les enfants de Hansen d’Ognjen Spahic

Nous sommes en 1989, en Roumanie, temps où s’élève la révolution et où Ceausescu est sur le déclin. Mais c’est dans la dernière léproserie d’Europe que le récit se centre et en particulier sur le narrateur, un lépreux immigré d’Autriche. Son compagnon de chambrée, Robert W.  Duncan est un ancien agent des renseignements américains. La vie semble s’être arrêtée pour ces deux-là, sitôt les grilles de la léproserie franchie, mais n’est-ce qu’une première impression ?

 

C’est un livre fort et éprouvant qui ne nous ménage pas certaines scènes à la limite du supportable : la chair est plus que méconnaissable et on se la figure bien sur ces êtres humains marqués profondément physiquement. J’ai été également marquée par les décès successifs qui paraissent être le lot commun des résidents et qui sont malgré tout synonymes de renoncement et d’oubli. Car la où la lèpre passe, les hommes s’éloignent et on se rend compte que le microcosme des lépreux est voué à cohabiter sans autre espoir que celui d’achever sa vie ensemble, en bons camarades d’infortune.

 

Certes, le roman est sombre car il transparait une sorte de malaise de ce parcage des malades entre eux, tare d’une société qu’il faut éloigner de la voie publique. Loin de vivre dans des conditions optimales, ils ressassent leur passé et se prennent à rêver de lendemains meilleurs, loin d’ici et qui rendraient sens au mort « liberté ». Prenant leur mal en patience, l’humour est omniprésent et les scènes loufoques sont foison : les chiens errants trainant autour des dépouilles sont des ennemis à abattre, quant à certains détenus ils sont plus qu’heureux de prendre part à la foule, comme le dénommé Zoltan qui est aux premières lignes, lors de la chute de Ceausescu. Mais soyons clair, le livre n’est ni spécialement un pamphlet politique ni un récit d’auto-apitoiement sur le genre humain ou sur la maladie. L’imagination y est fertile et les lépreux sont porteurs d’un espoir nouveau : celui de déjouer les apparences pour enfin retrouver dignité et foi en leurs semblables.

Un premier roman détonant !

Chronique rédigée par Mélopée

Les enfants de Hansen, Ognjen Spahić,  Gaïa, ISBN : 9782847200782

Quatrième de couverture:

Avril 1989, Roumanie, dans la dernière léproserie d’Europe. Les pensionnaires sont coupés du monde des bien-portants. Le peu qu’ils aperçoivent du monde extérieur est une cimenterie, avec l’effigie de Ceaucescu sur le mur. Une évasion est prévue au sein de la léproserie, lorsqu’un matin, l’émeute de décembre 1989, qui fera tomber Ceaucescu, éclate.

traduit du monténégrin par Mireille Robin et Alain Cappon

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1 comment on this postSubmit yours
  1. Ce livre fait parti d’une sélection pour le prix de l’Europe décerné par la ville de Bussy(seine et marne) .je le trouve fantastique , passionnant, très bien écrit, et pour ma part je voterai pour lui; félicitations à Ognen Spahic pour ce premier livre extraordinaire.

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