La tristesse des anges de Jon Kalman Stefansson

« …et pourtant nous ne devrions sans doute jamais écrire que sur cela : la tristesse, l’absence, le dénuement, et aussi sur ce qui, parfois, rapproche deux personnes, une chose invisible, mais plus forte que les grandes puissance de ce monde, plus forte que toutes les religions et aussi belle que le ciel, les larmes qui sont des poissons transparents, les mots que nous murmurons à Dieu ou à quelqu’un qui compte plus que tout, le moment où une femme guide le membre d’un homme pour lui faire traverser la ligne d’horizon », est il écrit page 79-80. Et voilà qui résume assez bien ce roman réussi. Au nord de l’Islande dans un village de pêcheurs, la vie suit son cours, entre tempête de neige et nuit quasi permanente, quand arrive Jens le postier, qui doit aller plus au nord. Pour cela, on lui adjoint le gamin pour l’aider dans la traversée d’un bras de mer. L’homme d’expérience et l’adolescent vont donc devoir cohabiter pendant plusieurs jours, traversant une nature hostile (il faudrait un mot encore plus fort), l’un étant d’un naturel taciturne quand l’autre semble déborder de mots.

Traversant des paysages désolés, croisant des habitants vivant au milieu de nulle part, tous familiers de la mort omni présentes, le roman est d’abord un récit de voyages. Mais aussi une série de digressions sur la poésie, les mots, la vie et la mort. C’est terriblement triste, atrocement cruel et merveilleusement réussi. Jour après jour, les deux hommes n’ont d’autre choix que de s’accrocher et l’un après l’autre ils se sauveront mutuellement. Malgré toute la tristesse des anges, ce roman est aussi un roman d’apprentissage, qui n’est peut être pas le plus joyeux de l’année, mais assurément un des plus réussis. On se demande ce que font les jurés littéraires qui ne l’ont même pas inscrit sur leurs listes. Un grand ratage pour un écrivain majeur « dont les mots ne restent pas immobiles sur la page, mais [qui ] s’envolent et nous donnent des ailes, même s’il nous manque de l’air pour voler ».

Chronique rédigée par Christophe Bys 

La tristesse des anges, Jon Kalman Stefansson,  Gallimard,  ISBN 9 78 2070131341,  378 pages 21,50 euros 

 

Quatrième de couverture :

« Maintenant, il ferait bon dormir jusqu à ce que les rêves deviennent un ciel, un ciel calme et sans vent où quelques plumes d ange virevoltent doucement, où il n y a rien que la félicité de celui qui vit dans l ignorance de soi. »

Lorsque Jens le Postier arrive au village, gelé, il est accueilli par Helga et le gamin qui le détachent de sa monture avec laquelle il ne forme plus qu un énorme glaçon. Sa prochaine tournée doit le mener vers les dangereux fjords du nord qu il ne pourra affronter sans l assistance d un habitué des sorties en mer.
De son côté, le gamin poursuit sa découverte de la poésie et prend peu à peu conscience de son corps, des femmes, et de ses désirs. C est lui qu on envoie dans cet enfer blanc, « là où l Islande prend fin pour laisser place à l éternel hiver », y accompagner Jens dans son périple. Malgré leur différence d âge, leurs caractères opposés, ils n ont d autre choix que de s accrocher l un à l autre, s accrocher à leurs amours éloignées, pour ne pas céder à l impitoyable nature.

Avec une délicatesse poétique singulière, Jón Kalman Stefánsson nous plonge dans un nouveau parcours à travers les tempêtes islandaises. Au milieu de la neige et de la tentation de la mort, il parvient à faire naître une stupéfiante chaleur érotique, marie la douceur et l extrême pour nous projeter, désarmés et éblouis, dans cette intense lumière qui « nous nourrit autant qu elle nous torture ».

Biographie de l’auteur

Jón Kalman Stefánsson, né à Reykjavík en 1963, est poète, romancier et traducteur. Auteur islandais unanimement reconnu, son oeuvre a reçu les plus hautes distinctions littéraires de son pays.
Après le succès de son premier ouvrage, Entre ciel et terre (Gallimard, 2010), La tristesse des anges est son second roman publié en France.
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1 comment on this postSubmit yours
  1. Bien sûr, que ce livre est un enchantement, d’une beauté fascinante, comme l’était le premier, « Entre ciel et terre »
    Dites-moi : avez-vous l’impression, comme moi, que ce voyage initiatique n’est pas abouti et que nous pourons nous noyer encore dans cette poésie en compagnie du gamin ?
    Quant aux jurys littéraires, nous n’en dirons pas plus…

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