La liste de mes envies de Grégoire Delacourt

La liste de mes envies de Grégoire Delacourt

 » L’ argent ne fait pas le bonheur  » est-il un proverbe auquel on adhère tous ?

Pas si sûr, puisque cet adage galvaudé ne freine pas la ruée humaine sur les jeux de hasard, ni les rêves éveillés nourris de cette attente si excitante du résultat : celle qui dresse … La liste de nos envies. Pour « Jo » le bonheur pourrait bien devenir réalité.Et pour Grégoire Delacourt, cette grande question existentielle, un roman contemporain.

L’auteur n’est pas sans habileté pour nous présenter Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, au bonheur conjugal et familial à hauteur de ses qualités humaines. Son entourage amical et joyeux accompagne gaiement son quotidien, et le succès de son blog lui renvoie une chaleur qui pourrait rimer avec bonheur. Certes la vie ne l’a pas épargnée et comme toujours pointe cette tentation d’un meilleur possible. Et « Jo » de dresser régulièrement la liste de ses envies .

L’oeil vif et la faculté d’analyse acérée de Grégoire Delacourt imposent à ce roman un rythme rapide, parfois irritant, mais n’est-ce pas cette même tension qui accompagne « Jo » depuis que le bonheur est à portée de main lui brûlant les doigts et ses pensées ? Dans ce romans à la ponctuation très présente les phrases sont courtes, émaillées de formules lapidaires, et d’énumérations consuméristes jusqu’à saturation. En un savant mélange s’égrainent avec régularité : descriptions rapides, pensées générales, dialogue ciselés, souvent un mot de presque fin permet enfin une brève respiration. Une tristesse douce et touchante flotte dans la mercerie et la vie de « Jo », une ironie mélancolique et douce-amère porte le lecteur lui posant de vraies questions tout en dualité : celles des envies et du besoin, des rêves et de la réalité, du gain et de la perte, du don ou du vol, de l’argent et du bonheur sans oublier conscience et morale. L’humour parfois grinçant et une vraie tendresse aèrent la lecture de ce récit pluriforme et obsessionnel à la surenchère de détails.

Pour tout cela « la liste de mes envies » de Grégoire Delacourt est contemporain. Il reflète pleinement notre époque effrénée et notre société consumériste, qui pour répondre à notre éternelle quête de sens établit des listes, propose des adages, et nous enferme dans des archétypes qui n’apporteront jamais le bonheur. La littérature actuelle n’y échappe pas avec ses romans courts,rapides de lecture, et libre formellement. Mais s’il existe un chemin vers le bonheur … Commençons par celui de la lecture

Chronique rédigée par Christiane Miege 

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt, JC Lattès, 978-2709638180

Quatrième de couverture :

Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18.547.301€ lui tombent dessus. Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être.



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