Stoner de John Williams

« Voilà, se disait-il, je deviens un enseignant, un passeur, un homme dont la parole est juste et auquel on accorde un respect et une légitimité qui n’ont rien à voir avec ses carences, ses défaillances et sa fragilité de simple mortel. »
William Stoner est le fils de fermiers très pauvres de l’Etat du Missouri. En 1910, il entre à l’université à l’injonction de son père, qui veut qu’il suive un cours d’agriculture afin de mieux rentabiliser les cultures. En deuxième année, Stoner est obligé par le programme à suivre un cours d’initiation à la Littérature anglaise, dispensé par un professeur froid et distant, qui ne prend aucun plaisir à enseigner à ces élèves incultes. C’est pourtant de cet homme que viendra la révélation, le jour où il demande à une classe tétanisée d’expliquer le Sonnet 73 de Shakespeare et où il prend à parti Stoner : « Monsieur Stoner, Monsieur Shakespeare s’adresse à vous à travers trois siècles. L’entendez-vous ? » Non seulement Stoner l’entendra, révélé à lui-même en même temps qu’à la littérature, mais le sonnet lui-même, qui traite de l’amour et de la perte peut se lire comme un avant-goût de la vie qui l’attend.
Car Stoner est un stoïcien dans l’âme, habitué à faire avec ce que la vie lui donne et à se satisfaire de peu, et si rien dans sa naissance ou son éducation ne le prédisposait à devenir enseignant, nul ne lui a non plus appris à aimer. Homme réservé et malhabile, il endure tout : les études difficiles, les travaux à faire dans la ferme des cousins qui l’hébergent, l’animosité d’une femme à moitié folle qui ne l’aimera jamais, l’éloignement de sa fille, la rivalité d’un collègue plus brillant mais malhonnête… Recroquevillé en lui-même, il a bâti entre lui et le monde un rempart de livres qui le protège de toute turpitude mais aussi de tout sentiment démonstratif. Et contre toute attente, quand il croyait avoir fait son deuil d’une multitude de choses, sa carrière, son mariage, sa fille, il vivra une parenthèse enchantée, la découverte de l’amour et de l’intimité.
Stoner est un très beau roman, émouvant et profond, qui n’a jamais eu le retentissement et la notoriété qu’il mérite, même si depuis sa parution en 1965, il est régulièrement réédité aux Etats-Unis et encensé par quelques irréductibles qui voient en lui un roman phénoménal. En France, il aura fallu attendre 2011 et la volonté d’Anna Gavalda (qui signe une belle traduction) pour découvrir l’histoire de cet homme ordinaire, discret et profondément intègre qui a découvert à vingt ans qu’il avait besoin de la littérature comme d’autres ont besoin de soleil, d’une manière aussi viscérale qu’inexplicable. Un roman à lire absolument.
Chronique rédigée par Fashion 

Stoner , John Williams , Le Dilettante , ISBN : 9782842636449

 

Quatrième de couverture :

Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l’université par son père – et au prix de quels sacrifices -, pour y étudier l’agronomie. Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols,  ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l’esprit. Il déçoit les siens, devient professeur, se voue corps et âme à la littérature, sert ses étudiants, assiste impuissant aux ravages causés par une terrible crise économique et deux guerres mondiales, se trompe d’histoire d’amour et finit par renoncer au bonheur. Tout cela l’entame, mais rien ne le diminue : il lit.
Célébration d’une âme droite enchâssée dans un corps que la vie a très tôt voûté, voilà le récit d’une vie austère en apparence, ardente en secret.

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4 total comments on this postSubmit yours
  1. Je l’ai justement vu hier à la librairie, et voir le non de Gavalda m’a fait fuir. A tort, du coup. Mais quel intérêt de mettre ce bandeau ? Est-ce le public de Gavalda qui lira ce livre ?

  2. Le « Nom », arrff désolée, pas encore réveillée.

  3. Comme c’est un roman de 1965, l’éditeur doit penser que le nom de Gavalda va attirer plus de lecteurs que si on ne dit rien. Cela dit, sa traduction est bonne et le roman vaut vraiment le coup, ce serait dommage de ne pas le lire à cause de Gavalda (dont je n’apprécie pas non plus les romans plus que ça).

  4. Hiiiiiiiiiiiii ! envie de le lire maintenant !!

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