La femme et l’ours de Philippe Jaenada

C’est l’histoire d’un mec qui quitte sa femme, se bourre la gueule, tente de baiser jusqu’au tréfonds de lui-même et des autres, se fait enculer par la chance, tue des  partouzeurs peine à jouir, et rentre chez lui, pour retrouver sa femme.

C’est l’histoire d’un mec qui n’est pas Philippe Jaenada, mais qui lui a tout piqué. C’est l’histoire d’un mec qui peut être un ours aux yeux tristes et à la fourrure poisseuse de bière, pataud de désir. C’est l’histoire de femmes qui aiment serrer les ours dans leur bras, martyriser ces peluches, les jeter dans un coin et les oublier jusqu’à … C’est l’histoire de la vie avec des bras cassés et deux grammes d alcool dans le sang. C’est épique, ca picote de rire, ca chatouille d’envie de pleurer, c’est triste jusqu’au sourire et  jovialement cynique jusqu’à la lie.  Ca, c’est «  La femme et l’ours » de Philippe Jaenada.

Bix, le héros si l’on peut dire, n’est pas Jaenada, mais  y ressemble drôlement. Bix rêve encore de ses beaux jours, ceux où il pouvait descendre tout ce qu’il voulait, avant de tutoyer des anges. Bix est un artiste de la chute. Claquant la porte d’un foyer surchauffé de tensions, il erre jusqu’au fond de la provence française en 8 jours, et surtout jusqu’au bout de l’ivresse des profondeurs de la petite âme humaine.  Bix a le sens de l’humour, Jaenada le sens des incises dans des parenthèses.  Bix partouze mais Bix est seul.

Jaenada réussit avec une délectation gouailleuse, à nous faire suivre cette épopée ubuesque avec de la tendresse au fond des yeux. Audiard, Blondin sont proches évidemment. Leurs points communs est cette ultra moderne solitude confrontée aux foules sentimentales d’alcooliques ou drogués au temestat en puissance que nous sommes. Jaenada s’échappe dans ses romans et nous donne envie de s’extirper à tire d’aile d’un quotidien morne comme un Canada Dry.  C’est goûtu, joufflu, ca vous donne une claque sur les fesses de bonheur tragique ! Devenez zoophile, adoptez un ours.

 

Chronique rédigée par Abeline 

 

La femme et l’ours, Philippe Jaenada, Grasset,  ISBN 978 2 246 75841 9, 311p 

 

Le site de l’auteur et le site des lecteurs de la Femme et l’ours 

 

 

Quatrième de couverture :

Jadis, Bix Sabaniego ne se couchait jamais avant l’aube. On parle d’un temps où il n’était pas marié et père de famille. C’est un révolté placide, un enragé doux qui se rêve en tigre (ou en ours). Et puis, un jour, une dispute conjugale, et le voilà parti, sac écossais sur l’épaule, dans une errance fortement alcoolisé, un bad trip aux couleurs de tous les bars du canal Saint-Martin, puis par cercles concentriques, le Lutetia, le Lubéron, et enfin un banc à Monaco. Splendeur, décadence et résurrection d’un Don Quichotte dont les moulins à vent seraient autant de brunes à fortes poitrines et à cervelles réduites. Sur le chemin qui le mène en enfer, on croise toute une humanité fracassée, des compagnons de beuverie, gueules cassées et amnésiques, une fille-fantasme, un ours kidnappeur, un champion de poker qui perd sa vie par insouciance, et même un couple échangiste en bonne santé… La touche Jaenada, c’est la drôlerie et le désespoir, la chute sans fin et la lumière, là-bas, au bout du tunnel. C’est un romancier moderne et rock : un menteur qui dit la vérité.

 

 

1 comment on this postSubmit yours
  1. J’adore ton billet !!!!! Et suis tout à fait d’accord, plongée poru l’instant en plein milieu de ce roman vraiment sympa.

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