Danse avec Nathan Golshem de Lutz Bassmann

A la façon d’un Pessoa qui signifie « personne », Antoine Volodine écrit sous divers hétéronymes. Poursuivant ainsi son projet « post-exotique », voici le dernier opus de Lutz Bassmann qui reprend vertigineusement les thèmes qui lui sont chers.

« Danse avec Nathan Golshem » entrelace deux récits : l’un pourrait se lire en continu, qui psalmodie la danse de Djennifer Goranitzé sur la tombe de son mari Nathan Golshem, lors l’autre participe de leurs conversations et portraitise pour chaque chapitre un personnage de rencontre.

Une organisation règne sur le monde décrépi d’une civilisation primitive et post-révolutionnaire. Violence et survie oppriment une peuple de fantômes d’apocalypse qui mènent leur désespoir vital jusqu’à la mort effroyable qui les délivrera enfin. De ce chaos surgit annuellement Djennifer qui parcourt dangereusement les contrées pour rejoindre la mer qui a vu lentement agoniser son mari Nathan. Arrivée, elle honorera comme à chaque fois la tombe-relique d’une danse chamanique incantatoire et poétique, construira une hutte de fortune pour abriter ses retrouvailles, comptera ses pas, les heures et les nuits de lune, pour tout effacer jour après jour, au moment de s’en retourner.

Le charme envoutant de cette transe et la beauté magique des rituels sont tels que le retour régulier à la galerie des portraits, aussi effroyables soient-ils, ne parvient pas à soutenir l’hypnose apaisante de cette sublime histoire d’amour au-delà de la mort. Suivre les incantations de cette amoureuse inconsolable au rythme mathématique du martèlement de ses talons dans la poussière des ossements et des détritus dans lesquels s’est dissous son mari, plonge le lecteur dans un absolu éthéré que réveille brutalement le retour au monde insupportablement réel.

Le style polymorphe de Lutz Bassman émerveille par ses trouvailles, tant sur les noms propres des errants, que sur les descriptions hallucinées des lieux hantés, sur son amour des listes rendant gloire à son imagination sur-réelle, et les ruptures en fin de litanie par l’usage de haïkus qui seraient de prose.

Dès lors, qu’importent les pseudonymes qu’Antoine Volodine utilise, ils nourrissent une œuvre de fictions à venir, pour notre plus grand plaisir présent… et à suivre.

Chronique rédigée par Christiane Miège

Danse avec Nathan Golshem, Lutz Bassmann, Verdier, ISBN : 978-2-86432-665-6

Notre Fil Rouge : 

Quatrième de couverture:

Tous les ans, à la première lune de l’automne, Djennifer Goranitzé se rend au bord de la mer, sur une immense décharge d’ordures où le corps de son mari a été jeté par les militaires. Elle se repose après les épreuves de son voyage qui a duré des semaines. Et ensuite, elle appelle son mari, Nathan Golshem. Elle l’appelle pendant des jours et des nuits, elle frappe la terre avec les pieds, avec des morceaux de ferraille, avec les mains, elle danse.
Elle construit pour eux deux une hutte avec des débris, pour qu’ils soient de nouveau ensemble, pour qu’une fois encore ils se retrouvent et partagent du temps amoureux, des souvenirs inventés et de la mémoire amoureuse.
Elle danse jusqu’au sang, jusqu’à ce que Nathan Golshem revienne du néant et s’allonge sous la hutte. Il n’y a personne sur la côte, seulement quelques chiens et des mouettes.
Très loin le chuchotement des vagues brise le silence. Djennifer Goranitzé et son mari ferment les yeux sous le ciel étoilé et, de nouveau, ils se parlent et ils plaisantent. Avec une bonne humeur qu’aucune lamentation ne vient contrarier, ils évoquent leurs camarades d’infortune, les combats constamment perdus, les martyrs, les déroutes, les crimes dont ils ont été témoins, victimes ou coupables. Ils rient, ils s’aiment, ils ne savent plus très bien à quel niveau de vérité ou de mensonge se situent leurs anecdotes terribles.
Ils échangent tout. Il n’y a plus entre eux ni mémoire, ni absence de mémoire. Seule persiste la danse des corps, des paroles et des morts en face de la nuit. Seule cette obstination de l’amour : la danse de l’éternel retour.

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