La femme au miroir d’ Eric Emmanuel Schmitt

La femme au miroir d’ Eric Emmanuel Schmitt

Il faut que je l’avoue, lire Eric Emmanuel Schmitt était pour moi une obligation éditoriale donc un plaisir sado-masochiste. Mes a priori négatifs sur l’auteur le plus joué dans le monde étaient légion. Oscar et la dame rose m’a fait vomir d’écœurement sucré, Odette tout le monde m’a fait hurler de rire de mièvrerie ( pauvre Catherine Frot) . Le titre de son dernier roman ‘ la femme au miroir ‘ accompagné d’une couverture ornée de la ‘Jeune fille au vent’ deTamara de Lempicka ( Droits de reproduction + peintre féministisée – néologisme je sais mais qui a tout son sens – et kitch, au secours ! )  ne présageait à mes yeux qu’une niaiserie sur l’identité et le secret chez la femme, pondue par un agrégé de philosophie converti aux lois du marché de l’édition. Et bien, je me suis trompée …enfin partiellement.

La narration est simpliste mais…. Multipliée par trois. Nous voilà embarqués dans trois destins de femmes, toutes déclinaisons d’une seule, comme La femme, l’éternelle se doit de l’être, une et multiple à la fois, à trois époques différentes évidemment.  Trois fragments de femmes brisées, comme des miroirs les unes des autres.

C’est d’ailleurs par un miroir en miettes que le malheur arrive pour Anne  la première d’entre elles, brugeoise de la Renaissance et se continue dans Hannah, une viennoise impériale, jusqu’à s’achever dans Anny, starlette hollywoodienne de l’époque de Britney Spears.  Lorsque je dis malheur, je devrais dire Destinée. Destinées, elles étaient toutes les trois , destinées, à voir leur chemin se rencontrer, à se succéder sans se demander pour quoi, elles c’est toi, comme aurait pu le chanter Guy Marchand.

Reprenons, les trois femmes au cours des siècles, sont confrontés à une norme sociale à laquelle elles ne veulent pas se plier, qui ne leur correspond pas.  Tout commence par Anne la belge du 16° qui cherche la solitude et le rapport le plus intime et le plus étroit à la nature, qu’elle voit comme la Vie. Elle trouve dans les bois l’esprit même de la Vie, le principe vital … et on la convainc qu’il s’appelle Dieu car c’est ainsi que l’on interroge la place de chacun dans l’univers à l’époque.  Hannah quand à elle, est une bourgeoise viennoise du 19° siècle qui malgré un mariage qu’elle pense heureux né réussit pas à tomber enceinte. Débute alors la quête du plaisir qui l’emmène jusqu’au divan.. d’un disciple de Freud. Anny quand à elle est une enfant star qui crame sa vie  à coups de rails de coke et autre substances mais qui  expérimente la solitude de la star tous les matins en se voyant si belle en son miroir, elle cherche à être elle-même pleinement et un compagnon.

Mais bon sang mais c’est bien sur ! J’ai compris ! Au travers des époques  la conception métaphysique évolue ! La pensée dominante n’est pas la même, une fois Dieu, une fois la psychanalyse, une fois le story telling alors que l’âme humaine elle reste toujours la même  c’est-à-dire en recherche ! L’éternité des attentes de la femme, encore plus éternelle par définition, face aux conventions et convictions de l’époque : il y a toujours comme un hiatus ontologique.

Alors me direz vous est ce que c’est un bon roman ? C’est un excellent roman de plage.  Extrêmement bien construit, les chapitres se répondent dans la continuité de la narration avec précision, les indices sont suffisamment gros pour que vous ne perdiez pas de temps à réfléchir à partir du quatrième chapitre, le style est concis, sans volonté d’originalité mais efficace,  tout simplement écrit, réfléchi ( et c’est là la part relative, due à ma pauvre lecture de 17 romans de la rentrée) . Pas de fioritures, même dans les descriptions de la nature, peu de psychologie, vous êtes sensés la comprendre en creux.  Redoutable donc. Un super synopsis de téléfilm M6.  Le fond bien sur est touché du doigt assez vite mais finalement n’est ce  pas plus simple pour le lecteur  et donc ce qu’il recherche pour se divertir ? Que ceux qui se sentent visés se dénoncent. Parce que la lecture, la littérature pour moi, ce n’est pas cela.

 

Chronique rédigée par Abeline 

La femme au miroir, Eric Emmanuel Schmitt, Albin Michel, ISBN 978 2 226 22986 1, 22€, 456p 

 

Quatrième de couverture :

Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood de nos jours. Toutes trois se sentent différentes de leurs contemporaines ; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent à se rendre maîtresses de leur destin.
Trois époques. Trois femmes : et si c’était la même ?

Le site de l auteur ici 

 

 

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