Opium Poppy d’Hubert Haddad

Hubert Haddad a une plume et du talent. Poète et dramaturge, il a du souffle, une conscience de la musicalité de la langue et une compréhension fine de l’art du dialogue. On ne peut nier que son dernier ouvrage, « Opium Poppy », démontre à chaque page la maîtrise de l’auteur et sa capacité à écrire avec fluidité et style. Pourtant, la magie ne fonctionne pas, elle n’est plus qu’illusion trop factice, et paraît même parfois frelatée tant le récit de la vie du jeune Alam ressemble plus à un concept boursouflé de bien-pensance qu’à la « folle tragédie des enfants de la guerre ».

Ne nous épargnant aucun cliché du genre, l’ouvrage déroule un catalogue de maux désespérants. Le lecteur retrouve les étapes obligatoires, souvent à la limite du misérabilisme d’un enfant-soldat transbahuté d’Afghanistan en France. Le jeune Alam est courageux, mutique car traumatisé par ce qu’il a vécu, mais surtout détruit par la cruauté des hommes et la dureté de son époque.

Peu à peu désensibilisé par les événements qu’il subit et ses « compagnons d’armes », Alam ne peut plus, ne sait plus éprouver de sentiments et amène avec lui la sauvagerie qu’il a expérimentée, et les efforts méritants des Occidentaux qu’il rencontrera le long de son chemin s’avèrent naïfs et vains. Affublé de surcroit du honteux sobriquet de l’Evanoui, parce qu’incapable de rester conscient le jour de sa circoncision, le garçonnet, tout comme son nom ou comme son enfance, disparaît dès les premières pages dans la tragédie.

La symbolique est lourde même si le roman est court et on ne peut s’empêcher de laisser courir son imagination vers d’autres récits et romans à la thématique similaire sur les peuples martyrs et la jeunesse sacrifiée en Asie centrale ou au Moyen-Orient par exemple. Rien de honteux à suivre la route de Khaled Hosseini, Sherko Fatah ou Yasmina Khadra, d’autant moins que, bien avant son roman primé « Palestine » (2007), Haddad écrit la guerre et décrit ses dégâts. Mais en dépit de la beauté de son écriture et sa probable sincérité, « Opium Poppy » n’offre ni l’intense sensation de bien-être, ni l’agitation, la stupeur ou les vomissements des capsules de pavot. N’ayez donc aucune crainte de dépendance ou d’impératif de sevrage.

Chronique rédigée par David Vauclair 

 

Opium Poppy, Hubert Haddad, Zulma, 172 pages, 16,50€ , ISBN 978-2-84304-566-0

 

Le mot de l’éditeur :


Encore et encore, on lui demande comment il s’appelle. La première fois, des gens lui avaient psalmodié tous les prénoms commençant par la lettre A. Sans motif, ils s’étaient arrêtés sur Alam. Pour leur faire plaisir, il avait répété après eux les deux syllabes. C’était au tout début, à Paris. On venait de l’attraper sur un quai de gare, à la descente d’un train…

Au fil de cette traque à l’enfant, se dessine l’histoire d’Alam. Celle d’un petit paysan afghan, pris entre la guerre et le trafic d’opium, entre son désir d’apprendre et les intimidations de toute sorte, entre son admiration pour un frère tête brûlée et l’amour éperdu qu’il porte à une trop belle voisine… Ce magnifique roman à la précipitation dramatique haletante éclaire la folle tragédie des enfants de la guerre. « Qui aura le courage d’adopter le petit taliban ? » semble nous demander avec une causticité tendre l’auteur d’Opium Poppy.
On est infiniment dépaysé et à la fois bouleversé par ce roman de toutes les épreuves, dans la belle filiation de Palestine (Prix Renaudot Poche 2009, Prix des cinq continents de la Francophonie 2008) vendu à plus de 60 000 exemplaires.

Pour en savoir plus…

C’est l’histoire d’un enfant. Nous sommes en Afghanistan, dans une région montagneuse du Kandahar. Alam l’Évanoui, fils de cultivateur, a un frère aîné qu’il admire. Mais celui-ci va bientôt disparaître, engagé dans la rébellion. Comme la plupart des paysans locaux, leur père survit tant bien que mal grâce à la culture du pavot. Dans son isolement, l’enfant assiste à la tragédie d’un pays dévasté par un demi-siècle de guerre. C’est à travers son regard que le lecteur découvre la vie des paysans pachtounes, l’absurdité des combats et des exactions, puis le drame de l’exode de Kandahar à Kaboul où des milliers d’orphelins vivent à la rue. C’est encore à travers ses aventures d’immigré clandestin, depuis Kaboul jusqu’aux banlieues parisiennes, en passant par les égouts de Rome, que se révèlent à nos yeux les parcours de la drogue, du producteur au consommateur, et parallèlement ceux du trafic d’armes. L’auteur d’Opium Poppy semble nous demander, avec un fond poignant de malice : « Mais qui donc adoptera le petit taliban ? » On sort bouleversé de ce roman de toutes les épreuves, dans la belle filiation dePalestine (Prix Renaudot Poche 2009).
Tout à la fois poète,  romancier, historien d’art, dramaturge et essayiste Hubert Haddad, né à Tunis en 1947, est l’auteur d’une œuvre vaste et diverse, d’une forte unité d’inspiration, portée par une attention de tous les instants aux ressources prodigieuses de l’imaginaire. Depuis Un rêve de glace, son premier roman, jusqu’aux interventions borgésiennes del’Univers, premier roman-dictionnaire en langue française, jusqu’à l’onirisme échevelé de Géométrie d’un rêve ou les rivières d’histoires de ses Nouvelles du jour et de la nuit (en deux coffrets et dix volumes) ainsi que ce très actuel Opium Poppy, roman qui traite de la guerre en Afghanistan et du trafic d’opium à travers l’aventure d’un enfant soldat finalement à l’abandon, sans papiers dans les rues glaciales de Paris et de sa banlieue, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel, d’artiste et d’homme libre.

 

Entendre Hubert Haddad lire Opium Poppy

 

 

 


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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Ah flûte ! Je l’ai acheté et il faisait partie des romans de la rentrée que j’attendais le plus…

  2. Et bien, j’ai été déçu aussi. J’ai souvent eu du mal à suivre. D’abord à cause d’un vocabulaire très riche, ensuite à cause d’une construction illogique où je ne me rendais pas compte tout de suite dans quelle partie du récit j’en étais.
    Je lui ai largement préféré Palestine.
    http://culturez-vous.over-blog.com/article-hubert-haddad-opium-poppy-roman-170-pages-zulma-aout-2011-16-50-93056372.html

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