Les découvertes d’ Eric Laurrent

Les découvertes d’ Eric Laurrent

Un roman d’éducation que « Les Découvertes », 10ème ouvrage d’Eric Laurrent. Une éducation sexuelle plutôt que sentimentale car l’auteur nous découvre son intimité et son apprentissage de la beauté féminine. Le garçon est fasciné par cet être différent, tout de courbes tendres et de mystères musqués. Thème central pour bien des hommes, il est médiocrement traité par l’écrivain. Oui, moi aussi je suis sensible aux beautés féminines et suis passé par des expériences petites bourgeoises similaires en dépit des différences. Mais il faut plus de talent qu’une impudeur mesurée pour réussir dans l’exercice difficile qu’est celui de raconter la banalité. Si celle-ci reste flasque et muette, peut-être vaut-il mieux s’abstenir de publier.

Je ne souhaite même pas vraiment éreinter cet ouvrage, il est bon que chacun puisse s’exprimer par l’écriture et M. Laurrent paraît être une homme cultivé, au vocabulaire recherché, à l’humour discret et à la syntaxe étincelante. Est-ce suffisant ? C’est en réfrénant l’envie mesquine et enfantine de jouer sur son nom, qui ne manque pas d’air que je vais m’empresser de vous brosser à grands traits l’ennui terrible qui m’a saisi à la lecture des éveils de ce brave garçon tout confit de subjonctifs et de phrases chantournées dans lesquelles pointent parfois quelques vocables argotiques inattendus. De la surprise naît le sourire et tout le monde sait que « lecteur qui sourit ; à moitié … » à moitié endormi.

Je suis ne suis pas mécontent que M. Laurrent soit hypnotisé par un poster de « Penthouse » de 1977 et qu’il se souvienne que « pour l’enfant [qu’il était] encore, le détail le plus saisissant résidait naturellement ailleurs : au bas de son ventre […]  frisottait une toison follette et sombre, dans la partie inférieure de laquelle saillaient et s’étiraient les flexueuses et roses froissures des grandes lèvres ». Mais, en fait, peu m’importe. Les « coulissements réguliers » du sexe de Léa le long du sien, souvenir orgasmique d’un «bouche-à-bouche où la cyprine se fût substituée à l’air » m’indiffèrent.

Je ne peux en conséquence que féliciter l’auteur pour ses conquêtes, son goût exquis et son attirance pour les froissures, flexueuses ou non, mais demander humblement que l’on m’épargne la prochaine fois ce genre d’errances adolescentes qui ne réussiront qu’à troubler quelques anthropologues érotomanes probablement américains, adeptes de cet étrange habitus français qu’est l’autofiction faussement licencieuse, ou éventuellement quelques fétichistes du subjonctif imparfait.

Chronique rédigée par David Vauclair

Les Découvertes, Eric Laurrent, Les Editions de Minuit, ISBN 978-2-7073-2195-4, 176 pages, 14€

 

Quatrième de couverture :

 

De la vue d’une reproduction des Sabines de David dans un vieux dictionnaire jusqu’à sa première nuit d’amour, ce livre évoque la croissante fascination d’un jeune garçon pour le corps féminin.
L’affiche du film érotique Emmanuelle, telle scène de baignade dans Tarzan et sa compagne, la double page centrale d’un numéro de la revue de charme Penthouse, un strip-tease dans une fête foraine en marqueront quelques étapes. Mais il sera aussi question des jeux troubles de la prime enfance et de certaines expériences propres à l’adolescence.

 



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