Adieu à ce qui vient de Pierre Cendors

Adieu à ce qui vient de Pierre Cendors

Quitte à me répeter, encore un livre pour lequel il faut féliciter l’éditeur pour la beauté de l’objet, de la couverture dorée au motif vénitien à la qualité du papier et de l’impression, tout ici est réussite et s’accorde à merveille avec un texte dense et bref, porté par une langue singulière et puissante (j’avais adoré engeland de pierre cendors, l’essai est ici confirmé).

Tout ici est tellement délicat que l’on n’ose pas mettre ses vilains mots pour en parler. Adieu à ce qui vient est entre le conte et la poésie, une sorte de rêverie vénitienne où un riche étranger débarque organisant des fêtes mémorables. Bientôt une femme apparaîtra, puis disparaîtra une autre la remplacera…

Impossible d’en dire davantage. On retrouve dans ce livre tout ce qu’on imagine de Venise, le goût pour les masques, les mystères, le jeu des ressemblances entre la représentation et la réalité, servi par un écrivain qui mériterait d’être davantage connu.

« Fortuno, as tu déjà vu le paradis ?

-Non.
– Tu te trompes.

Le peintre suivit le regard de l’étranger. Il vit les plafonds qu’éclairait le soleil de la lagune et compris tout. Ce fut son chef d’oeuvre. »

Toutefois si les fêtes s’enchainent, les souvenirs pèsent aussi dans ce décor, où un personnage apprendra bientôt à dire « adieu ce qui vient » pour le vivre enfin vraiment.

« Le jour, elle t’accompagne à chaque instant, comme ton souffle. Elle est encore là, la nuit, quand tu ne peux la voir. Elle est née en même temps que toi. Veille sur elle, c’est ton amie, recherche parfois sa compagnie, joue et aprle avec elle, var vous vivrez mieux ensemble que seules. C’est ta mort, mais tu peux l’appeler par un autre nom si tu le souhaites. »

Juste parfait.

Chronique rédigée par Christophe Bys

Adieu à ce qui vient, Pierre Cendors, Finitude,  ISBN 978 2 912667 98 4, 14,50 euros 138 pages

Pour lire les premières pages de ce roman c’est ici 

 

Quatrième de couverture:

À Venise, la rumeur se répand : un étranger s’est installé en ville. La foule, friande de nouveautés, assiège les témoins de son arrivée. Si le savant Ricorni n’a vu en lui qu’un jeune et bel homme; Fulvia, la célèbre courtisane, a noté sa richesse. Le portrait est maigre, cela ne suffit point. Alors on l’épie, à l’affût du moindre mouvement, mille yeux cernent son palazzo. Qui ose donc ainsi attirer tous les regards sans jamais se prêter à la pose ?
Grâce à ce mystérieux étranger, Venise connaîtra ses plus belles fêtes et saura qu’il faut parfois apprendre « à regarder toute chose comme si, déjà, elle n’existait plus ».

À travers ce roman, Pierre Cendors revisite le mythe d’Eros et Psyché et nous offre un récit précieux dans lequel tout est symbole. Il s’empare de personnages qui sont de véritables archétypes (le Prince, l’orpheline, le savant ou la courtisane) et qui, peu à peu, prennent corps grâce au drame qu’ils sont en train de jouer. Mais le personnage central de cette histoire reste Venise, une Venise fantasmée née de la littérature et du théâtre.

 



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