Fille de, de Carole Achache

Fille de, de Carole Achache

La rentrée littéraire, c’est aussi la loterie. On tire un livre dans le tas, il peut être très bon ou très mauvais.

Ici, grosse déception pour un livre qui annonçait des rencontres avec les figures littéraires et artistiques du milieu du XXe siècle. Ces figures, elles sont citées, elles sont croisées par une petite puis jeune fille. Mais à part pour Genet, qui est réellement un personnage récurrent du roman, on ne peut guère parler de relation entre Carole et eux.

Car au centre, c’est d’abord l’histoire d’une mère puis les relations mère-fille qui sont explorés. La fille qui creuse le passé, interroge les agendas Hermès de sa mère et ses amis plus ou moins proches, qui comprend d’où viennent des habitudes qu’elle aimait…. La charmante Monique Lange à Paris, chez Gallimard, avec ce bourdonnement de joie, de littérature, son jeune amant qui passe le bac et devient père, ses passions pour des hommes, qui s’avèrent homosexuels, son amitié avec Florence Malraux… Au début, je dois avouer que j’accrochais pas mal même si le style ne me plaisait pas trop. C’était plein de vie.

Et puis, assez brusquement, cela a basculé. Plus trop de joie, un coté plus sombre…

Monique s’efface devant Carole. Car la petite fille montée en graine devient une adolescente intenable, libertaire, curieuse, … mais aussi voleuse, droguée, prostituée. Monique subit une adolescente insupportable avant d’être délaissée.

Voilà un roman qui se veut d’inspiration autobiographique, qui peut sombrer dans le nombrilisme. Quant au style, je n’ai jamais réussi à m’y faire, à l’oublier donc encore moins à l’apprécier. Il m’a heurtée, agacée, trop « mitraillette » pour moi…

Un extrait pour vous expliquer : « Je déteste les enfants. Ils ne m’intéressent pas. Rue Saint-Benoit, Outa n’arrête pas de tournicoter autour de moi. Je regarde par la fenêtre. Dehors, le ciel blanc. J’écoute derrière moi le roulis de paroles des adultes à l’autre bout de la pièce. Discussion diffuse, volutes de cigarettes. Je m’absente. Outa me rappelle ».

Cet enchainement ininterrompu de petites phrases m’épuise, me lasse. Cette façon de rajouter trois mots entre deux points, sans cesse, pour détailler la phrase précédente se répète interminablement. Ce commentaire permanent et cette petite voix, je crois vraiment qu’ils ne me manqueront pas.

Chronique rédigée par Praline 

Fille de , Carole Achache, Stock, ISBN 978-2-234-07094-3, 19,50€, 302 pages

Quatrième de couverture :

Ma mère m’a laissé une énigme, l’histoire de notre relation. Elle avait la particularité de n’aimer que des homosexuels. Elle travaillait chez Gallimard et était écrivain. Elle m’a permis d’être le témoin, avec mes yeux d’enfant, d’un moment exceptionnel de la vie intellectuelle et littéraire après la Libération. Littérature, politique, amitié et mauvaise foi, pieds et poings liés. Le Parti communiste, la smala d’Espagnols exilés pour la plupart, débarquant chez elle, rue Poissonnière, quand elle a commencé sa liaison avec Juan Goytisolo, dès mes trois ans. Bourrasque d’individus remarquables qui avaient envie d’être libres au sortir de la guerre. Violette Leduc, Duras, Florence Malraux, Jorge Semprun, Faulkner, Jean Genet, Queneau, Giacometti. Je les ai côtoyés sans être consciente de mon privilège. Elle, et ses emballements. Moi, et ma féminité.
Je la regarde, je l’aime. Je ne comprends pas tout. Je ne vis qu’avec des adultes. J’observe, je grandis, je pose des questions. Ma mère se dérobe. Me dire la vérité, c’est déclarer ses failles. Elle bredouille des approximations. Mon univers a beau se distinguer par son intelligence, il ne m’éclaire pas. Je dérape. Je deviens une furie. Quelque chose ne tourne pas rond. Quand cela a-t-il commencé ? Jusqu’où vais-je aller ? Je ne la quitte pas. C’est elle qui s’en va. Elle rend son âme. Elle me lègue ses agendas. Je tombe sur une mine d’or. Je les lis, je les décrypte. Je vois mais c’est trop tard. Je suis enfermée dans le silence. Je ne raconte rien. J’ai honte de ce que j’ai vécu. Elle aussi s’est tue, je l’ai appris par hasard. Ce roman parle du silence. Je ne sais plus si je l’aime. Je l’ai trop protégée. Elle s’appelle Monique Lange, et elle a tout d’un ange. Elle se passerait de son sexe, de ses seins, du sang, et surtout du sperme. Et pourtant, je viens d’elle. Je rêve d’un monde où plus personne n’aura honte d’avouer ce qu’il est ou ce qu’il a été.

 

En savoir plus avec la préface filmée par l’auteur 



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