Jesus Man de Christos Tsiolkas

« Vieille Australie blanche veut la guerre

Jeune Australie blanche veut la paix

Vieille Australie noire veut la paix

Jeune Australie noire veut la guerre »

Ce graffiti retranscrit par Christos Tsiolkas dans son roman, fustige le racisme qui gangrène l’Australie contemporaine et pourrait être la colonne vertébrale de ce « Jesus Man » sur laquelle vont se greffer tous les maux destructeurs d’une société malade de son passé.

Sans vraiment de qualités stylistiques, ce long roman « cinématographique » souvent ennuyeux et répétitif dans sa première moitié, possède cependant un atout puissant dans sa dénonciation sans appel d’une partie de notre société désespérée, qui fait le nid de toutes les noirceurs humaines.

Au rythme invariable de descriptions lapidaires souvent inintéressantes et courts dialogues véhiculant malgré tout nombre de clichés, l’auteur raconte une histoire familiale édifiante. Celle des Stefano depuis ses origines grecques et italienne, parmi une Australie haineuse de ses aborigènes et immigrés, jusqu’au drame qui va l’anéantir et par là même réveiller enfin le lecteur.

Le moment le plus puissant de « Jesus Man » est la vertigineuse descente aux enfers de l’un des trois frères, en une successions de scènes crues de plus en plus désespérées. Brassant ses pulsions sexuelles, ses lamentations sur son obésité, ses réflexions haineuses envers la société, son travail, les femmes et sa famille, Tommy passe son temps devant la télévision à se gaver de nourritures et de séances masturbatoires jusqu’au dégoût de lui-même. La fin inéluctable crucifie son refus d’une éventuelle aide de la famille, de ses amis, de l’amour ou de la religion.

La dernière partie reprend figure humaine en la personne touchante de Luigi, revers de la médaille originelle, et sauve du néant le sujet de ce roman. Par une longue quête initiatique, le cadet de la fratrie remonte jusqu’à l’acte fondateur et trouvera finalement sa sortie du désespoir.

Ce roman essentiellement descriptif tranche à grands coups de hache dans les travers de la société et de l’âme humaine. Honte et culpabilité amplifiés par la télévision et la pornographie entraveraient nos quêtes de bonheur jusqu’à la destruction de l’autre et de soi-même.

Pour terminer dans la nuance du graffiti initial, soulignons une veine poétique et imaginaire qui traverse en noir et blanc ce roman, qui va de l’innocence virginale des enfants à la malédiction des corbeaux noirs qui planent sur la famille Stefano.

Chronique rédigée par Christiane Miège

Jesus Man, Christos Tsiolkias, Belfond, ISBN 978-2714451439

Quatrième de couverture : 

Féroce et dérangeant, un tableau de l’Australie de la fin des années 90, la dénonciation de nos sociétés vides de sens, qui créent des monstres hantés par la solitude et la haine de soi. Un des premiers romans de Christos Tsiolkas où pointent déjà la force, la rage et l’émotion qui allaient faire le succès international de La Gifle.

Tommy Stefano n’a jamais trouvé sa place. Ni dans sa famille où il ne parvient pas à sortir de l’ombre de ses frères, ni dans son boulot d’employé de bureau dépassé par la révolution informatique. Le jour où son chef lui signifie son licenciement, Tommy bascule.

Désormais reclus, il sombre dans la pornographie, la violence et bientôt la folie. Un chemin de croix qui le mènera au sacrifice ultime.

Comment en est-il arrivé là ? À qui la faute ? À la famille ? À cette malédiction qui semble frapper les fils Stefano de génération en génération ? À la télévision qui déverse ses torrents d’images ? À Dieu lui-même ?

Quelques années plus tard, en quête de réponses, le plus jeune frère, Lou, va entamer un voyage initiatique, sur les traces de la terrible histoire des Stefano…

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