Juste avant de Fanny Saintenoy

    Comme souvent en ce qui concerne les premiers romans français, force est de constater que Fanny Saintenoy s’engouffre dans une brèche au détour de laquelle on aurait pu l’attendre : un roman qui puise dans son vécu. Certes, Juste avant se lit avec beaucoup de facilité et même – soyons fous – avec plaisir, mais on est en droit de se demander ce qu’il amène à l’horizon culturel français.

Au niveau de la narration, rien de bien original : l’alternance de deux voix de femmes, celle de Fanny et celle de sa grand-mère Juliette surnommée Granny ; la plus jeune au chevet de l’autre qui, dans le coma, sent la vie doucement quitter son corps. Les passages dans lesquels la narratrice est la vieille femme sont consacrés à un retour sur sa vie et sur celle des filles de sa lignée, d’elle jusqu’à Milena l’arrière petite fille. Alors qu’elle est sur le point de mourir à tout instant, elle prend le temps de nous narrer sa vie par le menu. Soit dit en passant, nous remercions d’ailleurs les présences divines qui veillaient sur elle de ne la laisser partir qu’après avoir eu le temps de tout se remettre en mémoire… De temps en temps, la voix est rendue à Fanny, sa petite fille, qui se demande ce que perçoit réellement sa chère Granny.

N’y allons pas par quatre chemins, Juste avant est certes un roman touchant (si si un cœur se cache quelque part dans les tréfonds de la lectrice qui écrit ce modeste billet) qui a dû faire beaucoup de bien à l’auteur ; c’est un témoignage très doux, un bel hommage d’une femme à sa grand-mère, un roman qui parle de la peur de la mort et de ce qui lui succède. On peut être touché également par le destin de ces femmes duquel les hommes semblent en quelque sorte exclus, sorte de maillons faibles chacun à leur façon. Mais pitié, personnellement, j’en ai assez de ces romans qui n’apportent rien de nouveau au lecteur. Je peux être ravie de constater que l’écriture fait du bien à qui la commet, mais en dehors du fait que l’auteur est dotée d’une plume honorable, qu’elle nous comble de quelques jolies phrases et que les deux protagonistes peuvent sembler sympathiques à certaines lectrices, rien de bien neuf ni de bien transcendant ni dans le style, ni dans les choix narratifs, ni dans la thématique.

Et je vous le donne en mille, le roman s’achève sur la mort de la grand-mère qui se laisse doucement partir. Je ne remets en rien en cause le fait que c’est sans doute un moment que l’auteur a eu besoin de mettre en mots, mais franchement on peut tout de même attendre plus, même d’un premier roman.

Chronique rédigée par Stéphie

Juste avant de Fanny Saintenoy, Flammarion, ISBN-13: 978-2081267725,  12 euros, 118p 

Quatrième de couverture :

Voici un texte qui alterne poésie douce et drôlerie franche. Par la voix d’une très vieille dame sur son lit de mort, et par celle de son arrière-petite-fille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible. Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.

Biographie de l’auteur

Professeur de français langue étrangère, puis responsable du centre d’apprentissage des langues de la Cité internationale universitaire de Paris, Fanny Saintenoy travaille aujourd’hui au cabinet du Maire de Paris.

 

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11 total comments on this postSubmit yours
  1. Bonjour, je ne suis pas du tout d’accord avec vous (mais c’est ce qui fait la richesse des échanges !). Au contraire ! J’ai trouvé que le schéma narratif était très bon car ce n’est pas qu’il soit à deux voix alternées qui en fait l’originalité, ce sont ces deux tons et langages très différents, très réussis. Quant à ce que ça apporte au lecteur, j’ai été touchée par cette évocation de la peur de mourir que j’ai très peu vu traitée, j’ai été happée par l’ECRITURE (et pour un roman, ne serait-ce que cela, c’est déjà l’essentiel, non ?) et par la simplicité. Ras-le-bol de ceux (!) qui racontent leurs souvenirs en en faisant des tartines, en en rajoutant dans la sureenchère et le style pour cacher le manque de spontanéité. Ce n’est pas la réalité. Et ça, ça ne me touche pas…

  2. Bonjour, en effet, la différence d’opinion fait la richesse. Je crois qu’un livre atteint aussi en fonction du vécu, du ressenti, de l’attente de chaque lecteur. Mais aussi de ce qu’il a pu lire auparavant. Après comme vous avez pu le lire, j’ai trouvé certaines qualités à ce roman. Mais pas assez pour que cela en devienne un bon roman à mon goût et en effet, cela n’engage que moi. Bien à vous

  3. Oui, vous avez entièrement raison, le vécu du lecteur influe infiniment. Je pense aussi que son vécu de lecteur joue, vous semblez lire beaucoup et dans des domaines différents, vous êtes sans doute plus exigente (dans le bon sens du terme), je suis comme ce premier roman, une « première » lectrice, avec ses défauts…et sa spontanéité ! Bonne journée

  4. oups, j’ai écrit deux fois la même chose..avec deux sens différents ! je pensais « vécu du lecteur » en tant que personne qui lit, en fonction de sa manière de lire…

  5. Il est vrai que plus on lit, plus on en attend. Merci pour cet échange constructif, en tout cas ;)

  6. Je m’attendais à ce que tu postes un tel avis, car il est rare que tu aimes tout de même que tu aimes un roman qui flirte avec l’autobio … ;)
    Étrange qu’Abeline t’ait confié ce livre, connaissant ton aversion pour ces romans-là.

  7. @leiloona je le lui ai confié pour l histoire et parce que je pensais que bien traité il n est jamais trop tard pour lui faire apprécier le genre …

  8. En effet, étrange qu’Abeline n’ait pas lu les 600 romans avant de les proposer, à croire qu’elle dort la nuit, rires.
    Et puis je rappelle qu’il y a le libre arbitre et que donc j’ai eu envie de lire ce roman.

  9. C’est justement parce qu’Abeline choisit bien nos livres (tout en passant de belles nuits. ^-^) que j’ai été étonnée de ce choix (un peu comme si elle me proposait un thriller bien glauque en somme.)
    Mais cela dit, il ne faut pas non plus se borner à ce qu’on aime … (même si avec mon manque de temps, je préfère passer du temps à lire un bouquin qui en principe devrait me plaire.)

  10. Et puis Abeline a raison l’histoire me branchait, c’est que je ne pensais pas que ce serait teinté d’autobio :-) )

  11. Comme je suis un ignare invétéré, je me contente de ces petits livres qui me ravissent, me font rire et pleurer quelquefois. Ce juste avant… en fait partie, et je me moque bien qu’il soit auto bio, que la grand mère meure à la fin, (puis je préciser qu’à la fin tout le monde meure…)
    Auto bio, vécu du lecteur en tant que personne qui lit, branchitude, principe, en qques mots tirlipotage intellectualo pseudo culturo psycho à 2 balles…

    Et si vous vous contentiez de dire que vous n’aimez pas Brahms…?

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