La zonzon d’ Alain Guyard

 

Sur la couverture, en noir et blanc, deux mains forment un cœur. Sur celle de gauche est tatoué RIEN, sur celle de droite TOUT.  « La zonzon » d’Alain Guyard est exactement là, dans cet espace entre deux mains tendues qui cherchent l’amour, allant du RIEN où l’on a tout perdu au TOUT  de nos désirs.

Lazare Vilain est professeur de « philosophie foraine » , il traine dans le landerneau cévenol sa science de la vie et son ennui. Il n’est pas beau Lazare, il est malin. Il n’est pas vivant Lazare, il est en attente.  Alors, lorsqu’au hasard des rencontres, on lui propose d’animer les ateliers philosophie en prison, il sent le frisson de la peur et de l’excitation le parcourir et lui ouvrir un monde de possibles.  Fi de sa petite vie proprette avec Vanessa son esthéticienne à la croupe aussi chagrine lorsqu’il n’y a rien qu’accueillante quand il y a tout ! Retour aux fondamentaux de la virilité, l’amitié entre hommes, le frisson de la lutte, le tremblement de la peur, le sentiment de faire partie d’un monde interlope et donc d’avoir autant de convictions que de couilles.  Lazare Vilain va tenter d’enseigner la sagesse à ceux qui n’ont pas été très sages et qui ont été punis.  Mais la maïeutique va dans les deux sens et si Lazare leur ouvre la porte de l’interrogation, les «  enchristés « lui tendent le miroir fascinant de la perversion.  Et voilà Lazare renaissant à l’amour en compagnie d’une Leila, professeur de musique et révolutionnaire des parloirs, bourlinguant pour sauver sa belle, sa belle espérance, et finalement sa peau.

Alain Guyard a visiblement de l’expérience dans l’enseignement en milieu carcéral  mais n’a pas voulu y enfermer sa narration. Peut être peut on lui reprocher d’être resté coincé dans une époque où le langage d’ Audiard était le commun des prisons alors qu’aujourd’hui il aurait le  phrasé de Joey Starr.  Peut être aussi de ne pas nous avoir donné plus de cette philosophie dans le boudoir des Baumettes. Peut être d’avoir voulu s’évader de sa narration pour aller vers un polar. Peut être.

Mais, une fois cet a priori dépassé, son style reste aussi flamboyant et réjouissant qu’une émeute en QHS pour les lecteurs prisonniers et ses leçons de vie sont hilarantes autant que dérangeantes.  Finalement, Alain Guyard réussit à libérer le philosophe qui est au fond de nous sans nous obliger à porter une chemise blanche et interroge notre rapport à la liberté et à la responsabilité. IL n’y aura point de salut pour Claude Guéant avant d’avoir lu «  la Zonzon «  qu’il comprendra surement mieux que du Michel Foucault.  «-  Donc finalement  la philosophie c est quoi ? – de sacrées conversations de parloir et rien d’autres »

 

Chronique rédigée par Abeline 

 

La zonzon, Alain Guyard, le Dilettante, ISBN 978 2 84263 675 3, 20€, 287p

Retrouvez l’interview de l’auteur ici 

 

Quatrième de couverture :

 

 

 

 

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
1 comment on this postSubmit yours
Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved