Paris en temps de paix de Gilles Martin Chauffier

Paris en temps de paix de Gilles Martin Chauffier

« Si vous croyez tous les  bons flics gauchistes, alcooliques, dépressifs et divorcés, cessez de lire des polars français. » page 25

 

Pour la deuxième année consécutive, je participe au projet Chroniquesdelarentreelitteraire.com, et j’étais tout aussi excité que l’année dernière au moment de recevoir la liste des ouvrages et de découvrir les nouveautés parmi lesquelles il me fallait choisir celle que je chroniquerai. J’ai jeté mon dévolu sur Paris en temps de paix, d’un auteur que je ne connaissais pas et qui a pourtant reçu le prix Jean Freustié pour Une affaire embarrassante, le prix Interallié pour Les Corrompus, le prix Renaudot des lycéens pour Silence, on meurt et le prix Renaudot de l’essai pour Le Roman de Constantinople.

Je ne souhaitais pas réitérer l’expérience précédente, à savoir que je n’avais pas aimé le livre choisi (La Triche, de France Huser). Et j’ai eu peur, lors de ma lecture, de devoir réécrire une chronique peu ou prou mauvaise, mais la fin du roman a rattrapé un milieu lassant et pataud.

 

La première scène nous plonge dans un lycée de banlieue où le commissaire Hervé Kergénéan, « qui passe selon ses propres dires pour un très bon flic alors qu’il n’est qu’un paresseux qui fait son malin et tire la couverture à lui », intervient avec un responsable de la RATP. Le proviseur est on ne peut plus mou. Sa méthode pour dompter les fauves des cités consiste à leur parler comme à de sages lycéens intelligents à qui l’on n’a rien à reprocher. Vite, quelques élèves prennent le dessus, « Mister Rap en personne » cloue le bec au proviseur et au responsable de la RATP, venu parler des dégradations incessantes dans les RER, la prof jubile et chuchote à l’oreille du commissaire que, désormais, seule la sonnerie de fin du cours les arrêtera. « Charmante, la quarantaine, mince, quelques cheveux blancs, elle avait l’air de la bourgeoise rangée et prudente qui se faufile à l’église », elle tape la discut au commissaire en même temps qu’elle lui tape dans l’œil. Et c’est à ce moment que Hassan Masrak, jeune rebeu à l’air intello malgré une canette de coca ouverte sur sa table, a pris la parole pour enterrer le discours polémique de Mister Rap. Kergénéan n’en revenait pas, manqua d’applaudir et Anne-Marie, la prof, était aux anges. Le jeune Hassan était en effet son chouchou.

 

Loin de devenir vulgaire, l’écriture de Gilles Martin-Chauffier s’adapte parfaitement à l’ambiance du roman. Avec des allures de polar sur fonds de conflits religieux, le roman s’installe paisiblement dans le XVIIIe arrondissement de Paris et dans la cité Artois-Picardie. Kergénéan reverra Anne-Marie. Au restaurant d’abord, chez lui ensuite, dans un relais et châteaux à 800 € la nuit, etc. Yaël, une étudiante juive se fera agresser par une racaille de douze ans qui voulait lui voler son sac, lequel n’est pas inconnu des services de police. L’agresseur sera tabassé. Et enfin, le jeune frère de Yaël se fera enlever.

Tout semble prouver qu’une guerre des clans est déclarée. Les médias, les politiques, les habitants du quartier sont aux abois : les Juifs et les Arabes sont en guerre ! Paris n’est plus sûre. Mais Kergénéan est persuadé que, sous ses airs d’affaire aux conclusions déjà connues, se cache quelque chose d’autre. Il tente de démêler les fils avec ses hommes, Kerilis et son fidèle second J.R. Faisant face aux assauts du maire Jean-Pierre Homais, un socialiste incompétent prêt à toutes les façades pour faire croire au bien-être dans son arrondissement, du conseiller de Homais, véritable girouette tête à claques, de la ministre qui ne veut pas que soit déclenchée une guerre civile, de la Crim’ à qui l’affaire a été remise, d’Anne-Marie qui joue à la bourgeoise bitch et du ravisseur qui a décidé de traiter directement avec lui, il reste calme, sûr que la vérité verra bientôt le jour et qu’il endossera, comme d’habitude grâce à J.R., la responsabilité et les lauriers d’une affaire remarquablement bien menée.

