2 7491 1856 7, 122 pages, 13 euros 

 

Quatrième de couverture :

« Elle allait mourir. L’issue ne taisait aucun doute. Alexis attendait cet instant depuis le début, sans pouvoir s’y préparer. Maintenant il ne demandait plus grand-chose: « Encore une minute, monsieur le bourreau. » La minute de répit supplémentaire qui durerait plusieurs heures, tout ce temps en trop, inutile. Il avait appris à patienter et il n’avait plus rien à faire, qu’à laisser mijoter l’angoisse dans l’apnée de ses sentiments. Ces derniers temps, le médecin l’avait chargé de la délicate mission de doser la morphine. Tâche douloureuse de la toute-puissance : Si vous sentez qu’elle a mal, appuyez ici. Mais, bien évidemment, cela accélérera la fin… Bien évidemment. Ce jean-foutre lui avait mis entre les mains un marché sans issue : la drogue la soulageait et la tuait en même temps. Pendant deux ans les médicastres les avaient traînés de « bien évidemment » en « je vais vous donner un conseil », sans jamais admettre leur incapacité à sauver sa mère. Même pas en biaisant avec des mots décents ou courageux. Qu’on le prévienne une bonne fois pour toutes que c’était terminé ! Personne n’a le courage de l’annoncer. Ils avaient fini par le laisser tomber, cette fiole de morphine à la main, et quelques nuits d’hiver glacées devant lui », François Chollet.

Biographie de l’auteur

François Chollet est ingénieur des Eaux et Forêts. Un garçon si tranquille est son premier roman.


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