Le pied mécanique de Joshua Ferris

Un homme, Tim, a tout pour réussir. D’ailleurs, on peut dire qu’il a réussi. Avocat respecté en affaires, marié avec une femme toujours belle, toujours désirable, Jane, il pourrait être le modèle de la réussite américaine, le modèle du père aimant, du mari désirable, de l’homme d’affaire envié. Et il l’est. Sauf que, un matin, il repart. Il repart comme il est parfois parti, comme il repartira toujours. Il repart et marche, marche, jusqu’à total épuisement, jusqu’à tomber, endormi, là où ses pieds l’ont porté. Loin de Manhattan, loin de sa famille, loin de ce qu’il représente.

 

Voilà, un pitch simple, efficace, et un héros qui malgré lui, fuit sa réussite et sa vie. Une maladie orpheline que nul médecin, psychiatre ou diagnosticien n’a pu ni identifier ni soigner. A chaque fois, Tim repart. Marcher, marcher, encore et encore, des heures et des jours. Pour quoi ? Pour où ? Une fuite, instinctive, intuitive ? C’est là la métaphore du roman : quelles que soient les réussites, les vies, les possessions ou les richesses, un homme fuit, régulièrement et malgré lui, pour s’enfoncer dans la solitude et le dénuement. Tim ne peut que partir, et sa femme colmate les brèches, invente des excuses, répare, prépare même le sac, les provisions, l’eau… Jane ne peut que devenir complice et prier pour qu’il revienne ou qu’elle le retrouve…

 

« Ça s’passe à Manhattan dans un cœur

Il sent monter une vague des profondeurs

Pourtant j’ai des amis sans bye-bye

Du soleil un amour du travail… »

 

Ultra moderne solitude comme la chanson de Souchon donc et individualisme forcené du vingtième siècle, le héros de Joshua Ferris devient une machine à marcher pour ne plus être une machine à penser, à travailler. Le corps prend le pouvoir sur l’esprit. Un roman parfois hypnotique comme l’état de son héros (notamment dans tous les passages concernant les marches de Tim), certes, mais qui n’apporte pas suffisamment d’empathie pour ses personnages. On lit, on compatit parfois, le tout en spectateur parfois touché, le plus souvent vaguement intéressé. Dommage, car si les déambulations, les errances de Tim sont autant de beaux passages où l’on sent la force hypnotique qui l’entraîne hors de sa vie, tous les à-cotés, que ce soit Jane, Becka, leur fille, ou les autres personnages qui symbolisent ce quotidien à fuir sont plus ternes, bien moins charismatiques que le personnages principal. Pas mal, donc, mais pas suffisamment abouti : jusqu’à la fin pourtant très belle, et bien qu’on ne quitte pas le roman, on reste jusqu’au bout un simple spectateur.

Chronique rédigée par Amanda Meyre 

Le pied mécanique, Joshua Ferris, JC Lattès, ISBN : 978-2709635301, 362p, 22€

Quatrième de couverture :

Tim Fanrsworth est un homme séduisant. Les années paraissent ne pas avoir prise sur lui : il ressemble toujours à ces stars de cinéma que les femmes admirent tant. Il aime sa femme, Jane, superbe elle aussi, et, en dépit des épreuves du quotidien et des petites tentations, nées de longues années de vie commune, leur mariage est heureux. Le travail de Tim est sa passion : associé d’un grand cabinet d’avocats de Manhattan, il gère les affaires les plus importantes. Même lorsque sa fille unique, Becka, se cache derrière sa guitare, ses dreadlocks et ses rondeurs, il n’a de cesse de lui répéter en père modèle et aimant qu’elle est, pour lui, la plus jolie fille du monde.

Tim a tout pour être heureux : il aime sa femme, sa famille, son travail, sa maison.

Mais un jour, il se lève de son siège et s’en va. Il se met à marcher et ne peut plus s’arrêter. Ces crises peuvent durer quelques jours ou quelques années. Alors, il perd tout ce qui lui semblait à jamais acquis : un présent heureux, un avenir serein, toutes ses certitudes. Pour combattre ce mal mystérieux qui grignote sa vie, ses passions, son âme, Tim doit renoncer à ce qu’il croyait être, porter un casque plein d’électrodes sur son crâne nu, quitter son travail, accepter l’inconnu.

Le portrait bouleversant d’un homme dépouillé de tout et d’une famille bouleversée par la folie et l’absence mais qui résiste, se bat, s’aime. C’est un roman d’amour étonnant ainsi qu’une réflexion fabuleuse et émouvante sur le corps et l’esprit et sur ce qui fonde notre identité.

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  1. C’est un véritable navet ce roman…

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