Un mobile de Judith Mayer

Publié dans la collection dirigée par Chloé Delaume aux éditions joca seria, « Un mobile » de Judith Mayer est un objet hybride où le rat est aussi important que son laboratoire.

Ce livre n’est pas un roman narratif au sens classique du terme, mais la réunion chronologique de pages uniques, parfois doubles, adressée à un lecteur qui serait placé derrière l’épaule du personnage principal s’activant devant l’écran de son ordinateur et le panel des applications. En fait TOUT ce qui s’écrit est donné à lire en enfilade désordonnée sans aucune hiérarchie, tout se vaut : blog, notes, fichiers stockés, réseaux sociaux, mails, tchat, newsletter, podcast, itinéraire, synchronisation, messages d’erreurs etc…

Au final on parcourt un objet intellectuel et conceptuel qui fait tout de même la part belle à la re-création du monde, aux introspections de Léna ( qui pourrait être le double de Judith Mayer), ainsi qu’aux réactions et rédactions de son entourage réel ou d’internautes virtuels. Le lecteur évolue d’un ville ou d’un pays à l’autre, traversant les univers de l’université, de la culture et de l’art contemporain. Cet objet cultivé prend la forme d’un kaléidoscope d’écrits où intelligence et créativité accompagnent doute et esprit critique. Laboratoire de recherche d’idées et transcription de vies intimes « Un mobile » pose la question de l’écriture : quel fond, quelle forme et qu’en dire ? Mais un mobile bouge continuellement, se pose ainsi cette autre question : comment mener sa vie ici, ou partir ailleurs, mais toujours en quête de soi ? Raisonnements et sentiments s’écrivent, s’échangent, évoluent en courts extraits de la vie menée dans le réel et sur la toile par tous les personnages.

En voulant signifier le blog, la critique, ou l’écrit sous forme de conférence, essais, interviews, ou commentaires, on n’échappe pas à la glose, aux travers de la branchitude, et à la stigmatisation sous forme de clichés des textes, de la société et de son langage. En donnant la même importance à toute sorte d’écrits, Judith Mayer lasse un peu l’attention de son lecteur. Passé la découverte de l’éventail des possibles, le fil conducteur s’amenuise et la répétition cyclique des événements, lieux et intervenants noie l’acuité de l’auteur.

La fin est cependant habile et jubilatoire, dernière et savante pirouette pour cet opus dont le plus grand mérite est de nous plonger dans notre propre rapport à cette nouvelle façon numérique d’écrire, penser et vivre… et cela sous la forme d’un livre de papier.

 

Chronique rédigée par Christiane Miège

 

Un mobile, Judith Mayer, Joca Séria, isbn 978-2-84809-175-4

 

Le site de l’auteur ici


Judith Mayer évoque « Un mobile » publié aux… par jocaseria

 

Quatrième de couverture :

Léna, blogueuse coincée chez son universitaire de père, correspond avec Jol, voyageur indécis. Autour d’eux, en réseau, épiciers mélancoliques, expatriés blasés, artistes noctambules, travelos orientaux, femmes fatales de province : tout un monde.
Entre l’art et la fuite, l’écriture et la critique, chacun s’invente un personnage. Au fil des fantasmes, des pages visitées et des posts croisés, leurs trajectoires aléatoires tissent la toile d’un récit à facettes.

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved