Michaël Jackson et moi de Noesis

Des balbutiements de Michael Jackson dans les Jackson Five jusqu’au succès retentissant de Thriller, en passant par ses déboires avec la justice et jusqu’à sa mort, Noesis retrace les moments forts de la vie du roi de la Pop. Très loin de la biographie traditionnelle, c’est avant tout son parcours de fan que Noesis se propose de brosser dans ce récit inclassable. Il a en effet éprouvé pour Michael Jackson un engouement sans retenue, avant d’émettre des réserves pour finir par s’en éloigner et découvrir de nouveaux styles musicaux. Pour autant, malgré les mensonges, les coups marketing, les supercheries, Noesis est resté fidele à Michael Jackson…Mais pourquoi ?

La démarche de ce livre me paraît bien naïve car j’ai beau être « fan » aussi, je le suis d’une manière radicalement différente. J’avoue avoir du mal à comprendre que l’on puisse se sacrifier ainsi sur l’autel de la « fanitude » (désolée, ce néologisme est horrible) au point de consacrer à quelqu’un une énergie considérable, un temps fou et surtout beaucoup d’argent. Pour autant, le propos de Noesis est souvent discordant avec celui des fans traditionnels dans le sens où il n’atteint pas cette forme de « folie » que l’on peut rencontrer chez eux. D’ailleurs, le lecteur lui est gré de ne pas trop défendre le chanteur lorsqu’il chante en playback/qu’il a du mal à danser/qu’il veut faire de l’argent coûte que coûte. Toutefois, on ne doit pas espérer, lors de la mention de certaines « affaires », avoir une opinion objective de la part du fan : ainsi, lors de la fameuse plainte du jeune Jordan Chandler contre le chanteur, Noesis ne cesse d’asséner l’innocence de MJ, ce qui plaira…ou pas.
Ce livre se situe donc quelque part entre le témoignage et le gonzo, car l’objectivité n’est pas toujours au rendez-vous, contrairement à ce que Noesis ne cesse de nous répéter. Mais comment le serait-il dans la mesure où il est fan ? Il veut se démarquer de la foule de fans classiques mais les rejoint parfois ce qui personnellement m’a fait sourire, car je ne suis pas certaine qu’il soit si différent des autres fans que cela. Mais j’avoue avoir été transportée par cette naïveté si touchante chez un fan…Il n’y a parfois qu’un pas entre l’aveuglement et la mauvaise foi. Pour autant, Noesis ne franchit pas certaines barrières, choisissant de ne pas évoquer la vie privée de MJ. Aussi, la sexualité du chanteur n’est que survolée, le culte de la personnalité, tout comme son délire enfantin, est évoqué brièvement, la religion, elle, est passée sous silence. L’auteur choisit de ne parler seulement que de ce qu’il maîtrise, évitant ainsi les écueils habituels du genre. Noesis s’intéresse donc avant tout à la musique et aux prestations scéniques du chanteur et c’est ce qui contribue à rendre ce livre si digeste. J’ai ainsi lu avec beaucoup d’intérêt ses avis –très éclairés -sur les différents albums du chanteur.
Aussi, ne vous-y trompez pas, ce livre n’a pas pour but de s’attacher à vous présenter la vie de MJ mais plutôt le point de vue du fan sur son idole. C’est parfois touchant, souvent juste, rarement stupide. Les dernières années de MJ sont relatées avec émotion mais aussi avec une ironie assez mordante et bien vue. Pour autant, je crois qu’il faut être fan de MJ pour apprécier réellement ce livre. Bien sûr, le profane apprendra beaucoup d’éléments – qu’il jugera plus ou moins intéressants – sur la star et sa musique, mais j’ai trouvé cela un peu juste. En revanche, les fans se reconnaitront sûrement dans le parcours chaotique de celui de Noesis qui est passé de MJ au métal, sauvant ainsi son honneur (moi, c’est l’inverse, je suis passée du métal à Britney : je ne peux vraiment pas sauver mon cas). L’écriture, simple et efficace, ne s’encombre pas d’effets de style et les lecteurs pourront souffrir de cette absence d’élégance. Pour autant, ce n’est pas franchement ce que l’on demande à ce genre de livres, même si –soyons honnête- un peu de style ne fait jamais de mal. En revanche, je n’ai pas apprécié du tout les citations de paroles de chansons dont Noesis fait un usage outrancier : censées évoquer ses sentiments, ses émotions ou ceux de la star, elles alourdissent largement l’ouvrage et lui donnent une dimension très adolescente. Au final, une lecture plaisante dont vous pourrez tirer une certaine distraction. De cet ouvrage, il ne faudra – je pense- pas attendre autre chose. Mais c’est déjà pas mal, non ?

