Le Vazaha sans terre de Michel Rio

Voilà un livre éclectique et plutôt initiatique. Le narrateur, un écrivain reconnu, en proie à une intense mélancolie et en panne d’écriture,  en pleine histoire d’amour avec Laura, la cousine de son meilleur ami, homme fortuné et indolent. Passion de la navigation, oisiveté partagée, histoire familiale complexe, relation avec  la  mère ambigüe sont les points communs à ces trois personnages. En pleine crise identitaire, amoureuse, il va s’élancer à bord du bateau « Lady Laura » vers ce que fut le pays de son enfance ; Madagascar.

Traité de navigation, rencontre sexuelle avec une naufragée, échange sur la vie, son sens, la philosophie, les blessures d’enfance, tout se mélange avec brio jusqu’à l’arrivée à Madagascar. C’est là que le narrateur revoit, son ami malgache, disciple de sa mère alors qu’elle enseignait sous ses tropiques et le lecteur va se retrouver initié aux traditions les plus anciennes de Madagascar et comprendre alors le titre de l’ouvrage. Entre discussion sur son enfance, sur le sens de ces sentiments aussi complexes que la nostalgie, la mélancolie, le mal de vivre et le mal d’enfance, sur la vacuité et le sens de la littérature, notre écrivain navigateur va toucher au but de sa vie et de son voyage.

Un style de grande qualité, des variations qui ne sont pas sans rappeler un autre écrivain, Pascal Quignard, une grande culture universelle, ce livre se lit avec plaisir. Les descriptions des traditions malgaches comme l’art de la navigation ont été, pour moi, un vrai plaisir de lecture, où les images se bousculent avec clarté.

 

Chronique rédigée par Olivier Bihl

Le Vazaha sans terre, Michel Rio, Fayard, ISBN 9782213655437

Quatrième de couverture :

« La dérive du canot fut bientôt stoppée par un tapis de jacinthes d’eau. Je commençai à m’imprégner des lieux, sans réfléchir. Soudain ils m’envahirent, et pour la première fois depuis mon arrivée dans l’île je fis un véritable retour dans un monde disparu, un monde régi par l’espace seul, où le temps est aboli. Un monde où tout est à sa place, décors et acteurs, de toute éternité. Un monde où, depuis l’éveil de la perception et de la conscience des choses, les vieux ont toujours été vieux, les mères ont toujours été mères et les enfants, enfants, et le resteront toujours, vieux, mères et enfants. Un monde où les canaux ont l’éternité des fleuves, jamais creusés, où les grands arbres n’ont jamais été des pousses, où les crocodiles sont immuables. Un monde où les jours passent, mais sont les seuls à passer, parce que les jours ne sont pas le temps. Un monde où la mort est absente. »

L’oeuvre de Michel Rio a pour ambition de faire du roman le lieu de tous les savoirs comme de toutes les intuitions. Le Vazaha sans terre est le sixième volet d’un cycle qui comprend, dans l’ordre chronologique de la fiction, ArchipelMélancolie nord (prix du roman de la Société des Gens de Lettres), Alizés (prix des Créateurs), Tlacuilo (prix Médicis) et Manhattan terminus.

 

 

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