Feu de camp de Julia Franck

Feu de camp de Julia Franck

Conseillé par un libraire de mon quartier dont je poussai la porte pour la première fois, Feu de camp avait d’autres atouts pour me séduire : je garde un oeil bienveillant pour la littérature allemande contemporaine, l’Allemagne étant quand même le pays européen qui a fait son retour dans l’Histoire ces dernières décennies.

Ce roman là ayant pour toile de fond le Berlin du temps de la séparation de la ville en deux parties avait tout pour me plaire. Il commence très bien, par une scène particulièrement réussie, où une jeune femme Nelly Senff quitte l’est pour l’ouest avec ses deux enfants et un passeur qui joue à être son mari. Au moment de passer, elle est retenue par la police est allemande qui lui fait subir un dernier interrogatoire glaçant. Le lecteur est pris par un suspense. Elle passera la frontière comme l’indique la quatrième de couverture, mais ses ennuis seront loin d’être terminés. A l’époque, en effet, les « transfuges » étaient placés en camp d’observation, l’Ouest craignant l’infiltration d’agents venus de l’Est. Elle y croisera plusieurs personnes dans une ambiance très particulière, où le temps semble en suspension. L’ouest a des allures d’est, les personnes en transit partageant des appartements qui évoquent les appartements communautaires. De même, à la méfiance de la police orientale se substitue une sorte de méfiance de tous pour tous, car qui sait si le voisin n’est pas le traitre.

Le meilleur du roman est dans le mystère de son héroïne qui ne livrera pas son secret, la mort du père de ses enfants. Qui était-il ? Qui est-elle ? Quelles sont ses motivations ? Par moments, le livre évoque la vie des autres, quand un agent nord américain interroge Nelly se retrouve troublé par cette femme étrange, d’autant que son couple se décompose. Le montage parallèle des deux histoires est très réussi. Le reste du temps, le roman m’a semblé se perdre dans ses personnages secondaires et des intrigues elles aussi secondaires. L’auteure, qui est, dit-on journaliste, semble avoir voulu multiplier les personnages pour incarner plusieurs types de personnalités qui pouvaient se trouver dans de tels camps, sans que leur existence ne soit nécessaire au récit. Feu de camp est un bon roman classique qui rappelle une page d’histoire méconnue. On peut être tenté de dire qu’il n’est que ça, mais c’est déjà beaucoup.

 

Chronique rédigée par Christophe Bys 

 

Feu de camp, Julia Franck,  Flammarion, isbn 978 2 0812 1374 6, 21 euros, 325 pages

 

Quatrième de couverture :

Feu de camp Berlin-Est, fin des années soixante-dix : une jeune femme dont la beauté classique et la tranquille détermination suscitent partout la curiosité a obtenu de passer à l’Ouest avec ses deux enfants Aleksej et Katja. Après avoir affronté les mille et une menaces et humiliations qu’infligeait la RDA à ces candidats au départ, voici Nelly Senff au pays de l’abondance et de la liberté. Mais l’Ouest, c’est d’abord pour les réfugiés la promiscuité d’une chambre partagée avec des inconnus au camp de Berlin Marienfelde et un avenir incertain. Sans compter les interrogatoires soupçonneux et sans fin de la CIA. Feu de camp est un témoignage captivant de l’Allemagne contemporaine, un vrai bonheur d’écriture et un roman bouleversant du début à la fin. « Un kaléidoscope d’idées, d’humour noir, de tension subtile entre ce qui est dit au lecteur et ce qu’il ne peut que supposer. » Stuttgarter Zeitung « Captivant. Un bijou de style. » Neue Zürcher Zeitung



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