La deuxième vie de Victor Hurvoas de Bertrand Latour

Avez-vous la fibre humanitaire ou révolutionnaire ?  Vous êtes persuadé qu’après un choc de conscience, vers la quarantaine triomphante, lorsque vous avez tout, vous pouvez refaire votre vie vers plus de bohème avec rien ? Vous êtes donc idéaliste au mieux, immature en réalité et vous avez adoré voir ‘ the Buckett list ‘ en vous disant que vous aussi, un jour prochain, vous auriez le courage de coucher avec deux filles à la fois ( en les payant surement ) et l’opportunité de devenir enfin pompier de Paris.  Ce livre est fait pour vous.

Si , en revanche, vous avez compris que le propre des fantasmes est de ne pas être réalisés, que l’épanouissement personnel passe par un accord entre ses valeurs et la réalité, que vous savez que, tout , tout de suite n’est qu’un mirage commercial, et que votre passé ne peut être fui : tout d’abord, bravo, vous êtes adulte ( et par les temps d’auteurs qui courent ce n’est pas fréquent, l’adulescence semblant être la norme) et vous rirez pour le moins à gorge déployée à la lecture de «  La deuxième vie de Victor Hurvoas » .

Tout commence par une opération spéciale. N’imaginez pas des barbouzes rampant dans la gadoue d’une rizière ! Halte aux fausses narrations incrédules ! Place à la suspension d’incrédulité la plus aboutie ! L’opération est spéciale, car Kim Jong Il est votre patient sur la table, et vous, vous êtes dans la peau de Victor Hurvoas, chirurgien mondialement connu pour son placement du stent, beau, sympa et plein de valeurs humanistes, marié  avec  un ancien canon bien conservé et très  intelligente en plus ( même pas chiante apparemment ) et papa.  Dès la page 6, le narrateur omniscient vous embarque dans un épisode d’Urgences, Georges Clooney étant Victor Hurvoas et le langage médical étant aussi maitrisé que dans la dite série. Mais au fond, à moins d’être d’une précision chirurgicale de paranoïaque littéraire, qu’est ce que cela nous  fait de connaitre tous les diamètres artériels au micron près ? Même pas des palpitations stylistiques ! Car, de forme, il n’en est point. Tout est vain, fat et gras … Le style, ce n’est pas de savoir copier les formulations d’Audiard, ou de tenter le parler-vrai à grand coup d’argot professionnel ou pas dans la tronche du lecteur. Le style, c’est de cracher sa vérité avec une plume qui recherche une forme dans laquelle elle s’épanouit et se cache à la fois.  Bertrand Latour crache mais ne se cache pas. Il est imbu de ses facilités ternaires comme de son argot de bazar, de ses recherches pour maitriser le vocabulaire médical comme des circonvolutions ampoulées qu’il utilise pour laisser voir  la sentimentalité adulescente la plus dégoulinante et les clichés moraux les plus mal pensés. En effet,  en opérant Kim Jong IL, notre héros Victor Hurvoas, découvre, Oh surprise ! que la mort d’un dictateur pourrait être un bien , parce que dictateur c’est mal et que finalement dictateur c’est aussi un être humain et que l’être humain le tuer c’est pas bien ! Oulala, quel dilemme ! Et comme Victor Hurvoas est très beau et très intelligent, cette interrogation va bouleverser sa vie.  Lorsqu’il aura déterminé que les meilleurs amis ne sont là que pour vous décevoir et que c’est ce qui en fait vos amis,  que l’opportunité de tuer un dictateur sans se faire soi même exécuter ne se présentera pas deux fois, alors, notre génie panique …Il se sent investi de tous les doutes humains, engagé dans une vie trop belle et pourtant trop pensante pour lui.  Et c’est bien connu la meilleure technique de survie face à la peur est de dégager. Nous voilà donc embarqués dans un road movie / voyage initiatique / trip égotiste sans paranoïa, qui nous mènera jusqu’à l’Australie la plus profonde ( si bien sur l’on considère que le sexe humide d’une petite australienne replète et donc gourmande, habitant quasiment dans le désert, est le maximum de profondeurs que l’on puisse atteindre au pays des kangourous). Evidemment, entre deux faux trips chamaniques, lu et vu deux cent quarante six fois, des parties de jambes en l’air  «  doggy style » pour faire plus sauvages, des interrogations philosophiques de haute volée ( l amour, la mort  et mon couroucoucou ), Victor Hurvoas retrouve la vie, des ailes … et nous,  le chemin de la bibliothèque pour relire London, Kerouac , Thompson, Cortazar, bref, pour prendre une vraie bouffée de littérature du trip ! Les ficelles de Latour sont d’énormes cordages qui nous arriment à la jetée ( alors qu’on ne cherche qu’à fuir .. ou à se jeter ) : vous y trouverez beaucoup d’adjectifs pour mieux illustrer le point de vue ,« la boboisation rampante mais galopante » ou «  une enfant trampolinante » ( moi j ai un fils jokariesque cela veut dire tête à claques ), des métaphores  peu communes «  une table où deux nains auraient pu faire un tennis » ( personnellement, j’ai un mur où je peux jeter trois nains superposés, ca fait à peu près 2,50m) , une maitrise de l argot qui vous laisse pantois «  charlotte vous embobelinait » et la fameuse précision chirurgicale dans tout «  sonné victor bascula sur le paléocortex » ( je vous avoue que j’ai  chu sur le coccyx , bref sur le cul, quand en plus j’ai trouvé cette phrase exactement reprise une page plus loin p 140  et donc 141 ).  Vous y trouverez aussi du suspens puisque dès la page 13, Victor vous expliquera travailler sur une découverte médicale révolutionnaire, et vous passerez le roman à vous demander laquelle et quel rapport elle peut avoir avec cet épisode d’Urgences sous LSD .  Vous suivrez donc Victor en train de  cocher une par une toutes les choses qu’il aura réalisé dans sa buckett list qu’il transporte partout sur son iphone sous le titre d’ Aeternitas, parce qu’on est pas n’importe qui quand on est Hurvoas, on parle latin.  Et finalement, vous vous rendrez compte que Victor n’ a fait qu’un grand tour pour retrouver ses origines et que la paix de l esprit se trouve beaucoup plus dans une case en Afrique face à la plage qu’embourbée dans les obligations d’un grand chirurgien parisien.

