Les ombres de Kittur de Aravind Adiga

Auteur du tigre blanc, l’auteur appartient à la nouvelle littérature indienne. Les ombres de Kittur tient davantage du recueil de nouvelles que du roman à proprement parler. Il alterne des indications topographiques ou historiques de la ville imaginaire de Kittur et des récits de ses habitants qui ont lieu à proximité des lieux évoqués. Dans la dernière nouvelle, peut-être la plus réussie, celle où un vieux militant marxiste tombe amoureux d’une jeune femme d’une caste inférieure et orpheline de peur, le personnage évoque Maupassant, et nul doute que l’auteur pourrait être à l’Inde ce que Maupassant fut à la Normandie, soit le narrateur des folies provoquées par une société hyper hiérarchisée, le scribe du destin brisé des êtres les plus pauvres.
On y croise aussi bien un enfant des rues qui tentent de survivre, un jeune lycéen qui a voulu poser une bombe, que les lamentations d’un livreur qui voudraient sortir de sa condition… ou l’histoire folle des élèves de l’école catholique qui doivent aller voir un film promu par le gouvernement dans le cinéma porno de la ville, aux décorations inadaptées pour le public concerné. Mais aussi le terrible monde entier, où les places des uns et des autres sont fixées et où une vieille femme sans dot est vendue par sa belle soeur pour aller travailler chez les autres, tout brahmane qu’elle soit. Toutefois, le style précis de l’auteur évite tout pathos inutile. Rien n’est de trop dans ses récits quasi journalistiques (dans le meilleur du sens du terme)

Un des personnages déclare « tu dois trouver ta propre caste […] Tu dois trouver ton peuple ». En refermant l’ouvrage, l’impression prévaut que tel est le destin de toute l’Inde.

Chronique rédigée par Christophe Bys 

Les ombres,  Kittur Aravinda Adiga, Buchet Chastel, ISBN 9 782283024324 , 345 pages, 21 euros 

 

Quatrième de couverture :

Kittur est une petite ville imaginaire de l’Inde du sud située sur la côte du Karnataka – entre Goa et Calicut - dont l’auteur du Tigre blancfait le théâtre de ses dernières histoires. Avec ses castes supérieures et inférieures, ses religions multiples, ses immigrés tamouls, ses enfants des rues, ses rikshawallahs, ses fonctionnaires corrompus, Kittur contient l’Inde tout entière. On y croise Ziauddin, un de ces garçons faméliques qui hantent toutes les gares de l’Inde, Ramakrishna Xerox, arrêté pour vente illégale de photocopies des Versets sataniques, Shankara, qui fait exploser une bombe dans son école jésuite, Abbasi, propriétaire musulman d’un atelier de confection qui résiste aux pressions des fonctionnaires corrompus, Soumya, petite fille d’un ouvrier en bâtiment que son père envoie à l’autre bout de la ville chercher sa dose d’héroïne, George D’Souza le jardinier catholique de Madame Gomes, qui peine à établir la juste distance entre maîtresse et serviteur, Murali, le brahmane devenu communiste qui a laissé la vie passer … Quatorze destinées attachantes, puissantes, envoûtantes, qui incarnent les mêmes enjeux terribles de castes, de classe et de pouvoir que dans Le Tigre blanc. Quatorze personnages émouvants, que l’injustice et la misère obligent à accepter l’inéluctable, et dont on suit les épreuves entre 1984 et 1991, années marquantes de l’assassinat d’Indira Gandhi et de son fils Rajiv.

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