Baby Leg de Brian Evenson

“Passé/Présent” et “Ici/Ailleurs” coupent en deux le nouveau roman de Brian Evenson. Coupure spatio-temporelle qui ferait se retourner dans leur tombe Minkowski et Einstein, mais qui raviverait Kafka et Borges, tant la puissance de l’imaginaire au service des lettres, se nourrit à la vie à la mort de l’infini mathématique.

Krauss et le Dr. Varner vont lutter sans merci, et plus ultime encore, le lecteur pourrait ne jamais se réveiller.

Le temps :

Cela commence par un rêve étrange voire inquiétant, et quelques lignes plus tard le réveil de Krauss retombe de plus belle dans le cauchemar. Le lecteur embarque alors pour un lent et insensé voyage dans un boîte crânienne dont les pensées distilleront un poison raffiné. Au fur et à mesure que le réel dégénère, l’imagination aiguise son acuité. Le vif du sujet vrille les nerfs du lecteur, nous voilà parti pour une fuite dans le temps sans répit possible.

L’espace :

Un résumé de la première partie manipule savamment le lecteur, ciblant l’inutilité et la vanité de ses effort de compréhension. Cette perte d’innocence sonne le glas de tout espoir, un changement radical de décor et des retournement de situations éprouvants achèvent de dissoudre nos repères. Nous sommes aussi perdus que Krauss : à l’intérieur, lieu privilégié de l’imagination, règne le jeu, à l’extérieur s’impose la réalité d’un Dr Varner qui appelle sans cesse à la confiance.

Sentiment ou raison voilà l’éternel embarras du choix. Une éventuelle réalité à peine retrouvée, qu’il n’est déjà plus temps de respirer. Sans possibilité aucune d’en sortir, les mêmes scènes réimpriment le labyrinthe de notre compréhension égarée. Délire, manipulation, paranoïa, heureusement divertis par un ton ironique, tranchant et désabusé, accélèrent une descente palpitante et rusée vers notre désespoir. Et le toboggan infernal de reprendre en une poussée vivifiante et admirative pour le savoir-faire goguenard de l’auteur. Les rouages connus de l’angoisse broient l’entendement du lecteur tout en activant avec virtuosité les leviers de nos cauchemars. Enrichis par ses propres obsessions, les outils de Brian Evenson sont une panoplie complète de nos inconscients collectifs terrifiés.

Mais à l’instar des bonnes choses, les mauvaises ont aussi une fin. Saluons la traduction d’ Héloïse Esquié et rassurons-nous les yeux bien ouverts d’avoir définitivement refermé Baby Leg.

 

Chronique rédigée par Christiane Miège 

Baby Leg, Brian Evenson, Cherche-Midi éditeur,  ISBN 978-2749123028

 

Le site de l’auteur ici

 

Quatrième de couverture :

Kraus, un homme mystérieux amputé d’une main, se réveille, un matin, amnésique, dans une cabane au milieu de la forêt. Il est hanté par la vision d’une femme avec une hache, dotée d’une jambe normale et d’une jambe de bébé. Il découvre alors, dans un village voisin, le portrait d’un individu recherché qui lui ressemble étrangement. Les hommes qui le poursuivent sont à la solde d’un certain docteur Varner.

Entre David Lynch et Tod Browning, la prose de Brian Evenson épouse les mouvements capricieux du cauchemar humain et manie l’humour avec un tranchant certain.

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