Chronique rédigée par Sara 

 

Michaël Jackson et moi, Noesis, Mon petit éditeur, ISBN : 9782748365788 – 148 pages 

 

Lire les premières pages ici 

Quatrième de couverture :

Des balbutiements timides à la passion dévorante, de la tendresse à la fureur, de l’adoration à l’insulte, ma liaison folle avec Michael Jackson m’a fait passer par les émotions de la plus extrême violence. Des désirs de tuer symboliquement l’idole chassaient des élans incontrôlés d’affection. Véritable maladie de l’âme, ce personnage, déchirant, contraste d’ombres et de lumières, savait déchaîner en moi les pires crises de conscience. Je l’aimais autant que je savais – parfois – l’humilier.
25 Juin 2009, l’enfance s’envole définitivement. Direction l’abattoir. Le grand frère, le confident secret s’en est allé. Souvent décrié, injustement montré du doigt, Michael Jackson n’a que très rarement été remis en cause par ses fans, « ses amis les plus fidèles ».
C’est cette histoire d’amour tumultueuse et authentique qui fait tout le sel de ce premier essai impudique. Une histoire commune, de celles qui laissent des traces indélébiles. Michael, Jackson et moi, c’est aussi Michael, Jackson et nous.

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7 total comments on this postSubmit yours
  1. Ouais… ben, non…

  2. Chère Sara,
    Votre longue critique semble au prime abord être intéressante. Vous vous annoncez comme fan avec un parcours différent, mais comment apporter du crédit à votre littérature alors que dès le départ vous n’êtes pas fichue d’écrire le titre du livre sans faute. Cela prête à rire. Mais laissons cela, je ne maîtrise pas parfaitement le fonctionnement de ce site, je vous accorde le bénéfice du doute quant à la rédaction de l’intitulé. Je préfère revenir sur quelques points de votre avis. Vous parlez de la naïveté du fan et vous vous réclamez comme appartenant également à ce groupe pour une autre artiste tout aussi ridicule. A cause de votre manque d’ouverture d’esprit concernant les médias, je ne pense pas un instant que vous le soyez. Vous êtes tout au plus amateur, formaté qui plus est. Votre phrase sur l’affaire Chandler est éloquente. Noesis se devait-il obligatoirement de jeter l’opprobre sur son chanteur favori dès cette période ? Pour être crédible à vos yeux, se devait-il absolument de suivre les tabloïds de l’époque comme un mouton qui suivrait parfaitement le « vu à la télé »? Ne pouvait-il pas avoir une opinion personnelle différente ? Je pense que vous n’avez pas totalement saisi la démarche du livre. Aussi, il est évident que Noesis n’a jamais voulu tomber dans las affres de la biographie pure, d’où l’absence de détails que vous regrettez. Des dizaines de livres sont déjà -avec plus ou moins de bonheur- sortis sur ce thème, il s’agit ici d’un essai introspectif sur les rapports d’un fan à son idole controversée. Si vous voulez tout savoir sur MICKAËL Jackson, reportez vous à des pavés du style du livre de Randy Taraborrelli, vous y serez comblée. Je ne pense pas un seul instant que Noesis ait été dans cette démarche d’exhaustivité. Pour ma part, je pense en effet que l’auteur est fan mais d’une façon largement plus éclairée que la majorité de ceux qui adulent de manière aveugle, c’est à dire au moins les trois quart de la communauté. Vous parlez de manque d’objectivité alors qu’il ne faut voir ici qu’un ensemble de ressentis personnels. Il me semble donc que vous êtes passée à côté de la démarche de l’auteur ou que vous en avez simplement pas du tout saisi les subtilités. Vous trouvez le style un peu léger, mais je ne pense pas que le but de Noesis ait été de paraphraser un Proust, Zola ou un Maupassant. Il n’est question encore une fois que d’un essai très personnel , une mise à nu d’un amour contesté. Un style ampoulé n’aurait pas servi la crédibilité des ces réflexions intimes. Les citations musicales vous exaspèrent, mais il ne faut voir ici qu’une expression supplémentaire de sentiments très privés de quelqu’un dont la musique semble faire partie intégrante de l’ensemble de sa vie. Je ne rejoins pas votre avis général qui considère ce livre comme une bluette tout juste bonne à passer un moment pas trop désagréable. Il s’agit pour moi d’une démarche vraie et authentique. Bien à vous. Marie.

