La conquête du monde de Sibylle Grimbert

LA CONQUÊTE DU MONDE

 Ou le début de la fin … est un roman déprimant ou jubilatoire selon qu’on soit victime ou non du diktat de notre société qui veut que le bonheur passe par la réussite.

Sibylle Grimbert nous présente un perdant magnifique en la personne de Ludovic arrivé au mitan de sa vie et à qui tout réussissait jusqu’au malheureux retour du refoulé d’un feuille de salade coincée entre les dents. Impossible à prévoir, mais en quelques pages son monde s’écroule. Lentement broyé, le héros de cette belle mécanique littéraire n’aura de cesse d’explorer les petits grains que le sablier du temps glisse sous ses pas comme autant d’empêchements à « sa re-conquête du monde ». Si penser est toujours penser contre soi, alors ce roman amuse grâce à la plume redoutablement observatrice et psychologue de Sibylle Grimbert à qui rien n’échappe des ridicules de notre société pétrie de jugements judéo-chrétiens, de recettes de coaching alors qu’un fatal destin retourne sans cesse le sablier.

Ludovic tour à tour sympathique ou détestable est tout simplement humain dans un monde imparfait et qui se donne l’illusion du mérite et de l’ordre des choses pour ne pas sombrer dans le constat désespéré et absurde du nihilisme le plus désolant. À vouloir reconquérir son éden perdu Ludovic s’ensable jusqu’à se retrouver futur noyé dans le cloaque de ses pensées les plus noires. Le salut viendra bien plus tard, quand il aura cessé de lutter et que fataliste il s’en remettra à l’innocence et à la pureté virginale d’Adèle, comme si la vie donnait une deuxième chance à qui perd tout orgueil.

Les qualités psychologiques de Sybille Grimbert alliées à une précision remarquable de son vocabulaire complexifient le récit dont la densité resserrée ne lâche plus le lecteur. Le rythme des phrases soutenu et constant nous embarque dans une introspection analytique fluide et pointue qui fait de « La conquête du monde » un grand panorama critique de notre société matérialiste basée essentiellement sur l’obligation de réussite.

La fin suffisamment ouverte permet à chacun de conclure selon son penchant naturel à l’optimisme ou au pessimisme.

Les perdants ne sont jamais des héros et le désespoir humain nait moins de la certitude de son néant que de son entêtement à ne point s’y résigner.

 Chronique rédigée par Christiane Miège. 

la conquête du monde,  Sibylle Grimbert , éditions Léo Scheer, 

Quatrième de couverture :

Ludovic, parfaite incarnation de l’obsession contemporaine de la réussite, ne voit pas ce qui pourrait l’empêcher de conquérir le monde. Jeune historien prometteur devenu brillant avocat, il a triomphé dans tout ce qu’il a entrepris jusque-là. C’est pourtant un personnage égaré, gaffeur, qu’on rencontre au début du roman. Que s’est-il passé  ? Il cherche à comprendre, à retrouver le moment où il a lâché prise, mais il est trop tard. La dégringolade a commencé, rien ne l’arrêtera plus.
De catastrophe en catastrophe, Sibylle Grimbert, avec ce mélange de force comique et de tendresse pour les êtres perdus qui rendent son univers unique, raconte la métamorphose d’un ambitieux en Don Quichotte de l’ère libérale. Au fil des ans, Ludovic se débattra avec ses pauvres armes contre ses moulins à vent et, de plus en plus lunaire, involontairement farfelu, ne cessera jamais de s’éloigner du réel. Comment vivre tout de même  ? Il lui faudra beaucoup de temps, et d’aventures absurdes, pour le découvrir.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Mitant, ça s’écrit comme ça?

  2. http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/Laroussefr_-_Article/11010329

    apparemment il y a une faute que nous corrigeons tout de suite … il n y a pas de t ..
    L équipe

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