« Depuis toujours, il les affolait toutes. Il n’y avait rien de ce qu’une femme pût désirer chez un homme qu’il ne fut pas à même de lui apporter sur un plateau. »(p 15)  Autant vous le dire, je suis affolée ! Et soit telle Salomé, je demande la tête de Victor sur un plateau soit je conviens que ce qui me semblerait le plus judicieux serait de dire à Bertrand Latour : «  si tu savais, comme j’ai envie, d’un peu de silence ».

Chronique rédigée par Abeline 

 

Bertrand Latour, La deuxième vie de Victor Hurvoas, édition le Passage,  ISBN 978-2-84742-171-2, 18€

Quatrième de couverture :

Victor fait partie de ces gens très énervants qui ont tout : il est professeur de médecine, il est riche, il est beau, il aime sa femme, ses enfants sont magnifiques… Pourtant, plusieurs fois par jour, il consulte compulsivement une mystérieuse liste dans son téléphone portable : la liste des fantasmes, petits ou grands, qu’il n’a jamais osé réaliser. Jusqu’au jour où, sans raison apparente, peut-être simplement parce qu’il fonce droit sur ses cinquante ans, il ose enfin.Commence alors la deuxième vie de Victor Hurvoas.
Servi par une écriture électrique et un sens aigu de la narration, le nouveau roman de Bertrand Latour nous entraîne, sur les traces de son héros, dans une virée improbable du côté de l’Asie, de l’outback australien, du continent africain… où se découvriront enfin les vraies raisons de cette quête effrénée.

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1 comment on this postSubmit yours
  1. J’adore l’introduction du billet… je le note dans m liste, j’ai très envie de le lire! Je crois en effet me reconnaitre en idéaliste immature (exception faite du sexe à 3…), ce livre est donc fait pour moi! J’espère néanmoins grandir en cours de lecture et rire également comme une adulte…. ;-)

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