« Pop aimait contempler Rouen et ses lumières, les rives de la Seine … »

Le récit de Julien Péluchon commence comme une « Cathédrale » impressionniste et pastel de Claude Monet, mais la phrase suivante tourne à l’hécatombe apocalyptique sous les couleurs funestes et infernales du « Jugement Dernier » d’un Jérôme Bosch sous acide.

On est en 2185. Un « Souffle » bleu est passé sur une grande partie du monde transformant tout sur son passage. Le récit de Pop enfant décrivant en un son et lumière odorant la mort de tous les membres de sa famille est hilarant, tant l’absurde l’emporte sur le tragique. Aujourd’hui, alors que Pop rencontre son futur ami Kok, la population est formée des zombies et des barbares, dont le commandement est aux mains des tenants de la Verge Dorée, nouvelle religion qui impose à ses membres inconditionnellement fidèles, discipline et entraide. Les mécréants comme nos 2 héros qui croient encore au Bien vont devoir survivre malgré et contre TOUT. Rouen, patrie de Flaubert, fait face à Beckett, venu d’Irlande. Nos optimiste et imaginatifs Bouvard et Pécuchet entament une longue traversée de 30 ans vers l’absurde nihiliste de Vladimir et Estragon.

Comme le nuage maléfique du début, la dépression de Pop plane sur ce récit entamé comme une thérapie, sur les conseils de Zin le chaman. Le quotidien et ses enjeux existentiels occupent nos deux héros jours et nuits. Horreur et désespérance à l’état « brute » se dissolvent parfois dans les fumées hallucinogènes et apaisantes de la « jusquiame ». Le lecteur assiste à une lente dégringolade, où déchéance physique et effondrement psychologique se reconstruisent brièvement entre les bras et les jambes de femmes le moins « monstrueuses » possible. Entre pessimisme et dérision se déroule la première partie du livre formant ce qu’on peut encore appeler civilisation. 5 ans après il n’en reste plus rien, il est temps de partir.

La deuxième partie s’ouvre sur un petit paradis, l’espoir renaît entre Pop et KOK, bien vite déçu malgré l’apparition d’une créature de rêve, prénommée Crépuscule. Il fallait s’en douter, le voici annoncé et sanctionnant définitivement la belle entente, désormais c’est chacun pour soi, nos deux amis ne se parlent plus.

Chronique rédigée par Christiane Miège 

POP et KOK, Julien Péluchon, Seuil , 

Quatrième de couverture :

Fin du XXIIe siècle. La Terre est dévastée. Tout n’est plus qu’éboulis, friches et terrains vagues contaminés où zonent barbares, zombies et bêtes sauvages. Pour survivre et s’élever socialement, Pop et Kok, deux irréductibles optimistes, sortes de Bouvard et Pécuchet de l’apocalypse, montent des petites entreprises minables qui échouent non moins minablement. Ils ont des amours lamentables, défendent leur peau contre les barbares.

Comment continuer de plaire, d’aimer et envisager une relation stable au milieu des décombres radioactifs ? Que faire de ses proches quand ils deviennent zombies ? A quoi ressemble le bonheur après la fin du monde ? Telles sont les questions vitales qui jalonneront l’existence de Pop et Kok, des ruines de Rouen au rivage désolé de la Manche. Tout ça finira mal, on s’en doute.

La fin ménage quelques pages aussi brillantes que philosophiques, nos héros flaubertiens comme dans le théâtre de Beckett ne cessent d’attendre…

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