La nuit du chien d’Olivier Brunhes

Le premier roman d’Olivier Brunhes commence par une mise à mort animale lors d’une terrible « nuit du chien » et se termine, après une mise à mort vengeresse et humaine, par la renaissance d’une victime innocente. Au terme de ce roman initiatique la justice qui avait condamné un père rendra son honneur au fils et comme l’annoncent Frank Capra et Shakespeare en deux citations en exergue du texte : tout un chacun vit dans les rêves malgré la Tempête, et n’importe qui pourra finalement être sauvé.

Tobias renommé Dog après son acte fondateur, amorce un long parcours dès lors qu’il s’extirpe de ses rêves, jeune chien fou en quête de lui même parmi les hommes qu’on dit loups pour leurs congénères. Orphelin tragique de père et de mère il trouvera en l’Ancien un guide et défendeur de la Loi et en Martine et sa petite Spiritualité la tendresse et compréhension maternante. Famille de substituion et rencontres plus ou moins amicales flècheront son parcours longeant la corde raide d’un équilibriste du hasard. Entre hommes d’honneur et femmes victimes, entre portes qui s’ouvrent et substances qui enferment, à chaque nouvelle rencontre dangers et possibles sauvetages jouent au gré des dépendances et lieux perdus avec les démons de son passé. La nature qui à bercé l’enfance de Tobias, sa rencontre avec l’art, incarné par l’acteur Fortin et l’innocence blessée de Lulu, sauveront d’un destin contraire et au gré des injustices, un Dog heureusement bien entouré, de la chute annoncée.

Entre récit, poésie, paroles de chansons, rêves et visions sous substances, la veine sociale et réaliste de l’auteur parsème le texte de tendresse en vertus de sentiments apaisants et par la qualité virile des amitiés. Olivier Brunhes qui connaît les mondes du théâtre, de la prison et des handicapés sait la puissance des mots et de l’art, des règles fondamentales des hommes et de la régènéressence par la solitude dans une nature sauvage. En donnant une parole vraie à tous les personnages, il ne décrit pas tant habilement un milieu défavorisé et ses ambiances, que finement le moment fragile où toute vie peut basculer dans le néant. Milieux simples et sentiments rudes, à moins que ce ne soit le contraire, incarnent en quelques scènes emblématiques une société de tous les dangers.

Au terme de ce roman moral et pétri d’espoir, les chiens fous peuvent sortir de leur nuit par les rêves devenus réalité d’Olivier Burnhes. 

Chronique rédigée par Christiane Miège 

la nuit du chien, Olivier Brunhes, Actes Sud, ISBN 978-2330002503

Quatrième de couverture :

Tout le monde l’appelle Dog mais son nom c’est Tobias. Il n’est pas exactement né sous une bonne étoile – et c’est une bonne raison pour recommencer : renaître. Quitte à s’y reprendre plusieurs fois. Il est gamin (on l’appelle encore le gamin), la nuit où il lui faut arracher à mains nues sa survie d’enfant-presque-sauvage et volontiers fugueur des dents d’un chien en maraude dans ses collines d’adoption. Il n’a pas (encore) tant grandi quand, des années plus tard, sorti de quelques mois de prisons écopés pour des bêtises sans gloire, on le découvre à l’un de ces embranchements que le sort nous impose sans nous les signaler. Alors, il lui appartient de choisir : la rechute ou l’avenir, l’engrenage ou la vie. Sur cette route en lacets qui n’est qu’une succession d’accidents, il y a Chloé, l’ex qui incarne l’espoir, Marco, le gentil géant rencontré en cellule qui ne maîtrise pas sa force, Lulu, l’étoile filante filée par un destin féroce, Fortin, le comédien génial et raté, perdant magnifique aux ressources insoupçonnées, les voyous de la ville et les Anciens du village, leur bonté brute, leur sagesse maladroite, une famille – Martine, le Vieux, le Boche. Tous ces autres qui obligent à devenir soi. Dans les marges urbaines et rurales d’une société démissionnaire, flirtant en permanence avec l’abîme – ses gouffres, ses séductions, ses addictions -, Dog, tout en paradoxe, habite chaque rencontre, chaque expérience aussi intégralement qu’il oppose au réel une absence butée, comme une flemme existentielle distraite. C’est un (premier) roman en cavale, sur les talons de son personnage. Dans la vitesse qui simultanément floute et révèle, une trajectoire tout en contrastes et en chocs, de l’effervescence à l’apaisement, du bruit des lumières de la ville au noir silence hanté de la montagne, des tentations de la malédiction aux incrédulités de la rédemption. Traversé d’authentiques fulgurances, offrant des moments d’émerveillement assez purs, La Nuit du chien sonne l’entrée en scène d’un auteur au talent évident, indéniable, excitant. Ce qui fait la puissance et l’originalité d’Olivier Brunhes, c’est la permanente collision dans la matière même de sa phrase – et que sa phrase rend physiquement prégnante – entre brutalité et délicatesse, entre sauvagerie et finesse. Son geste est vif et précis, aérien et lumineux et parfois confine à une poésie inattendue, les pieds dans la boue la tête dans les étoiles et tendue vers le ciel – comme l’est Dog, dans sa course dératée vers les improbables possibles auxquels on prend la décision de croire parce qu’il faut décider de sauver sa peau.

Biographie de l’auteur

Olivier Brunhes a grandi en banlieue parisienne. Autodidacte, il travaille comme acteur avec Laurent Terzieff pendant une quinzaine d’années. Dans les années 2000, il décide de faire du théâtre dans les marges avec des personnes handicapées mentales, des détenus, des sdf. En 2006, il publie sa première pièce Le Fossé de l’aumône. Suivront Spirituo perpet (2007), Aziou Liquid (coécrite avec Koffi Kwahulé et François Prodromides, 2007) et Rêve d’A. (2009), toutes publiées à l’Avant-Scène. La Comédie-Française lui passe commande d’une forme courte, L’Homme en pièce publiée dans un recueil collectif (La Famille, 2008, coédition Avant-Scène/ Comédie-Française). Il est l’auteur d’une nouvelle remarquée, La Parabole de l’ange, dans un ouvrage collectif sur Clichy-sous-Bois (Des nouvelles de la banlieue, Textuel, 2008). La Nuit du chien est son premier roman.

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