Les couleurs de l hirondelle de Marius Popescu

“Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits.” Le grand cahier. Agota Kristof

Marius Daniel Popescu n’est pas sans rappeler une autre exilée des pays de l’Est : Agota Kristof. Comme elle, il écrit avec simplicité dans une nouvelle langue d’accueil : le français de la Suisse romande.

L’abandon d’un pays et d’une langue pour un ailleurs renomment le quotidien au fil des souvenirs et de la nouvelle vie mode d’emploi. Il y a du Perec et les caractéristiques du Nouveau Roman dans “Les Couleurs de l’Hirondelle” . L’auteur nous livre un récit sans intrigue ni portrait psychologique, essentiellement une ligne narrative torsadée de jeux de mots et de lettres, une mosaïque joueuse d’alphabet comme dans les comptines d’enfant, une succession de saynètes organisée par association d’idées et d’images. Le roman met continuellement en abyme de subtils jeux de miroir. Au lecteur de suivre un écrivain qui dit tout avec des petits riens, qui ne nomme jamais, mais simplement décrit. La qualité de ce grand roman tient en un seul mot : Marius Daniel Popescu est un homme et un écrivain LIBRE.

 

Liberté de déplacement de son corps, de son imaginaire, liberté formelle de son style. Le récit mélange indifféremment les pronoms. “Tu” “il” et ”je” s’échangent imperceptiblement et le roman déroule tranquillement ses phrase apparemment simples en chapitres de longueur inégale et sans aucun paragraphe. Des dialogues fondus dans le texte animent souvenirs et digressions de l’auteur au rythme fantaisiste de ses pensées, associant du coq à l’âne, images, sons, et couleurs. Ses retranscriptions systématiques de notices en 3 langues, ses listes obsessionnelles en tout genre, et ses descriptions maniaques enchantent l’anodin de ce qui nous entoure et ne demandent qu’à pigmenter nos réflexions plus existentielles. Prose et poésie, mots et lettres, images ou actions stimulent une lecture intense émotionnellement, mais au final apaisée.

 

“Les Couleurs de l’Hirondelle” commence dans une morgue en Roumanie par une description froide, réaliste et crue du corps nu de la mère décédée. Son fils-écrivain organise l’enterrement et se souvient. Le roman vagabondera de sa mère à sa femme devenue mère à son tour, de ses multiples jeux d’enfant dans le pays du parti unique à ceux de sa propre fille née en suisse. Cette autobiographie revisite les lieux où il a vécut, les personnes importantes ou non qu’il a côtoyées et les évènements de la grande et petite histoire qu’il a traversés. En contre-point des moments forts et difficiles de la vie : mort, révolution, suicide, corruption, faim, guerre, peur, cet écrivain décrit simplement la douceur des liens familiaux et amicaux. Son empathie pour les démunis est active, et son don d’observation sensible pour tout ce et ceux que l’on ne voit plus. La modestie de son écriture, et son humilité face au monde sont bouleversantes. Le récit qu’il propose est tout à la fois grave et jubilatoire, … éminemment aimable.

“Les choses vivent en moi et non dans le temps. Et, en moi, tout est présent.” Hier. Agota kristof

La vie de Marius Daniel Popescu est littérature.

 

Chronique rédigée par Christiane Miège 

Les couleurs de l hirondelle, Marius Popescu, José Corti, ISBN : 978- 2-7143-1072-9

Lire des extraits ici 

 

Quatrième de couverture :

« Tu vas voir ta mère morte et tu la regardes dans ta mémoire comme elle était debout dans l’allée où tu l’as vue en vie pour la dernière fois, elle s’appuie sur une canne en bois et elle est en larmes, tu repars à l’étranger où tu travailles »… Les Couleurs de l’hirondelle est un récit en noir et blanc, avec une tache rouge sous la gorge ; un livre vrai comme un tirage argentique des années soixante, celles de l’enfance du narrateur, revenu au pays de la dictature du parti unique (naguère) pour enterrer sa mère. Ou plutôt, pour prendre, physiquement, livraison de son corps nu, dans une morgue qui témoigne, en elle-même, de la corruption toujours à l’œuvre et plus forte que tout, malgré les régimes et les temps qui passent. Il y aura d’autres allers et retours : entre Bucarest et Lausanne jamais nommées – pas davantage que l’hirondelle –, entre le père et sa fille de onze ans, née à l’étranger, qui seule lui transmettra la clé d’une possible réconciliation avec la petite ville natale. Au cœur du livre, le jeune homme « sorti du rang » prend son tour de garde sur le toit plat de la Maison des Étudiants, d’où il vit la chute du dictateur comme une délivrance et comme une mascarade. Un avenir radieux le démentira-t-il jamais ?
Après La Symphonie du Loup, Marius Daniel Popescu nous donne une cantate ; après un grand roman de formation, une déformation limpide du roman en autobiographie indirecte. Ici encore, une voix nue, elle aussi, affronte, dispute, bouscule et renverse l’Histoire.
Yves Laplace

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