Vomito Negro de Pavel Hak

Vomito Negro de Pavel Hak

Quand c’est noir, c’est noir et il n’y a vraiment plus d’espoir dans ce nouveau roman de Pavel Hak. « Vomito negro » suit par vignettes brèves et haletantes une famille d’une île probablement caribéenne ballotée par la violence et par l’effroi. Le père, ivrogne massif, a des crises de delirium tremens durant lesquelles réapparait la triste aventure de ses ancêtres capturés, abusés et vendus au delà de l’océan pour aller travailler dans les plantations. Ses enfants n’ont pas non plus une vie facile, jeunes gens marginaux car pauvres ils sont propulsés et séparés dans un monde brutal et sans merci où celui qui hésite meurt, celui qui trébuche meurt, celui qui faiblit meurt plus horriblement encore. Perdus dans un labyrinthe de peur, de sévices et de sexe, chacun de leur côté ils tenteront de survivre et de se retrouver.

 

Ce constant combat pour leur survie, sans aucune psychologie si ce n’est celle de respirer une seconde de plus, permet à l’auteur de tracer à grands traits un monde ultra-sécuritaire mené par l’argent où les plus nécessiteux sont parfois (souvent ?) littéralement effacés par les élites. Seule la nécessité pousse Marie-Jo et son frère à avancer et leur lutte acharnée est profondément tragique tant ils se heurtent aux facettes les plus effrayantes du pouvoir et de la modernité. « Les techniques de surveillance, combinées avec les techniques de répression, n’arrivent plus à faire triompher les techniques de domination. Ce qui signifie qu’il faut passer au « nettoyage » (dixit la hiérarchie). Stade inédit de l’histoire de l’humanité ? Nécessité évolutive ? Ils ne sont pas là pour se poser des questions. Ils sont là pour agir. »

 

Fidèle à son titre de maladie tropicale qui se caractérise par des vomissements accompagnés de délires furieux, l’auteur ne nous épargne rien et débagoule viols, massacres, trafic d’organes, de chairs et d’êtres où l’argent seul est roi. Ses phrases ont la brièveté des coups, les verbes sont souvent omis, et l’on sent une volonté chirurgicale froide dans ses analyses : « Nous étions désormais une marchandise. Vendables. Commercialisables. […] Leur supériorité logistique était écrasante. Leurs méthodes pour nous inculquer notre infériorité et le devoir étaient très élaborées. Leurs plans n’avaient pas de faille. »

 

Cet amoncellement ou plutôt à ce dégorgement spasmodique de contraintes et de férocité peut finir par lasser et cette course éperdue des deux jeunes gens fait parfois penser à ces jeux vidéos « shoot’em up » où le fusil à pompe remplace la réflexion. Mais « Vomito negro » propose, dans son genre, un passage intense et percutant par les bas-fonds de la condition humaine et une réflexion méritante sur notre désensibilisation face aux masses miséreuses anonymes et aux souffrances imposées structurellement à tous par Mammon, le Dieu Argent. Radical et cru.

Chronique rédigée par David Vauclair 

Vomito negro, Pavel HAK, Verdier,ISBN : 978-2-86432-655-7,  136 pages, 14,50€

 

Quatrième de couverture :

Une île quelque part sous les tropiques des Caraïbes. Villas de luxe, milliardaires se reposant entre deux raids boursiers, jet-set. Mais aussi crime organisé, trafics humains en tout genre, prostitution, misère.
Un frère et une sœur sont les héros du roman, descendants de captifs venus de l’autre côté de l’océan, esclaves dans les plantations. Marie-Jo est kidnappée. Son frère est poursuivi par la police et la mafia locales. Il part à la recherche de sa sœur sur le continent. Vomito negro raconte leur lutte pour la survie et croise leurs itinéraires respectifs avec le récit de leur père évoquant sa traversée à fond de cale.
Comment Marie-Jo échappe à Sidney Parker et au docteur Godrow ? Comment son frère, passé clandestinement sur le continent, devient membre d’un escadron de la mort ultra-secret ? Avec ce nouveau roman, Pavel Hak poursuit son exploration des conséquences ultimes du capitalisme contemporain, celles de la prédation sans limites, de la marchandisation des corps et d’une déshumanisation à laquelle ses personnages répondent par une effrayante volonté de vivre. Cette urgence passe tout entière dans la phrase, dont la vitesse fait de ce roman une course hallucinée, qui a les fulgurances d’un poème.

PAVEL HAK « Vomito Negro » par editions-verdier



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