La nuit n’éclaire pas tout de Patricia Reznikov

La nuit n’éclaire pas tout de Patricia Reznikov

Avec un titre aussi poétique on ne sera jamais déçu au fil du livre, égrené de poèmes : des poèmes du narrateur, ce romancier en panne de roman, ou d’auteurs connus et reconnus cités au fil des temps auxquels se conjugue ce récit.

Tout est presque réaliste, trop réaliste parfois, aussi j’ai apprécié d’entendre l’auteur de ces lignes avouer que ce livre entrait en résonance avec sa quête personnelle…

La distance s’équilibre entre un héros masculin à la recherche de son père et de ses repères afin de retrouver un fils abandonné faute de lien bien établi, et une jeune femme perdue par l’histoire de son père artiste  ‘’illustrement’’ inconnu et qui croit désespérément aux miracles.

Ce duo bancal possède une beauté rare qui nous conduit des bords d’un canal d’Amsterdam à Prague, en faisant bien des détours.

La quête de l’identité et du sens s’inscrit dans un rapport aux mots profond et parfois vital comme ces quelques signes essaimés par le meilleur ami – philosophe incompris – du héros… Traité d’oracle au début de l’aventure, n’avait-il pas conseillé : « Occupe-toi de tes cauchemars. Et n’aie pas peur » ? Et un peu plus tard il interpellera notre héros au sujet de son escapade : « J’ai bien compris que tu éprouves une certaine volupté à renoncer à ta vie et à t’abandonner à cette rencontre bizarre, mais tu dois sentir si cette histoire a un sens… Tu es tout de même écrivain, non ? Tu connais les ficelles de ce genre d’aventures. C’est exactement dans ce genre d’aventures-là que tu fourres tes personnages à la dérive, généralement… ». Quelle belle spirale, non ?

Chaque personnage est un mythe, un maillon nécessaire à la chaîne de ces vies qui s’entrecroisent pour se renforcer et éclairer ces nuits qui les envahissaient.

« La nuit n’éclaire pas tout » provient des vers du premier poème de Benjamin Himmelsbar / Patricia Reznikov qui apparaît dans ce roman. Ironie du sort, avec un héros écrivain, l’auteur en profite un peu et va jusqu’à glisser une égratignure à ce monde polissé  : « La rentrée littéraire de janvier s’annonce et tous les articles font l’éloge des cinq mêmes écrivains à la mode. Curieux bal des vanités plein de cruels froufrous. Ça fait longtemps qu’on ne m’invite plus. Trop vieux. »

Une jolie lucidité distillée au compte-gouttes pour ceux qui lisent entre les lignes et à tous les niveaux : « La vérité ! Qui veut la savoir, bon Dieu ?! Pas moi, certainement. La littérature, c’est beaucoup mieux. Un petit monde docile, chatoyant, contrôlé. Des personnages riches, bancals, touchants. Des poètes, des équilibristes, des belles dames au grand cœur. Des villes pleines de lumières, des Babels pleines de langues où chacun cherche son chemin et le trouve, même, peut-être… Pourquoi vouloir la vraie vie, la vérité vraie ? La vraie vie ne marche jamais. »

« Et se laisser entraîner, c’est ce que les écrivains savent le mieux faire. » Mais les lecteurs aussi, parce qu’on se fait embarquer et on se laisse entraîner dans cette quête improbable remplie de scènes tirées de tous les registres imaginables : polar, noir, horreur, histoire, romance, démence…  Le plus imperturbable dans toute cette histoire semble être Igor, un hamster ‘’pommophile’’, ‘’fromageophile’’ et musicophile, mais ça c’était obligé vu que son nom est en mémoire de Stravinsky.

Vous croiserez plusieurs grands noms sur une période de près d’un siècle, mais à la fin du récit vous serez convaincu que  la vie vaut d’être vécue pour des choses aussi simples que quelques pâtisseries traditionnelles, quelques poèmes et quelqu’un qui vous aime…

Chronique rédigée par Tiffany Assouline 

 

 

La nuit n’éclaire pas tout, Patricia Reznikov, Albin Michel, ISBN 9782226229762, 352 pages / Prix : 20.00 €

Quatrième de couverture :

« Qu’avais-je d’autre à faire que de me laisser entraîner comme un vieux mammouth empaillé à l’autre bout de l’Europe par une inconnue bizarre et anorexique ? »

Quand on s’appelle Benjamin Himmelsbar, qu’on est un vieil écrivain en proie aux doutes et qui n’écrit plus, un solitaire qui a pour tout confident son hamster Igor, et qu’on rencontre une jeune femme mystérieuse qui se dit chasseuse de miracles, sorte d’Alice au pays des merveilles qui remonterait le temps, on la suit…
De Paris à Amsterdam, de Londres à Turin, au fil de rencontres insolites et savoureuses qui font revivre l’Europe cosmopolite des années 20, les poètes russes de l’émigration, les écrivains américains du Paris des années folles, le Berlin disparu, chacun d’eux va lever ses propres énigmes tout au long d’une errance en forme de puzzle vertigineux.

Par sa liberté et sa fantaisie mêlant humour, érudition, légèreté et tragique, par son atmosphère envoûtante, La nuit n’éclaire pas tout a l’art de faire advenir le mystère et de lui donner sens.

 

Présentation :

Patricia Reznikov est franco-américaine et vit à Paris. Depuis 1994, elle publie romans, nouvelles, poèmes, pièces de théâtre et albums pour la jeunesse.
Son premier roman, Toro, a reçu le prix France Culture du premier roman, l’avant dernier, Le Paon du jour, lui a valu le prix Thyde Monnier de la SGDL et le prix Charles Oulmont en 2008.
Son dernier roman, La nuit n’éclaire pas tout, fait parti de la rentrée littéraire 2011.

En savoir plus ici  

 



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