Le ravissement de Britney Spears de Jean Rolin

Le ravissement de Britney Spears de Jean Rolin

Un peu d’histoire…

Le narrateur appartient aux services français chargés de surveiller la princesse de la pop contre un possible enlèvement d’un groupe islamiste. Il déambule dans LA à l’affût des moindres faits et gestes de la star avec l’aide des espions les plus efficaces du monde: la paparazzi américains. C’est à pied qu’il visite la ville tentaculaire qui lui réserve bien des surprises. Les meilleures viennent de ce peuple étrange venu d’ailleurs: les stars américaines dont les lubies sont  plus aberrantes les unes que les autres. Lindsay, Katy, Paris et Kim sont toujours pleines de surprises. Il en va autrement de Britney qui est beaucoup plus calme depuis son pétage de plomb en règle. La raison ? La demoiselle ne veut pas perdre la garde de ses enfants, Sean Preston et Jayden James. Aussi, le narrateur est vite fatigué de découvrir Britney chez le marchand de glaces/ dans les boutiques/ en amoureux avec Jason/ sous la houlette de papa. Il s’intéresse alors de plus près à Lilo qui, en plus d’être une beauté renversante, est visiblement en moins bonne posture que Britney et fait beaucoup parler d’elle…Mais délaisser Britney pour Lilo n’est-il pas dangereux pour la chanteuse ? Pas le temps de se poser ce genre de questions…Le narrateur continue de suivre Britney et, la même occasion, de découvrir LA et son avalanche de « people », plus ou moins réels…

 

Un peu d’avis…

En s’attachant à Hollywood et aux frasques des starlettes stars, Rolin veut sans doute nous montrer le vide incommensurable de notre société et de nos existences et par là il veut dire celle des femmes qui se gargarisent de scoops plus ou moins orchestrés par lesdites stars et relayés par des paparazzi libidineux mais franchement très cool Ah oui, vraiment? Petite parenthèse 1. Les paparazzi qui se situent selon moi sur l’échelle de l’humanité entre Berlusconi et Alexia Laroche-Joubert sont ici présentés comme des gens qui aiment Britney et la protègent. Après tout, la star ne les a-t-elle pas invités dans sa splendide demeure pour boire un verre et discuter ? C’est exact. Mais c’était aussi au moment où elle était au plus bas, défoncée aux neuroleptiques et plus si affinités : cette invitation n’était que le signe d’une dépression aigue de celle qui à la même période demandait dans un accès de désespoir à un SDF « Monsieur, vous ne voulez pas de ma vie ? ». Il me parait évident que si les paparazzi aiment davantage Britney que Victoria Beckham, c’est parce qu’ils ont pu grâce à elle s’offrir une somptueuse maison dans les beaux quartiers de LA. Fin de la parenthèse 1. Je me suis demandé si Rolin croyait vraiment dans les bons sentiments des paparazzi envers Britney ou s’il prenait le lecteur pour un con faisait preuve d’un cynisme teinté d’ironie en se faisant passer pour Oui-oui au pays des jouets.

Rolin dépeint une société en perdition où chacun mène des existences solitaires, complètement vaines, pour ne pas dire nulles. C’est valable pour les stars évidemment mais aussi pour à peu près tous les personnages que le narrateur rencontre, ses collègues compris. Même si ces derniers vivent des existences dangereuses et – d’une certaine façon- ont un rôle utile, salutaire, personne n’en tire rien : ni satisfaction, ni gloire. Le Néant. Un néant qui se reflète dans le fond des verres de ce cocktail ananas que Britney affectionne tout particulièrement. Le monde dépeint par Rolin est un monde d’errance dans tous les sens du terme: chacun y est, sans savoir pourquoi. Ici personne ne recherche quoi que ce soit, surtout pas lui-même d’ailleurs: l’Etre a été dévoré par l’Avoir et même si tout le monde en souffre, personne n’en dit rien. D’ailleurs, les dialogues sont quasiment absents de tout le roman. Tout y est d’autant plus morose que, contrairement à Ellis, Rolin ne dénonce rien. Ce livre n’a en somme strictement rien à dire. Il ne se passe rien de toute façon: le narrateur marche dans LA, suit Britney, tombe amoureux de Lilo, baise un sosie de Britney…On croirait le pitch d’un épisode de Secret Story