  3. @marie : Tout d’abord toutes mes excuses mais en publiant la chronique rapidement j’ai donc fait une erreur sur le titre. C’est donc de mon fait et non de celui de la chroniqueuse. Ensuite, je rappelle que la courtoisie même lorsqu’on est pas du même avis est de rigueur sur ce site. Pas d’attaques ad hominem chez nous, du fond et que du fond ! Pour le reste, comment pouvez vous juger « le manque d ouverture d esprit « de la chroniqueuse ? vous êtes donc aussi péremptoire dans vos jugements ad hominem que ce que la chroniqueuse l’est non pas sur l auteur mais sur le texte.. Vous avez une interprétation du texte différente, c ‘est parfaitement respectable.Peut être pouvez vous entendre que les substilites dont vous parlez ne sont accessibles qu à ceux qui sont fans au sens où vous l entendez ce qui restreint considérablement le public si je vous ai bien compris ? Finalement le débat reste sur ce point : doit on juger les intentions de l auteur en tant que lecteur ou réceptionnez un texte avec son ressenti de lecteur ? .

  4. Abeline, désolée si j’ai été mal comprise mais mes critiques ne s’adressent absolument pas ad hominem à Sara que je connais pas du tout, mais plutôt à sa vision du texte qui lui est propre et bien différente de la mienne. Je suis restée dans le débat autour du livre. Si vous l’avez ressenti différemment, vous m’en voyez chagrinée.

  5. Chère Marie, si je vous relis, je peux déjà citer ceci : « A cause de votre manque d’ouverture d’esprit concernant les médias ». Voilà un début de critique ad hominem…

  6. C’est vrai, pardon, mais cette phrase est sortie de son contexte où je fais référence à Sara qui se fait la voix des tabloids de l’époque. Elle met en avant l’avis de Noesis qu’elle trouve trop tranché, peut-être, mais qui lui est propre. Ce que Sara ne semble pas avoir totalement saisi, bien qu’elle affirme l’inverse, c’est qu’il ne s’agit pas d’une biographie classique où le lecteur est amené à penser par lui même et à juger les faits et gestes d’un artiste. Nous sommes plutôt face ici un essai très personnel fait des sentiments très intimes de l’auteur. Le but n’est en aucun cas de savoir qui a tort ou raison.

  7. Si je pense qu’elle l’a bien compris mais que de fait, c’est ce qui a sas doute empêché qu’elle y prenne le plaisir maximum. En effet, l’avis de lecture se base sur nos goûts (en essayant d’en expliquer les raisons) et diffère d’une analyse critique.
    Prenons Balzac, par exemple, c’est un grand écrivain mais tout le monde n’aime pas ce qu’il écrit. Ben voilà c’est pareil. Sara a donné son avis.
    Et sans cet avis, d’ailleurs, je n’aurais même pas su que ce livre existait.

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