Un sujet français d’Ali Magoudi

Un sujet français d’Ali Magoudi

« Aïe mes aïeux ! » pourrait-on s’exclamer à l’instar d’Anne Ancelin-Schützenberger à la lecture d’« Un sujet français » d’Ali Magoudi. A la recherche du souvenir paternel perdu, l’auteur narre longuement la réalisation d’une promesse faite durant son enfance quand son père lui déclare : « Ma vie est un véritable roman. Quand tu seras grand, je te la raconterai et tu l’écriras ».

 

L’homme est décédé il y a des décennies et n’a jamais rien dit, ou si peu, des 50 premières années de sa vie, entre 1903 et 1953. L’écrivain et psychanalyste – « Rigoureux. Systématique. Ordonné. » – déplace alors des montagnes d’archives pour retrouver les traces du citoyen lambda qui lui donna la vie. Et que de difficultés car le passé reste obscur pour les anonymes. On suit pas à pas, document par document, rencontre par rencontre, la lente enquête de ce fils loyal. On traverse alors une histoire contemporaine qui cache dans chacun de ses méandres, chacune de ses anfractuosités, la possibilité d’une vérité dérangeante. De l’Algérie française – il découvre son père « sujet français de droit local » –, aux années de guerres, de l’Occupation à la décolonisation, la vie d’Abdelkader Magoudi se déploie sur les questions les plus sensibles de notre histoire récente et si Ali trouve peu son père, il comprend mieux, et nous avec, une histoire de France complexe et diverse.

 

De roman point, si ce n’est un roman personnel, la reconstruction thérapeutique de la figure du père, sa réinvention. M. Magoudi réordonne pour lui le chaos et l’ignorance du passé et illustre par son récit que l’on ne connaît jamais vraiment ses proches, ses parents moins encore. Cette « autopsie du silence paternel » impressionne tant l’écrivain s’engage corps et âme dans la recherche et décrit minutieusement ses exercices de patience et d’investigation, elle lasse aussi parfois mais fait résonnance avec les secrets et les ombres que l’on trouvera dans chaque famille. Dis, Papa, racontes-moi ton enfance avant qu’il ne soit trop tard !

Chronique rédigée par David Vauclair 

Un sujet français, Ali Magoudi, Albin Michel, 408 pages, 22€

 

 

Quatrième de couverture :

Un père qui déclare que sa vie est un roman.
Mais comment écrire, après sa mort, si Abdelkader Magoudi n’a rien raconté, et laissé si peu de traces ?
À la découverte de cette vie romanesque restée sans mots, Ali Magoudi, écrivain et psychanalyste, se retrouve plongé dans une enquête vertigineuse qui le mène des archives de l’administration française à la Pologne et l’Algérie, du début du XXe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Sa recherche révèle des pistes inimaginables. Qui nouent le silence du père à la grande Histoire et sondent les mystères de toute identité.



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