J’ai lu certaines critiques professionnelles je précise pour qu’on ne m’accuse pas de plagiat qui trouvaient ce roman désopilant et je trouve ça un peu exagéré. Niveau humour, si l’on devait comparer ma grand-mère sous l’emprise de la vodka pomme et ce livre, c’est sûrement ma grand-mère qui gagnerait. Vous l’avez compris, cette lecture est avant tout un rendez-vous manqué entre moi et ce genre galvaudé -mais hélas très prisé par les auteurs français- auquel je ne m’habitue pas : l’autofiction. Jean Rolin prend le parti pris de s’en éloigner en arguant que ce livre est un roman dans la mesure où toute cette histoire de menace terroriste n’est pas réelle : c’est pas faux comme dirait Perceval. Mais tout le roman suinte le vécu morbide de son auteur en mal d’inspiration: le voyage à LA, son incursion chez les paparazzi, sa fascination pour les chattes frasques de Britney et ses consoeurs (Katy Perry/Lilo/Paris Hilton et Kim Kardashian). Vue l’ironie mordante à l’égard de Britney, on a franchement du mal à croire que Rolin -contrairement à ce qu’il dit en interview- l’apprécie. Mais avouer qu’il ne l’aime pas serait par là même avouer qu’il a choisi Britney pour des raisons pas très choupinettes, à savoir parce que ça fait vendre ou/et parce que c’est hyper tendance d’aimer des trucs de ploucs. Vous pouvez remplacer ici Britney Spears par les pulls faits main, les 4×4 ou les émissions de Patrick Sébastien. 

Soyons rassurés, ce roman plaira aux bobos/un peu arty/parisiens qui trouveront chic dans les diners mondains de dire qu’ils ont lu et aimé ce livre parce que – vous comprenez- ça parle de « pop », et donc du peuple. Pour justifier leurs goûts merdiques audacieux, ils feront un parallèle entre Rolin et Lowry : en effet, comme l’auteur de Sous le volcan, Rolin évoque le vide de nos existences, nous perd dans des détails infimes, peint un paysage complexe, labyrinthique. Pour ce dernier point, on pourra citer -si on est vraiment en forme- Joyce  et son Ulysse. J’ai apprécié les errances du narrateur dans cette LA qui se veut un miroir de la société occidentale. D’ailleurs, Rolin évoque le roman de Lowry à plusieurs reprises petite parenthèse 2 qui a été retraduit de manière somptueuse sous le titre Sous le volcan. Une lecture que je recommande à Jean Rolin  fin de la petite parenthèse 2. Le parallèle s’arrête ici: de Lowry, ce roman n’a pas le style saisissant, poétique voire incantatoire, et surtout pas sa dimension tragique. Mais admettons: avec ces quelques références littéraires sous le coude, plus aucune honte d’aimer ce roman qui parle d’une sous-culture marchande jetable, reflet de notre société où personne n’a rien à dire mais tout à vendre: son corps, son âme. Plutôt que de dénoncer quoi que ce soit, Rolin s’engouffre dans la brèche et participe à cette néantisation absolue, en faisant de son narrateur un neurasthénique doublé d’un dépressif chronique, personnage fétiche des auteurs français. Dans ce roman, pas d’originalité, ni de vision subversive, et encore moins d’analyse brillante, Le Ravissement de Britney Spears brosse le tableau complaisant d’une société vide, pour ne pas dire débile. Britney, victime de sa maison de disques/ d’un entourage vénal/de paparazzi avides/ et surtout d’elle-même, n’avait pas mérité cela. Pour ma part, je suis certaine d’une chose, c’est que ce roman mérite la même place que celle du Consul à la fin de Sous le volcan: dans un ravin, sous un chien mort.

Chronique rédigée par Sara

Le ravissement de Britney Spears, Jean Rolin, POL éditions, 978-2-8180-0600-9, 288p, 17€

Quatrième de couverture :

 

Faut-il prendre au sérieux les menaces d’enlèvement qu’un groupuscule islamiste fait peser sur Britney Spears ? Les services français (les meilleurs du monde) pensent que oui.
Certes, l’agent qu’ils enverront à Los Angeles pour suivre cette affaire présente quelques handicaps – il ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics, ignore presque tout du show-business et manifeste une tendance à la neurasthénie –, mais il fera de son mieux pour les surmonter, consultant sans se lasser les sites spécialisés, s’accointant avec des paparazzis, fréquentant les boutiques de Rodeo Drive ou les bars de Sunset Boulevard, jusqu’à devenir à son tour un spécialiste incontesté tant de Britney elle-même que des transports en commun de Los Angeles.
Il n’en échouera pas moins dans sa mission, et c’est de son exil au Tadjikistan, près de la frontière chinoise, qu’il nous adresse ce récit désabusé de ses mésaventures en Californie.
Même si l’écriture de ce roman a été précédée d’un séjour de plusieurs semaines à Los Angeles qui lui a permis de nourrir son texte de l’atmosphère de la mégapole de la côte Ouest et, pas du tout accessoirement, de se lier d’amitié avec certains des paparazzis attachés à la traque de Britney Spears… ce nouveau livre de Jean Rolin, n’est pas un récit de voyage, ou une enquête : c’est un roman, un vrai roman… Le quatrième de son auteur : le fait est suffisamment rare pour être souligné. Et salué. Puisqu’un vrai plaisir romanesque est au rendez-vous avec, en plus, les qualités d’investigateur et de narrateur, le talent d’évocation et l’inimitable humour mélancolique que l’on connaît à l’auteur d’Un chien mort après lui.

 

Lire les premières pages ici 



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