Scintillation de John Burnside

Avec Burnside, c’étaient pour moi des retrouvailles attendues, je me souvenais avoir lu La maison muette il y a quelques années et avoir été ébloui et horrifié par ce roman hors norme, récit d’une expérience monstrueuse.

Quelques années plus tard, Scintillation produit le même effet, l’auteur ayant gagné en maîtrise, notamment dans la construction de ce roman qui semble se dérober à mesure qu’il progresse…et pourtant cette impression que le sol se dérobe est le carburant même du récit.

Dans la maison muette, deux jumeaux étaient enfermés dans une cave dès leur naissance, dans scintillation, ce sont de jeunes adolescents qui disparaissent à proximité d’une ancienne chimie à l’abandon, du côté de l’Intravaille, sorte de no man’s land réservé aux plus misérables. Très vite, il apparaît que ces disparitions ne sont pas des fugues et que les adolescents sont l’objet d’un étrange rituel (la découverte d’un d’entre eux par le policier raté est une scène marquante).

Roman d’anticipation, l’intraville évoquant un futur d’après catastrophe industrielle ? Thriller, puisque le roman donne très vite la parole au policier déjà évoqué, un homme qui n’en sait pas trop, mais plus qu’il ne peut le dire. Ni l’un, ni l’autre. Car bientôt, le roman suit Léonard, un des jeunes hommes de l’Intraville. Léonard est singulier et partagé entre deux jeunes filles, à l’écart des différentes bandes qui règnent sur l’intraville. Solitaire, il a pour habitude d’erreur du côté de l’Intraville où il rencontre l’Homme papillon. En suivant Léonard, le roman emprunte une nouvelle voix (joli lapsus que j’ai fait là, je le laisse, c’est de nouvelle voie que je voulais parler) à tel point qu’un temps on se demande si le récit n’a pas changé, mais non, la tragédie est là au bout. D’ailleurs est ce vraiment une tragédie ?  Car Léonard l’écrit : « Parce que je savais que, si j’avais ma place où que ce soit, c’était là. Pas au sein de leur bande, mais parmi les éclairs et le tonnerre. La pluie noire. Le métal froid. Le ciel. » Burnside est un poète écossais primé dans son pays, cela ne vous surprendra sans doute pas.

Difficile d’en dire davantage, sans craindre d’en écrire trop. Contentons nous d’évoquer un livre qui, au fil des pages, donne l’impression que le sol se dérobe, qui fissure le bien et le mal, qui raconte le pire, sans jamais sombrer dans le gore. Le personnage le plus cultivé du roman, sera aussi celui qui commettra un crime pour libérer un pauvre hère pris attaqué par une bande d’adolescent décidé à venger leurs amis disparus et organisant un lynchage d’une grande violence. C’est un roman où adultes et enfants sont tous abandonnés, où les couples se déchirent, les parents s’éteignent peu à peu, où « on se lasse bel et bien de soi même, se dit-il et pour peu qu’on n’arrive pas à trouver autre chose à quoi s’intéresser, ça devient drôlement fastidieux d’être humain. »

A se demander si la scintillation du titre n’est pas celle de l’étincelle de vie fragile dans un monde hostile. Un grand roman qui emprunte la forme d’un conte existentiel pour les adultes n’ayant pas peur d’affronter les gouffres des âmes perdues.

 

Chronique rédigée par Christophe Bys  

Scintillation,, John Burnside, Métaillé, N°ISBN 978 2 864248385, 283 pages, 20 euros

 

Quatrième de couverture :

Dans un paysage dominé par une usine chimique abandonnée, au milieu de bois empoisonnés, l’Intraville, aux immeubles hantés de bandes d’enfants sauvages, aux adultes malades ou lâches, est devenue un modèle d’enfer contemporain.
Année après année, dans l’indifférence générale, des écoliers disparaissent près de la vieille usine. Ils sont considérés par la police comme des fugueurs. Leonard et ses amis vivent là dans un état de terreur latente et de fascination pour la violence. Pourtant Leonard déclare que, si on veut rester en vie, ce qui est difficile dans l’Intraville, il faut aimer quelque chose. Il est plein d’espoir et de passion, il aime les livres et les filles.
Il y a dans ce roman tous les ingrédients d’un thriller mais le lecteur est toujours pris à contrepied par la beauté de l’écriture, par les changements de points de vue et leur ambiguïté, par le raffinement de la réflexion sur la façon de raconter les histoires et les abîmes les plus noirs de la psychologie. On a le souffle coupé, mais on ne sait pas si c’est par le respect et l’admiration ou par la peur.
On est terrifié mais aussi touché par la grâce d’un texte littéraire rare.

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
2 total comments on this postSubmit yours
  1. un mot que j’ai oublié : ce roman prouve la qualité du travail d’anne marie métaillé au sein de la maison d’édition qui porte son nom.

    Tout ce qu’elle édite est bon. bravo et merci, ça change d’autres maisons qui laissent passer de vagues manuscrits pour occuper de l’espace sur les tables des libraires et prouver qu’ils ont la plus grosse mise en place.

  2. Voilà un des romans de cette rentrée qui me tentait beaucoup, ton avis achève de me convaincre !! Et je suis d’accord avec toi en ce qui concerne les choix de cette maison d’éditions.

Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved