Un ange noir de  François Beaune

Un ange noir de François Beaune

Un ange noir est le deuxième roman de François Beaune et il vérifie la formule selon laquelle la valeur n’attend pas le nombre des années. Soit le récit à la première personne d’un homme moyen qui pourrait être un héros simenonien. Un jeune homme élevé de trop près par sa mère, qui, après avoir raté son entrée à Normale Sup, travaille dans un centre d’appels, est bénévole aux restos du coeur et a participé à Questions pour un Champion.

Le roman s’ouvre au moment où il s’enfuit de son domicile après que la police le soupçonne d’avoir tué une jeune fille qui était sa collègue. Le roman raconte cette fuite, tandis que le récit est entrecoupée d’articles de presse qui font le point sur l’avancement de l’enquête. Faux roman policier qui narrerait la fuite de l’anti-héros et sa recherche du vrai coupable, un SDF qui a croisé la route de la victime, Un ange noir est surtout la narration d’une sorte de dé-civilisaton d’un jeune homme bipolaire qui, faute de médicaments laisse sa nature se libérer. Le récit évoque le film Psychose, pour le portrait d’un personnage hors norme. Et le narrateur a des allures de petit cousin des personnages céliniens, misanthrope et infréquentable. « les enfants sont un genre de valises sans roues, qui se traîne »,  « Quand je pense à ces châteaux de béton! Nous sommes moins que des chiens, des chiens qui n savnet plus laper, qui ont besoin de châteaux d’eau pour boire ! Incapables de se pencher à un reuisseau ! Qui emballent l’eau dans des bouteilles ! » ou encore, parlant des partisans du bio « Ils ont envie de sauver le monde : alors qu’ils disparaissent, qu’ils prennent leur responsabilité »,

Un ange noir n’est sûrement pas un livre aimable. C’est un voyage au bout de notre inhumanité qui est aussi notre humanité. Depuis longtemps, je crois que les romans les plus grands sont souvent ceux dont on ne se souvient pas de la fin. Un ange noir n’y échappe pas. L’enjeu de l’écriture et la lecture n’est pas tant dans le dénouement que dans le processus de désintégration de son anti-héros, ange noir et déchu : « Encore la mauvaise conscience. Mauvaise conscience assourdissante des mots fléchés, des sodokus, ces nez plongés derrière leurs grilles, mauvaise conscience des statistiques et de chaque quantité de matière cominée qui est la somme de nos dépenses et des morts qu’elles impliquent. Enfermons nous derrière nos mots croisés pour supprime de notre champ visel la beauté et le paysage qui ne nous appartiennent pas, que l’on ne mérite ni de voir ni de sentir. Pensons en associations des définitions à des mots, et arrêtons de violer toutes ces femmes horizons, ces natures-amazones. »

Chronique rédigée Christophe Bys 

Un ange noir François Beaune, Editions Verticales, ISBN 9782070134779,  277 pages 17,90 euros

 

Quatrième de couverture :

« J’ai un secret inexplicable, difficile à décrire. Pour résumer, on ne me trouve pas sympathique. »

Journal de cavale, carnet de métamorphose ou confessions d’un antihéros, Un ange noir se joue des genres littéraires, du polar sans flic au roman métaphysique. Brouillant progressivement les pistes, François Beaune nous entraîne dans la logique implacable d’un homme a priori sans histoires, qui vient tout juste d’entrouvrir les portes de sa nature profonde.



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