Mammon de Robert Alexis

Mammon de Robert Alexis

Le choix d’un livre se fait parfois sur des critères infimes, sur un mot qui accroche l’œil, qui éveille l’attention, sur une couverture accrocheuse ou un synopsis aguicheur.

Ici, point de couverture accrocheuse, puisque le livre est blanc avec uniquement les mentions minimales que sont le nom de l’auteur, le titre et l’éditeur.

On ne peut pas dire non plus que le titre soit très évocateur. Il faut être initié pour connaître ce que désigne ce mot, et s’il me disait vaguement quelque chose, je ne l’avais pas vraiment identifié.

Alors pourquoi celui-là ?

Il figurait parmi un lot de nouveautés à disposition des blogueurs dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire. Ne connaissant pas l’éditeur ni l’auteur, j’ai regardé la quatrième de couverture, et j’ai lu qu’il était question de Cambodge.

Dès que je vois ce mot, c’est plus fort que moi, je suis attirée comme un aimant. Il n’y a pas beaucoup de romans qui parlent de ce pays, alors quand j’en croise un, je ne résiste pas et j’ai mis celui-ci dans ma sélection.

Nadine est journaliste et vient de publier un gros dossier sulfureux qui a eu des répercussions politiques.

Le premier ministre s’est suicidé, elle est renvoyée de son journal et a été contactée par un informateur qui souhaite lui donner d’autres éléments qui lui permettront de publier à nouveau des articles incendiaires.

Elle se rend donc en Suisse dans la propriété de cet homme qui l’accueille avec tout le luxe que l’on peut imaginer.

Pendant plusieurs jours, Moreau, cet informateur qui est aussi un riche homme d’affaire, va lui raconter un vieil épisode de sa vie. Nadine écoute et  se laisse choyer par ce milliardaire fantasque et misanthrope.

Son récit débute pendant la première guerre du Vietnam, celle qui a opposé les Français aux Vietnamiens. Moreau a alors été nommé dans la jungle cambodgienne, dans une unité de renseignement. Il y a passé plusieurs mois avant de se retrouver emporté par une chasse au trésor meurtrière…

Je n’avais pas prêté attention à l’aspect militaire du récit quand j’ai choisi ce livre. J’ai donc été un peu surprise car le récit de Moreau représente les trois quarts du roman.

Certes, il n’est pas question de batailles ou de combats armés, mais il décrit la vie dans un camp militaire à moitié caché dans la jungle.

Il y a de beaux paysages, des descriptions bien faites, des marches dans la campagne, des chasses aux insectes et de beaux paragraphes un peu lyriques.

Si vous aimez Joseph Conrad, ce livre est fait pour vous. Moreau traverse la société coloniale, puis se voit plonger dans la jungle, avant de lui-même basculer.

Une épopée s’ensuit, de jungle en plaine.

Et pourtant, j’ai eu du mal à m’accrocher au fil de l’histoire.

Je n’ai pas vraiment trouvé de tension, de fil conducteur dans les premières pages qui doivent normalement amener le récit de Moreau.

La vie de Nadine est à peine évoquée, le lecteur ne la connait pas vraiment et son départ pour la Suisse est très rapide. L’histoire de Moreau apparaît ensuite, mais le lien est trop ténu. J’aurais mieux compris que le livre ne parle que de Moreau, ou que l’histoire cadre soit plus développée. Elle est associée de manière trop artificielle à l’histoire interne.

La fin de l’histoire est également un peu brutale après cette longue marche dans la forêt.

Il y a toutefois un avantage à cette histoire cadre.

Elle amène des pauses et des moments où la tension se relâche pendant l’histoire de Moreau.

C’est donc un roman très dépaysant, rempli de beaux paysages où se déroule une chasse au trésor meurtrière.

Je le conseillerais aux amateurs de romans de John Le Carré, ou aux fans du Cambodge peut-être.

Je remercie les Chroniques de la Rentrée littéraire pour cette lecture et les éditions José Corti pour la mise à disposition d’un exemplaire.

 

Chronique rédigée par Estellecalim 

 

Mammon, Robert Alexis, José Corti, ISBN : 978-2714310644, 17,50 €, 278 pages

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Le Mot de l’éditeur 

Nous allions nous séparer lorsque le négociant, avec un peu d’hésitation, dérogea à la discrétion exigée par son métier.
– Voyez-vous, monsieur Moreau, ces rubis ont quelque chose de spécial… Leur pureté est exceptionnelle.
Je devinai les questions qui lui brûlaient les lèvres, d’où venaient-ils ? Comment avais-je pu les acquérir ? Il se retint cependant, et résuma comme à regret les questions qui l’agitaient.
– J’ai rarement vu des gemmes d’une telle qualité. J’ose souhaiter, s’il vous arrive d’en posséder encore…
– Il n’y en aura plus, l’interrompis-je, brutalement. Ces pierres ont le goût et la couleur du sang. En d’autres temps, je vous aurais parlé de…
Le marchand cilla des yeux comme quelqu’un qui s’apprête à recevoir une gifle.
– … je vous aurais parlé de possession.

L’auteur
Avec ce nouveau roman, Robert Alexis réussit l’exploit pour ceux qui se souviennent de l’Afrique d’ Au cœur des ténèbres  de Joseph Conrad – de son atmosphère poisseuse, de la dérive inéluctable de Kurtz, de la folie des hommes confrontés à l’ivoire – de renouveler la problématique et la figure du Mal absolu, thème qui hante son œuvre.
Sa description de la nature vierge et ténébreuse du Cambodge, le jeu temporel entre le passé guerrier et le présent faussement calme de notre époque tiennent le lecteur en haleine et dévoilent ici un peu du mystère de l’humanité comme de l’inhumanité.

Du même auteur aux éditions Corti : La Robe, La Véranda, Flowerbone, Les Figures, U-Boot, Nora.



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