Touriste de Julien Blanc-Gras

Touriste de Julien Blanc-Gras

Et c’est quoi le parfait livre de la rentrée ? Celui qui vous rappelle vos vacances et qui vous encourage a reprendre la route. Celui qui comble vos désirs d’ailleurs si vous n’avez pu quitté votre quartier. Celui qui vous emporte, vous divertit, et l’air de rien vous fait réfléchir. Celui qui vous racole à coup de pingouin en couverture et dédicace à Eratosthène. Peut-être « Touriste » 

Rendons à César ce qui appartient à France Inter, j’ai acquis cet ouvrage grâce au « Masque et la Plume », dont les critiques, une fois n’est pas coutume, louaient tous ce troisième roman spirituel de Julien Blanc-Gras, journaliste indépendant et voyageur compulsif. Je ne suis pas le seul puisque lisant l’opuscule dans les transports en commun j’ai été abordé par une dame charmante qui voulait partager son enthousiasme et qui, elle aussi, avait été persuadée par l’émission fétiche des fans de débats critiques et du service public. J’ajouterai donc modestement ma voix à la multitude et vous engagerai à partir sur les routes guillerettes et humoristiques tracées par M. Blanc-Gras.

Plutôt récit de voyage fantasque et autobiographique que roman, le lecteur suit avec délectation le destin de touriste que l’auteur se construit. Voulant redonner au terme ses lettres de noblesse, Julien Blanc-Gras observe benoîtement les beautés que le monde propose une fois que l’on a quitté sa chambre. Il apprend ainsi qu’il « vaut mieux être ouvrier à Hull que mort à Kaboul », dîne chez la mère de Bouddha, établit une liste de pays ridicules, ou déplore de ne pouvoir régler le conflit israélo-palestinien, finalement trop complexe.

A chaque page ou presque, une observation, une description ou une réflexion fait sourire ou mieux, tandis qu’il ajoute son nom à la longue liste des fins sociologues que sont les humoristes. Sa catégorisation des réactions du touriste face à « l’indigène indigent » restera dans mes annales tant il épingle avec justesse les attitudes et humeurs par lesquelles tout voyageur passe une fois confronté à la misère.

Sorte de mélange entre un grand reporter au repos, un Alexandre Vialatte conventionnel et un Nicolas Bouvier dissipé, M. Blanc-Gras sera l’écrivain parfait pour vous faire découvrir la médiocrité d’un mandarin, moins ragoutant que les mollusques qu’il étudie, ou l’horreur qu’il y a à se retrouver coincé face à un jovial « allemandenshort », qui, régulièrement en plus, à la perfide de ne même pas être allemand. C’est le côté chafouin des concepts.

Aidons en conséquence notre touriste souriant et parfois clairvoyant à revenir avec d’autres tampons sur son passeport, d’autres anecdotes narquoises, mais surtout d’autres écrits. Lisons-le ! Après tout, ce n’est qu’un bon moment à passer.

Chronique rédigée par David Vauclair 

Touriste, Julien Blanc-Gras, Au diable vauvert, 978-2-84626-295-8? 262 pages, 17€

Quatrième de couverture :

« On compte environ 200 états souverains. On vit à peu près 30000 jours. Si l’on considère l’existence sous un angle mathématico-géographique, on devrait passer 150 jours dans chaque pays. Il faut se rendre à l’évidence. Je dois aller dans tous les pays du monde. Je ne trouverai pas le repos dans l’immobilité.
Untel veut devenir une star, un autre posséder un yacht ou coucher avec des sœurs jumelles. Je veux juste aller à Lusaka. Et à Thimbu. Et à Valparaiso. Certains veulent faire de leur vie une œuvre d’art, je compte en faire un long voyage.
Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit.
Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d’être futile. De s’adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire.
Le touriste inspire le dédain, j’en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C’est un cliché qui résulte d’une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu’un. »

Obsédé par les cartes, le narrateur décide de visiter tous les pays du globe.
Des favelas colombiennes aux hôtels clubs tunisiens, en passant par les karaokés du Yang-tsé-Kiang, les villages oubliés du Mozambique, les vagues polynésiennes, les plateaux de Bollywood, le tumulte du Proche-Orient et même par la Suisse, ce promeneur globalisé nous guide à travers l’inépuisable diversité des mondes.
Avec ce roman géographique, Julien Blanc-Gras nous propose
une esthétique du voyage simple, aventureux, drôle et intelligent.



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