La petite de Michèle Halberstadt

Paris, dans les années 60. Laure, la narratrice, est une jeune fille âgée de douze ans qui fait une tentative de suicide : elle prend des somnifères et part à l’école. Docilement, elle attend toute la matinée le moment où elle va s’effondrer, avec une angoisse teintée de soulagement. Elle finit par s’endormir à l’infirmerie où sa mère ne tarde pas à venir la récupérer. Une fois chez elle, Laure attend patiemment la mort, jusqu’au moment où son entourage comprend ce qui se trame…un peu tard. La jeune fille est alors prise en charge par le médecin de famille et se réveille quelques heures plus tard à l’hôpital. C’est là que Laure revient sur cet acte tragique qui a pris sa naissance – comme c’est souvent le cas – sur un malentendu…

 

C’est un roman très court, dont la lecture, très fluide, prend une heure… ce qui fut déjà bien trop long pour moi. Pourtant l’on ne peut douter de la sincérité de l’auteur dans sa volonté de peindre les affres de l’adolescent, mais l’ensemble reste très mignon -comprenez mièvre- et se révèle finalement peu intéressant. En le publiant dans une collection adulte, la maison d’édition s’est trompée tout simplement de public car ce récit me parait clairement destiné aux adolescents. Mon jugement aurait d’ailleurs été tout autre si cela avait été le cas. L’écriture est donc très accessible -doux euphémisme- avec un vocabulaire et des tournures de phrases très simples, sans doute pour respecter le parti-pris narratologique. Parfait. Mais le lecteur doit-il vraiment s’extasier sur le fait qu’un auteur sache écrire comme une enfant de douze ans ? Pas vraiment. Soyons honnête tout de même car l’écriture de Michèle Halberstadt est très nettement supérieure à celle d’un enfant de cet âge ce qui est rassurant pour elle et toute sa famille. Mais globalement, l’écriture m’a paru plate, sans réelle tenue, limite pauvre.

Les premières pages, où le lecteur est immergé dans la tête de cette jeune fille qui a décidé de mourir, étaient pourtant prometteuses. En effet, cette tentative de suicide n’est pas présentée comme un appel au secours, mais comme un acte réfléchi dont l’issue ne peut être que fatal. Intrigué par ce début percutant, le lecteur s’attend à être plongé au cœur du marasme indéfinissable qu’est l’adolescence, à découvrir les turpitudes d’une jeune fille visiblement perturbée, à être pris dans une avalanche de sentiments contradictoires, exacerbés, violents… Et c’est pile à ce moment-là que le roman choisit de devenir aussi passionnant qu’un épisode de L’Instit. En effet, il tourne très rapidement à la chronique familiale gentillette, avec en prime tous les lieux communs d’usage : la mort du papy chéri, le père absent, la sœur tellement plus belle et brillante, la mère indifférente…Si vous baillez d’ennui, ne vous inquiétez pas, c’est normal. 

Les années 60 sont présentes en filigrane là où on aurait aimé les voir revivre, mais l’auteur n’étant pas avide de descriptions, le lecteur les devine derrière quelques allusions sans pour autant s’y retrouver plongé. Non mais tu t’es cru dans Mad Men ou quoi ? L’auteur choisit sans doute par ce biais de rendre son propos universel mais manque son but: maint fois rebattu, il peine à toucher le lecteur. Pourtant l’héroïne, avec sa volonté de s’effacer, son deuil impossible, sa grande solitude, aurait mérité de gagner le cœur des lecteurs. Mais son histoire, sa souffrance, sentent le réchauffé, le lecteur devinant depuis la page 8 que dans ce petit canard sommeille un cygne. Et effectivement, il ne va pas tarder à se retrouver à lire un récit de résurrection là où il pensait découvrir simplement le mal de vivre d’une adolescente. Il faut croire que dans ce monde il ne peut y avoir de souffrance sans une fin heureuse à la clé et ce n’est pas DSK qui contredirait l’auteur. Tout cela me paraît franchement bien naïf et surtout d’un ennui mortel. La Petite s’impose comme un récit que l’on a dû lire au bas mot quarante mille fois, et la plupart du temps avec beaucoup plus de style. Voilà un roman qui donnera probablement au lecteur âgé de plus de seize ans l’envie de suicider au Destop… C’est ce qu’on appelle l’ironie tragique.

Chronique rédigée par Sara 

 

 

La petite, Michèle Halberstadt, Albin Michel, ISBN  9782226229717

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Quatrième de couverture

« J’ai 12 ans et ce soir je serai morte. Méfiez-vous des enfants sages. » Elle n’a pourtant vécu qu’une enfance ordinaire, celle des années 1960 où l’on gardait pour soi secrets et blessures : se sentir terne et insignifiante, et surtout bête et laide. Mais il faut se méfier des enfants sages, ils portent parfois en eux des océans de désespoir… Michèle Halberstadt, l’auteur d’Un écart de conduite, décrit avec autant de justesse que de sobriété le monde de l’enfance, l’engrenage insidieux du silence et du mensonge, et la peur de grandir. Michèle Halberstadt est productrice de cinéma. Elle a publié trois romans chez Albin Michel Café viennois (2006), L’Étrange Histoire de Mademoiselle Paradis (2008), Un écart de conduite (2010), tous très remarqués par la critique.

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  1. Super livre, facile à lire, date de l’époque de ma mère et histoire qui lui ressemble beaucoup (à part le suicide)

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