Mais comme dans toute affaire digne de ce nom, il faut savoir se méfier de tout le monde et protéger ses arrières. Je ne vais la jouer « Kergénéan saura-t-il déjouer les pièges de personnes malintentionnées qui gravitent autour de lui ?! Saura-t-il découvrir la terrible vérité ?! » Mais l’idée est là. Gilles Martin-Chauffier sait faire durer le suspense, distillant savamment quelques indices au fil de l’enquête. Un peu trop savamment peut-être car je me suis vite lassé.

 

Les scènes et les ficelles s’enchaînent comme elles se ressemblent, les préceptes à la con aussi. Si je m’amusais des traits d’humour de l’auteur (« on dirait un nazi dont Lutte Ouvrière aurait lavé le cerveau », « Aussi cadenassé que la recette des macarons de Lenôtre, le secret du charme de ces bourgeoises sexy ne passe jamais par exubérance »), je me suis vite lassé de ses aphorismes qui rendent le style prétentieux et lourdingue (« ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la température »,  « un chien a quatre pattes mais ne prend pas deux chemins à la fois », « on n’a pas besoin de vos lampes de poche pour éclairer le soleil » ou encore « on ne s’associe pas avec une oie blanche quand on cultive de noirs desseins »).

Au milieu du roman, j’ai eu l’impression de m’enliser et me suis ennuyé, commençant à sauter des lignes, puis des paragraphes entiers. Pas vraiment accro aux roman policiers, j’ai aimé que celui-ci n’en soit pas vraiment un, j’ai aimé l’humour et l’écriture simple de l’auteur qui collait parfaitement au récit, j’ai aimé les boutades lancées à la politique, aux partis et aux hommes politiques (il parle de plusieurs personnalités sans en cacher le nom), j’ai aimé la dimension politique du roman (sujet sensible des banlieues, rapport de la police à ces cités, politiciens aux apparences trompeuses, etc.). Mais ça n’a pas suffit à m’entraîner dans le roman de manière assez efficace pour en avoir une très bonne image. Celle que j’ai est plutôt pataude. J’ai bien aimé, mieux que le roman choisi l’an dernier, mais sans plus. Peut-être aurais-je plus de chance encore la prochaine fois !

Un grand merci à Abeline de Chroniquesdelarentreelittaire.com et aux éditions Grasset pour ce livre.

Chronique rédigée par Sébastien Almira 

Paris en temps de paix, Gilles Martin-Chauffier, Grasset et Fasquelle, ISBN 9782246789024, 320p, 20€

 

Quatrième de couverture :

Sait-on ce qui se trame dans le XVIIIeme arrondissement de Paris ? Ce qui se passe dans les cours d’immeuble, les caves, les étages de l’ensemble Artois-Picardie ? Le pacte républicain dans le hachoir du communautarisme subventionné : orgueil hallal, fierté « feuje », tape dans ma main et touche pas à ma pote… Parfois, mais pas toujours. Le héros, commissaire d’ascendance bretonne, calme et manipulateur, n’en croit pas ses oreilles quand on lui annonce l’enlèvement d’un jeune juif du quartier. Une guerre des gangs ? Une autre affaire Ilan Halimi ? Et si l’on avait juste un peu dérangé le chaos naturel du trafic de drogue ? Que cache Hassan, le premier de la classe ? Qui protège Anne-Marie, la professeure du collège, un dessin de Kiraz revu par la « french connection », une égérie de la mode qui aurait mal lu le Coran ?

Gilles Martin-Chauffier aime écrire là où cela fait mal. En ces temps de montée de l’extrémisme, voiciParis en temps de paix. Drôle de paix.



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