Mufle d’Eric Neuhoff

Sur la couverture du dernier livre d’Eric Neuhoff s’écrase un magnifique braque de weimar. Le récit n’aurait-il pas dû s’appeler « Truffe », à l’unisson de cet animal élégant et racé ? En réalité le roman
s’intitule plus justement « Mufle » et fustige une des facettes peu reluisante du narrateur. Accordons-lui quelques excuses puisqu’il rumine un chagrin d’amour dévastateur, … une centaine de pages suffira pour l’apaiser.
Si le début indigent, comme ce qui relie désormais la flamboyante, jeune et ravissante Charlotte au narrateur quinquagénaire, trompé et anéanti, ne vous éloigne pas de la lecture, pas sûr que la plaintive litanie sous forme de règlement de compte et teinté de machisme ne vous donne l’envie de continuer. Et pourtant, au fil des pages, style vif et qualité d’écriture, ton pimpant et joyeux souvenirs précisent une dernière chance de ne pas s’ennuyer.
Le passage du « je » au « il » distancie le narrateur de son nombril bafoué. Au fur et à mesure qu’il  reprend du poil de la bête, que l’homme retrouve en son ami Jean-Baptiste un alter ego masculin et  que le charme féminin de Charlotte s’éteint, l’écrivain Eric Neuhoff nous livre le meilleur de lui-même.
Passé le temps des jérémiades teintées de colère, de souffrance, de regrets et de tristesse, l’autodérision renforcée par un ton bref, cinglant, et lucide redonnent enfin du panache à ce néo-hussard  pour qui le goût des causes perdues et l’anti-conformisme demeurent des valeurs rafraîchissantes.
L’empathie revient pour cet homme qui aime toujours autant les jeunes femmes fantasques aux  jambes longues et fines, qui ne se fait plus d’illusion, et qui retrouve comme au premier jour la  Charlotte suivante.
 » Dehors, l’aube lui parut légère. Il entra dans le premier bistrot qui ouvrait et but un café au comptoir.
En sortant, il leva les yeux vers le ciel. Du bleu partout. « 

Chronique rédigée par Christiane Miege

Mufle, Eric Neuhoff, Albin Michel,  ISBN 978-2226238351

 

 

Quatrième de couverture :

Le narrateur découvre la jalousie et la trahison en lisant un sms sur le portable de la femme de sa vie. A plus de cinquante ans, deux divorces et de grands enfants, il se retrouve en pleine confusion sentimentale, animé de sentiments violents et contraires, alternant passion, colère, souffrance, doute, tristesse, regret, panique. L’insomnie redouble sa fixation sur Charlotte, jolie blonde fantasque dont il n’a jamais su capter le mystère et qui le renvoie à ses ruptures précédentes. Anatomie d’une déliaison, portrait d’un homme qui rêve d’une idole qui se comporterait en femme fidèle, ce sont tous les sentiments, jérémiades, déni, impuissance, complaisance, avec lesquels il faut bien vivre. Eric Neuhoff a déjà évoqués la jalousie, la passion la séparation, et la solitude dans « Un bien fou » et « Pension alimentaire ». Comme l’Antoine Doisnel de Truffaut, il en suit les méandres de livre en livre, aux différents âges de la vie, avec cette même mélancolie, cette musique douce amère, cet effroi poli devant l’éphémère des sentiments et la répétition des comportements, l’autodérision qui mêle lucidité, cruauté, tendresse et obsession.

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
1 pingback on this post
Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved