Roman d’une auteur, Christine Orban, avec pour héroines deux écrivaines anglaises, Virginia Woolf et Vita Sackeville-West, paru il y a près de 20 ans sous le titre « Une année amoureuse de Virginia Woolf », « Virginia et Vita » est littérature, puisqu’il fait de la littérature elle-même, de sa création, sa transmission, sa compréhension, son imbrication dans la vie, son sujet principal. Il ne s’agit pas de personnalités d’auteurs, de leurs égos et errances amoureuses, il s’agit de l’amour propre de la littérature, celui qui est « sale » ( p98), celui qui autorise tout à son créateur.
Christine Orban se penche sur l’année de création d’ Orlando, fresque épique et fantasmagorique de Virginia Woolf, roman sur la construction de soi, l’acceptation de la dualité de la nature, et l’évolution des mœurs. « Longue lettre d’amour » à Vita Sackeville-West, aristocrate exubérante et auteur à succès, Orlando est une biographie sur 3 siècles d’un personnage de courtisan qui deviendra finalement femme, continuant à aimer les femmes. C’est aussi une réflexion que mène Virginia Woolf au travers de ce personnage, sur la vérité et sa description. Peut-on décrire avec justesse ? Les mots ne mentent ils pas toujours un peu ?
« Virginia et Vita » est un roman de Christine Orban. Christine Orban romance la biographie de Virginia Woolf et Vita Sackeville West. Ces deux assertions sont fausses. Elles ne sont pas complètes, justes. Avec ses mots, ses obsessions, Christine Orban nous livre son parcours de lectrice, d’admiratrice, ses interrogations de créatrice. Comme 20 ans plus tard avec « le pays de l’absence » elle s’interroge sur l’évolution de la maladie, la bipolarité de Virginia Woolf, elle questionne le sentiment amoureux, quoi d’autre ? et par son biais, la découverte de qui l’on est, thème qui lui est cher, qu’elle développa dans « N’oublie pas d’être heureuse ». Elle nous plonge dans ce duo détonnant et dans toutes les barrières que la société met entre elles, et qu’elles se posent elles-mêmes : ce sentiment d’exclusion et cette fascination pour l’aristocratie chez Woolf, la fidélité à sa famille, et son hédonisme exacerbé pour Sackeville West. La seule convention que toutes trois auront respecté est cette coquetterie de l’écrivain à se cacher derrière ses personnages. Depuis sa sortie il y a 20 ans, il y a eu The Hours ou Carrington ou Huppert à l’Odéon. Mais ce roman, légèrement introspectif et biographique, totalement obsessionnel et amoureux, n’a pas perdu de son actualité, grâce sans doute à la plume fine mais parfois trop légère de son auteur, qui l’ a entièrement revu *. Nul doute que comme Virginia lisant Proust a eu des envies de suicide, Orban lisans Woolf a eu envie de retraite. A lire, avant de relire Woolf.
* NB: Je n’ai pas lu la version initiale du roman, ce qui met un terme au travail de comparaison.
Chronique rédigée par Abeline
Virginia et Vita , Christine Orban, Albin Michel, ISBN 9782226238450
Quatrième de couverture :
En 1927, Virginia Woolf et son mari éditeur Léonard vivent à Monk’s House dans la campagne du Sussex. Elle vient de publier « La promenade au phare » et vit une passion tourmentée avec Vita Sackville-West, aristocrate et romancière elle aussi, qui se partage entre l’immense château paternel de Knole et Long Barn, la demeure de son époux Harold. La fascination que ressent Virginia pour Vita, l’opposition entre son milieu bohême et la vieille aristocratie anglaise l’amènent à prendre pour sujet de son nouveau roman l’excentrique Vita qui n’a pour règle que le plaisir de l’instant. Ainsi naît Orlando, homme et femme à la fois, de l’amour et de la frustration, de la jalousie et de la complicité de deux femmes exceptionnelles. Virginia va métamorphoser sa relation amoureuse en création littéraire.

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