Grosse d’Isabelle Rivoal

Grosse d’Isabelle Rivoal

La  couverture pose le titre en rose girly sur une photo noir et blanc des plis d’un corps féminin grassouillet  «  Grosse ». Vous êtes une femme, et ce mot, est l’insulte la plus commune depuis la maternelle, jusqu’à votre ménopause. Vous hésitez, voire même vous cachez la couverture pour que votre chéri ne tombe pas dessus et ne vous regarde pas en vous disant : «  Ah ! ca y est ? tu assumes ? ou c’est pour te motiver dans ton nouveau régime ? » . Vous vous dites que vous n’avez pas à complexer et que le bourrage de crâne des journaux féminins qui font passer Scarlett Johansson pour ronde, ne passera pas par vous.  En catimini, vous commencez la lecture.

« Grosse », c’est la volonté d’Adèle, l’héroine du roman, de se fondre en elle-même, de se statufier pour ne plus être touchée par autre chose que par le plaisir de l’intrusion consentie et intime en soi de la nourriture ou du sexe. « Grosse » est la narration d’une féminité exacerbée dans sa disponibilité jusqu’à l’effacement.  Adèle est encastrée dans l’appartement qu’elle partage avec son homme, Antoine, devenue tellement grosse qu’elle ne peut ni bouger ni même passer par une quelconque ouverture à taille humaine. En alternance, Isabelle  Rivoal, déploie d’abord l’état actuel de cette femme-chapiteau disponible à l’extrême et autiste à autre chose qu’elle-même, puis,  un chapitre sur deux, le parcours qui l’a menée à cet état.  Aucun complexe ni médical, ni sociétal, Adèle est grosse et elle est au-delà de tout.  Et le monde autour l’entretient dans sa  volonté de n’être que corps féminin désirable et offert, par son incapacité même à réagir.

Isabelle Rivoal livre un récit double à la première personne, de l’histoire familiale d’Adèle. Tout y est doux, sans choc, sans complexe et sans réelle émotion, alors que  pathétique et dysfonctionnel. Adèle ne semble rien ressentir vraiment, elle se retire d’elle-même et en elle-même. Et c’est peut être la difficulté du pourquoi de cet éloignement qu’Isabelle Rivoal ne peut expliciter par un style un peu trop limpide et classique. Il eut peut être fallu la poésie supplémentaire de ces nouvelles érotiques du milieu du siècle dernier, qui faisait de la peau de leur héroine une mousse délicieuse de capuccino en perpétuelle extension pour multiplier la surface de plaisir. Il manque peut être un peu de licence dans ce sujet peu consensuel. Peut être l’auteure contrairement à son héroine s’est elle trop bornée, limitée.  De ce chapiteau de chair, Isabelle Rivoal, n’a pas fait une montagne, mais un cirque charmant qui par son étrangeté reste une attraction agréable.

 

Chronique rédigée par Abeline 

Grosse, Isabelle Rivoal, Le dilettante, ISBN : 978-2-84263-691-3

 

Quatrième de couverture :

 

Certains sont forts, d’autres enveloppés, pour quelques-uns on parlera d’obésité. Adèle, elle, l’héroïne de Grosse, campe par-delà tout qualificatif?: elle est à perte de vue, fleuve de viande en crue, mer de chair en perpétuelle expansion, océan d’humanité sans rives, ni bornes. Posée là, pour toujours, gardée par Antoine qui la couve, erre dans le réseau de ses plis et replis et Zohra qui l’entretient comme un objet sacré que l’on se doit de déparasiter, épousseter, curer, aspirer. De toute façon, elle n’a jamais vraiment voulu en être, Adèle, de la partie. Rétive à naître, butée pour manger, une jeunesse anorexique ou quasiment. Et puis un jour, miracle, Adèle mange, mastique, ingurgite, de tout, en masse. Elle s’arrondit, sous le regard admiratif de sa grand-mère, éveille l’appétit des messieurs, puis consomme fugacement avec cousin Baptiste. De retour à Paris, elle laisse la bride sur le cou à son corps, sentant alors sa chair « simplement là, au cœur de l’être » devenant dodu modèle, vedette de la pose grâce à quoi elle rencontrera Antoine, sa moitié d’orange. Mais emplir l’appartement où ils vivent, comme l’eau une bassine, n’être plus qu’une colossale flaque de chair, finit par peser à la copropriété. On décide la désincarcération d’Adèle, son démoulage. Grutée, tractée, entreposée dans l’ombre d’un chapiteau, Adèle est stockée comme une motte colosse de barbaque en souffrance. C’est là qu’elle se sentira se perdre en elle-même, se fondre en soi jusqu’à plus soif, disparaître. Tel aura été le destin d’Adèle Seilman. Grosse, mais surtout d’espoir et de désirs à jamais inassouvis.

 

 



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