Rhapsodie pour une dent creuse de Régis Délicata

Rhapsodie pour une dent creuse de Régis Délicata

Alors que je commence ma critique, je ne sais pas encore quelle note je vais donner à ce premier roman dont les qualités m’ont sauté aux yeux tout le long de la lecture mais dont les défauts se font plus persistants depuis

Il est tellement bien écrit que c’en devient perturbant. Les surdoués, les journalistes bobos et autres afficionados de Frédéric Dard et Michel Audiard (puisque l’auteur les a visiblement pastichés) me traiteront de bouffon, mais rarement je n’ai autant buté dans un roman sur un mot, une expression, une phrase, un dialogue, un paragraphe entier. Certains passages restent pour moi encore un mystère. Il faut dire que Régis Délicata est féru de cinéma et a truffé son récit de références littéraires et cinématographiques. Lui qui se dit « le David Bowie de la littérature » dresse en fait un catalogue de tout ce qui se fait de plus pointu en langue française.

Giuseppe Gavotti est trouveur d’objets introuvables pour collectionneurs extravagants. « En résumé, c’est très simple : collectionner est une activité de crétin. Mon activité consiste à collectionner l’argent des crétins », explique-t-il à Lucien. Lucien, c’est moi, c’est vous, c’est une « personne pourvue d’une intelligence minimum ». C’est à lui qu’il s’adresse tout au long du livre pour raconter l’une de ses aventures. Il nous prévient, d’ailleurs, qu’on ne pourra pas démêler le vrai du faux, mais ça importe peu. Ce qu’il faut retenir de l’histoire, c’est que :

« Ceci étant dit, et bien dit, j’entamerai sans plus attendre le récit honnête, méthodique et dénué de tout agrément superflu de ce qui m’est arrivé l’année dernière lorsque Mr. John T. Garner s’attacha mes services, ainsi que l’assurance de se voir remettre, pour une somme modique, le dentier de Robert Mitchum. » page 19

Vous imaginez bien qu’en exposant la situation dix pages après avoir commencé à parler à Lucien, le narrateur passera par bien d’autres détails superflus. À vrai dire, il ne raconte quasiment que des détails superflus. Vous souhaitez connaître les grandes lignes ? Savoir comment ? Savoir quand ? Et bien vous ne le saurez pas. Ce que vous apprendrez en revanche, c’est que son voisin est un connard, son neveu un profiteur ; ce sont ses descriptions, de Los Angeles (en une phrase d’une page ! pp 95-96), des gens qui l’entourent (dont certaines à mourir de rire, le valet de John T. Garner devient sous sa plume une « allégorie de la constipation, queue de pie et gueule de plâtre (…) glabre, édouardien, glissant et expressif comme un bouton de porte (…), les yeux sous un front blême semblaient deux olivettes dans un bloc de saindoux » page 34). Ce que vous découvrirez, c’est l’épopée rocambolesque et absurde tout en ellipses de Giuseppe Gavotti. Tout en ellipses à cause d’un manque cruel d’explications logiques. Mais pendant la lecture, ce n’est pas vraiment gênant. J’ai plutôt ressenti du plaisir à suivre cet anti-héro au fil des pages.

L’ennui, c’est que les digressions et ellipses en tout genre, les références à répétition et l’érudition loufoque de Régis Délicata parasitent le récit. Un récit baroque, original, extravagant et exigeant qui se lit avec délectation mais laisse un goût amer d’inachevé et d’incompréhension.

Chronique rédigée par Sébastien Almira

Régis Délicata, Rhapsodie pour une dent creuse, Grasset, EAN 978-2246789291

Quatrième de couverture :

Voici Gavotti.
Giuseppe Gavotti, Parisien, quarante-cinq ans, marié à une femme délicieuse, et trouveur d’objets introuvables pour des collectionneurs extravagants.
Sa dernière mission ? Aller chercher à Los Angeles le dentier de Robert Mitchum. Avant de quitter Paris, notre héros engage pour le seconder une brute épausse du nom de… Gaston Bachelard.
A partir de là, l’aventure (folle, lyrique, picaresque) commence. Et les ennuis, et les scènes hilarantes, à Hollywood, dans un cimetière by night, dans une prison, dans de somptueuses propriétés américaines… Jusqu’au retour en France, et à la stupéfiante révélation.

 



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