Royal Romance de François Weyergans

En francais comme en anglais, une romance est une histoire sentimentale un peu mièvre et surannée, qui peut se déguster au Canada sous la forme d’un cocktail « royal » composé, entre autre, et pour un quart, de fruit de la passion. A Montréal Justine en raffole, en france Daniel Flamm raffole de Justine : pour notre plus grand plaisir de lecteur, la « ballade » peut commencer.

 François Weyergans raconte une histoire d’amour joyeusement triste, une histoire de vie et de mort, avec le charme facilement déroulé d’une conversation élégante, pleine de gentillesse et parsemée de fines observations. Sa nostalgie est consolante, qui lui fait écouter les vieux disques de son père pour mieux se souvenir de lui, et ses difficultés d’écrire sont touchantes, quand il évoque ses corrections dernières et urgentes chez l’imprimeur.

Passé maître dans l’art du coq-à-l’âne, il digresse au gré automatique de ses souvenirs, en miroir d’un jeu inventé par Justine, d’énumérer tour à tour et rapidement ce que l’on voudrait être, jusqu’à troubler l’autre pour qu’il perde, et par là même se perde aussi dans ses pensées.

Au fil des chapitres, Royal Romance est une pochette surprise qui libère le narrateur de ses souvenirs pimpants en compagnie de Justine et des autres femmes de sa vie. La gravité ou la fraîcheur des situations fondent sous la douce ironie ou la critique acidulée de l’auteur. Sa tendresse et son humour léger sont émouvants dans les situations graves et sa gentillesse adoucit les montagnes russes des événements et des émotions de sa vie forcément compliquée.

Ses digressions cultivées et savantes sur les objets quotidiens tels les mixeurs, le cuir des valises et la fabrication du papier, ou existenciels tel le pape sous windows et les tests pour mesurer la dépression, font tout le charme inépuisable de ce livre.

Entre dandy dépressifs et romancier brouillon François Weyergans revisite sa mémoire avec lucidité, gentillesse et modestie.

Mais les romances mêmes les plus royales n’échappent pas à la gavité. Il n’est plus temps de charmer le lecteur devant le tragique et le malheur, la fin de ce roman n’édulcore pas la chute.

Et de penser en refermant le livre, aux derniers vers du poème cité par Daniel Flamm en réponse à Justine, comme étant son préféré :

 » Si tu peux, fais que ton âme arrive,

A force de rester studieuse et pensive,

Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté

Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.

Gémir, pleurer prier est également lâche.

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,

Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

 » La mort du Loup « , Alfred de Vigny

Chronique rédigée par Christiane Miège 

Royal Romance, François Weyergans, Julliard, ISBN 2-260-01388-0

voir François Weyergans parler de son dernier livre 

Quatrième de couverture :

Daniel Flamm est en train de vivre, entre Montréal et Paris, une de ces histoires d’amour innocentes et sans conséquences comme il en avait jusqu’à présent l’habitude. Il ne s’est pas méfié, il a oublié qu’on ne sait jamais jusqu’ou va vous conduire une rencontre : « J’ai une histoire à raconter, dit-il. Je ne peux plus la garder pour moi. »
Il se souvient de la première fois ou il a vu sur scène à Montréal une jeune actrice, Justine, et du coup de foudre qui les a réunis malgré leur différence d’âge : « J’adorais passer mes journées avec elle. On ne faisait rien d’autre qu’être ensemble. » Le Royal Romance est le cocktail préféré de Justine…
Les années passent. On propose de moins en moins de rôles à Justine. Daniel travaille pour une importante papeterie finlandaise et publie des romans qu’il vient régulièrement présenter au Salon du livre de Montréal. Il continue de vivre avec sa femme Astrid et leurs deux filles.
Les choses se compliquent lorsque Justine vient s’installer à Paris en cassant le rythme de leurs rencontres dont la rareté faisait le charme. Leurs sentiments s’exprimaient par SMS et envois de cassettes enregistrées. Justine ignore que Daniel est tombé entre-temps très amoureux d’une autre femme, ce qu’il n’ose pas lui dire. Elle s’appelle Florence et le rend, dit-il, « monogame »…
Daniel part pour Strasbourg, sa ville natale, près de sa soeur psychiatre. C’est là qu’il apprend la nouvelle qui va l’anéantir.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Y’a une super critique sur ce livre pour ce qui hésiterais à acheter, moi ça m’a convaincu de le lire =)
    http://www.newsofmarseille.com/royal-roman-mince-alors/

  2. Très bon article, où j’ai retrouvé des détails qui m’avaient également marqués !

    Thomas (http://actulitteraire.canalblog.com)

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