La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton

La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton

Tout est là dès la couverture, avec le titre du roman et son bandeau « une histoire vraie », un véritable oxymore. Soit l’histoire de Céline, Benjamin et de leur petite fille partis s’installer dans une jolie maison de ville au Mans, paradis parfait pour jeune couple moderne… sauf que bien sûr le paradis, même imparfait n’existe pas. Bientôt, Benjamin découvre que la quiétude du lieu est menacée et qu’une bande de voisins organise des rondes la nuit pour préserver la tranquillité de l’endroit, une sorte de brigade d’auto défense, menée par le voisin du couple, un fort en gueule, le genre qui vous fait faire dire oui quand vous pensez non , tant il est impossible de s’opposer à lui. Et puis, dans la nouvelle maison du couple, il y a la chambre du milieu, celle qui fait voyager dans le temps Benjamin, la trop rationnelle Céline refusant d’y croire.

Cette double menace, très marginale dans le récit, dérègle peu à peu la vie quotidienne de ce couple moderne, vie quotidienne qui constitue l’essentiel du roman. Et c’est très très réussi. Car ce que raconte finalement Berton c’est la dé-construction, la dissipation des illusions de bonheur domestique : la vie du couple Berton se dégradant peu à peu, sans que l’on sache finalement si c’est à cause des événements surnaturels ou si la fameuse chambre à remonter le temps n’est qu’un fantasme littéraire, une sorte d’échappatoire face à une réalité trop pesante. Cette chambre aux pouvoirs magiques donne au narrateur les moyens d’échapper aux conséquences de ces actes. Et si ne plus être responsable était le rêve du mâle de ce début de 21e siècle : pouvoir tromper sa femme, un retour en arrière et hop rien n’est jamais arrivé… En creux, c’est aussi un portrait de l’homme actuel qui est ici fait, en quête de rôle, perdu entre son avis de ne pas reproduire le schéma ancestral et l’incapacité à inventer un rôle nouveau. Les gens heureux n’ont pas d’hisoire, dit-on couramment. Les gens heureux n’existent pas, répond en écho le roman de Berton.

Le résultat : une histoire qui pourrait être quasi banale, tant la description du quotidien d’un couple de trentenaires est très ancré dans l’ici et le maintenant. Mais Berton distille savamment ce qu’il faut d’angoisse pour que l’on continue à s’intéresser à ce qui arrive à sa famille témoin.

Le roman commençant par la fin (une catastrophe a eu lieu et le trio familial est séquestré dans la chambre pour échapper au présent)  le lecteur est tenu, se demandant page après page, comment ce jeune couple en arrive là.

On pourrait être dans de l’autofiction. Il se trouve que Berton est critique littéraire de fluctuat.net, et au fil des pages il évoque certaines lectures (notamment Updike qu’il a chroniqué récemment).

S’il fallait avoir un regret, je regretterai une grosse ficelle sur la personnalité du tagueur qui vient perturber la vie du quartier. Mais qu’importe, ce qui compte finalement, et Berton réussit encore son coup, ce n’est pas tant qui il est que l’effet qu’aura cette révélation. Je n’en dirai pas plus. Mais méfiez vous des coins résidentiels où s’ébrouent des familles parfaites pour un casting de M6. La violence est là, partout, tout autour et d’autant plus inquiétante qu’on a fini par croire qu’elle n’existait plus, qu’elle se cache.« Ce n’est pas nous qui changeons. C’est le monde qui se recompose et nous expulse progressivement. Nous sommes des galets dans la rivière, polis par le temps et mis de côté par le courant qui nous a portés jusqu’à n’en plus pouvoir. »

 

PS

Si vous n’avez jamais lu Berton, faites moi plaisir, lisez Alain Delon est une star au Japon ou Foudres de guerre du même auteur. Un écrivain qui a son  talent explosera tôt ou tard… et vous pourrez dire ce jour là « ah oui j’avais lu ses premiers romans. C’était déjà très bien ».

Chronique rédigée par Christophe Bys 

La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton, Gallimard, ISBN 978 2 07 013436 6

 

Quatrième de couverture :

Alors qu’ils emménagent au Mans dans une agréable maison du centre-ville, Benjamin Berton et son épouse croient enfin trouver le bonheur parfait. Leur petite fille est magnifique, le travail supportable et le voisinage amical. Mais le jeune homme ne tarde pas à découvrir les propriétés étranges de la chambre du milieu qui vont bousculer ses certitudes et son équilibre mental.
Entre fausse autofiction et roman fantastique, Benjamin Berton (le vrai) propose une radiographie très fine, souvent glaçante, de l’ennui dans le couple. Il brosse, à travers l’évocation d’une vie banale aux prises avec l’irrationnel, un tableau saisissant de la société contemporaine, dont la drôlerie compense la déprimante exactitude.

L’auteur
Benjamin Berton, né à Valenciennes, vit au Mans. Son premier roman, Sauvageons (collection blanche, 2000, Folio n° 4088) a obtenu le Prix Goncourt du premier roman. Il est également l’auteur de Classe affaires (collection blanche, 2001), Pirates (collection blanche, 2004), Foudres de guerre (collection blanche, 2007).



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