Je vous prête mes lunettes d’  Anna Rozen

Je vous prête mes lunettes d’ Anna Rozen

Qu’est-ce donc que ce livre ? Un bien étrange texte, découpé en trois parties, trois nouvelles qui mettent en scène des personnages surprenants. La première partie s’intitule « Amoureuse » et met en scène une jeune femme qui subit un dégât des eaux qui ouvre la voie à des pulsions libidineuses internes. Le second texte « Jalouse » propose de découvrir quelle bestiole se cache dans la tête de la narratrice en proie à des pulsions, elle aussi, mais bien désagréables puisqu’elle se met à souhaiter le pire à toutes les jeunes femmes qu’elle croise, qu’elles soient jolies, communes ou laides. Elle trouvera un curieux remède…. La troisième nouvelle s’ouvre sur le titre  » Agueusique », qui désigne l’absence de goût, de saveur, chez un personnage masculin cette fois-ci.

 

Qu’est-ce que j’en pense ? Beaucoup de bien, pour une fois. J’ai déjà essayé à plusieurs reprises d’entrer dans l’univers si particulier d’Anna Rozen, à chaque fois sans succès, déroutée par l’absence de logique, de trame narrative classique. Aujourd’hui, j’ai été séduite par ce texte, par ces trois nouvelles, pleines de fantaisie, de malice et nourries d’une réflexion plutôt intéressante sur notre société. Chaque personnage semble voir le monde de façon différente et c’est bien ce qui nous arrive au quotidien, et de là, naissent les jugements, incompréhensions, et autres crises…

Le premier personnage est une sorte d’érotomane qui se fait des films autour de chaque apparition masculine dans sa vie, du peintre qui utilise ses toilettes, l’envoyant au café pour ses propres besoins, au jeune homme qui se trompe de numéro de portable et avec qui elle s’imagine déjà en pleine idylle, à cet autre jeune homme au cinéma qui partage son allée. Une citation s’impose, avec laquelle je ne peux pas ne pas être en accord :  » J’aime les histoires d’amour au cinéma parce que les protagonistes filmiques nous vengent de nos approximations réelles. »

 

La deuxième héroïne choisit dans sa tête avec un plaisir coupable des supplices pour chacune des femmes qui croise son chemin, en qui elle voit une ennemie potentielle voire véritable. Elle se convainc ensuite de la nécessité de se séparer de la bestiole qui pousse dans sa tête et va essayer de repousser les limites de la médecine avec un praticien conciliant.

Le troisième personnage, un homme, n’a pas de goût, entendons par là qu’il ne sent pas le goût des aliments. Son univers se trouve quelque peu réduit, certes, mais lui permet des réflexions sur la société : « Il n’y a plus d’éphémère.[...] On a battu le temps. Est-ce qu’on a gagné ? Qu’est-ce qu’on a gagné ? »

Cette dernière citation me paraît nécessaire et indispensable :  » Le monde a besoin de spectateurs. On ne peut pas tous produire. Il faut des gens pour regarder les films, lire les livres, écouter la musique, des gens avec du temps, et un peu d’argent quand même. Des gens comme moi. Voilà l’argument que j’avance quand on me représente le vide et l’inutilité de ma vie oisive ».

Chronique rédigée par Lili

 

 

Je vous prête mes lunettes, Anna Rozen, le Dilettante, ISBN : 978-2-84263-681-4

Quatrième de couverture :

Acte I : « Ploc » fait la goutte, tombant du plafond piqué de rouille. Et le mal d’entrer dans le monde, entendons l’appartement d’Anna Rozen, sujet désormais à un dégât des eaux. Et les mâles d’entrer dans la ronde (il s’agit d’une danse) : syndic agacé, peintres version cool ou balourds, experts pointus en goutte-qui-perle-au-plafond. Chassée de chez elle par la réfection, notre narratrice passe au cinéma où l’accoste un tousseur en manque de lien. Retour at hommes où la salle de bains prend des airs d’Éden, quand « Scroutch »… fait le bruit. Retour à la case angoisse.
Acte II : Qu’est-ce qu’elles ont toutes : la blonde en noir du RER, la fausse maigre en jersey. Elles sont là, toutes, à m’assaillir, à tenter de ravager, de séduire. Hantise, obsession, vertige : elle consulte. Une bête, une bête qui rôde dans les mystères du corps, telle est la cause de tout ce barouf intérieur. Ouf, le mal a un visage, et plus celui d’une goutte, celui d’un fennec mignon. Ledit intrus résistera-t-il à une mise à contribution très directe du médecin ? Oui. Allergologue, traitement, rien n’y fera. Et puis, après tout, ma bête, elle est moi, je me la garde.
Acte III : « Je n’aime rien mais j’aime bien la vie » nous dit l’homme agueusique, privé de sens du goût. Cela dit tous m’étouffent, tous ! Sauf peut-être Georges avec qui je me restaure une fois par semaine, et Bernard qui me fait les honneurs et le bilan de ses amours (et qui finira suicidé), et Annie chez qui je suis client et Florence, une vieille copine, et d’autres, d’autres encore, vus, entendus, croisés, frôlés. Lui, l’homme agueusique, au regard de « vieil or terne », il est pour toujours de l’autre côté de la vitre. En transit.
En trois temps, un petit périple dans le monde vu par le regard déformant d’Anna Rozen : « Je vous prête mes lunettes ? » Allons.



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